| La 2ème Guerre Mondiale
 

HOMMAGE A PROU

 

    

 

Nous avons le douloureux devoir de rendre un suprême hommage à l'un des plus ardents pionniers du syndicalisme à la Banque, notre camarade Henri Prou, tombé innocent sous les balles allemandes au mont Valérien, le 15 décembre 1941.

La notoriété de Prou est suffisante pour que nous négligions d'insister sur les services rendus par lui à une époque où le syndicalisme, qui n'avait pas encore l'agrément de M. le Gouverneur, restait un combat dangereux. Il convient cependant, pour l'édification de nos plus jeunes lecteurs, de rappeler que Prou fut l'un des fondateurs, en 1920, puis le quatrième président de l'Amicale du personnel de la Banque de France, ses trois prédécesseurs ayant eu des motifs pertinents pour troquer contre une nomination de sous-chef de service l'abandon de leurs droits légaux d'association. Prou se contenta de répondre au directeur qui lui faisait la même proposition déshonnête qu'il lui paraîtrait singulier, pour un directeur, de continuer à demander à un subordonné des services qu'il n'avait plus la possibilité de récompenser.

C'est sous sa présidence qu l'Amicale intentât une action au Conseil d'État qui, après plusieurs années d'atermoiements, rendit un jugement de Ponce-Pilate. M. le Gouverneur n'ayant pas pris de décision mais s'étant borné à donner des conseils à notre ami par simple lettre personnelle, n'y avait pas matière à jugement. Ainsi mourut l'Amicale, victime d'hypocrisie, non sans avoir jalonné abondamment la route pour le syndicat actuel.

Plus tard, le temps qui apaise manqua à la tradition et, au bout de trente ans de service, très exactement, Prou fut "invité" à demander sa retraite, ce qui lui permit de se consacrer à d'autre, tâches plus prenantes : il devint maire de son pays d'adoption.

C'est en tant que maire qu'il fut jugé "dangereux pour la sécurité", touché par un mandat d'arrêt signé du préfet de Seine-et-Oise et interné administrativement le 12 octobre 1940 au centre de séjour surveillé d'Aincourt.

Doué d'une intelligence dont l'acuité était offensante pour certains de ses censeurs, il était intransigeant sur l'honnêteté et le respect de la personnalité. Il avait surtout des qualités de cœur exquises qui lui valurent de conserver des amis dont les idées politiques étaient aux antipodes des siennes.

C'est au nom de l'amitié que le syndicat chrétien, sur l'initiative de Deroux, intervint auprès de Brinon pour obtenir sa libération. Malheureusement, cette intervention n'eut pas de résultat. Une deuxième intervention dans une autre direction semblait pouvoir aboutir lorsque, sitôt après l'invasion de la Russie, le centre de séjour d'Aincourt livra des otages aux Allemands. Prou fut emmené le 27 juin au Frontstalag 122, à Compiègne, puis compris dans les cent otages fusillés le 15 décembre 1941 et dont l'ignoble Stuelpnagel annonçait le sort dans son affreux jargon. Il avait 60 ans.

La veille au soir, à 22 heures, Prou écrivait à un ami :

" Je suis au Cherche-Midi comme otage et l'on vient de me faire savoir que je serai exécuté demain matin. Voilà l'aboutissement de toute une vie que j'ai faite aussi droite qu'il m'a été possible. Je suis innocent des meurtres et de leur exaltation, moi qui ai haï toute la vie la guerre, ce qui m'a déjà valu tant de peines... Tu verras ma mère... Je te la confie... la vie sera dure pour elle. Transmets mes dernières pensées aux amis... J'aurai le souvenir des amis fidèles, et ce sera tout... "

 

Récit publié dans "Les Cahiers anecdotiques de la Banque de France n° 18"

Autorisation donnée par la Banque de France le 02.04.2002