| La 2ème Guerre Mondiale
 

   
    
 
 

LES DERNIÈRES NOUVELLES D'ALSACE, 

17 NOVEMBRE 1994

MONNAIE

Assis sur des sacs de billets

Des trois succursales de la Banque de France en Alsace, seule l'antenne de Strasbourg a été maintenue jusqu'en 1943. Colmar et Mulhouse ont été fermées le 1er janvier 1941.

D'abord repliée au Muller Hof près d’Urmatt, l'antenne strasbourgeoise de la Banque de France est autorisée en août 1940 à revenir à Strasbourg. Elle s'installe rue Kuss, puis rue du Dôme et enfin, de 1941 à 1943, rue Joseph-Massol, rebaptisée Koenigstrasse. Les locaux de la place Broglie sont réquisitionnés par la Reichskreditbank.

L'antenne de la rue Joseph-Massol ne compte plus qu'une douzaine d'employés dont les tâches sont très limitées. En effet, la Banque de France de Strasbourg n'est plus autorisée à recevoir du public, le franc n'a plus cours, le personnel tient les comptes des Alsaciens d'après les éléments fournis par les employés partis rejoindre la Banque de France à Rennes. "Nous avons en réalité peu à faire et nous dépendons entièrement des opérations amenées de France par le courrier officiel" raconte Jeanne Schaederlé (épouse Weiss) en poste rue Joseph-Massol.

Clandestinement.

Le directeur de l'antenne de la rue Massol, M. Clément, rédige des rapports secrets sur la situation économique et politique de l'Alsace qui sont acheminés clandestinement à la Banque de France à Nancy. En 1943, à la suite d'une dénonciation, il est arrêté et emprisonné à Kehl. Le sous-chef de l'antenne, Charles Frantz, officier français refuse de porter l'uniforme allemand, est déporté le 2 juin 1944 et mourra à Neuengamme.

Mutée en zone libre en 1942, Suzanne Oulmann (épouse Schweitzer), est rappelée à Paris par la direction du personnel de la Banque de France le 23 novembre. " Je suis alors la première personne de la communauté alsacienne repliée dans le Berry à revenir en Alsace. Mais à Paris, les agents alsaciens regroupés ont patienté pendant trois semaines. Ce n'est que peu de temps avant Noël que nos camions, chargés de la première encaisse destinée au Bas-Rhin sont partis en direction de Strasbourg. "

Par - 20°

Arrêtés à Saverne par la 2e DB parce que Strasbourg est encore dans zone de combat, les camions de la Banque avec le personnel et leur chargement doivent se replier. " Nous prenons le chemin de Remiremont, par - 20°, toujours assis sur des sacs de billets. Là, nous retrouvons tous les agents des succursales et bureaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. "

À Strasbourg, la Banque de France retrouve début décembre ses locaux de la place Broglie et son ancien directeur, M. Clément. " Nous sommes tous là, contactés par le bouche à oreille plus que par la voie officielle ", précise Jeanne Schaederlé. Mais avec la reprise des hostilités, elle sera à nouveau fermée en janvier, repliée sur Saverne, puis sur Remiremont. " Nous avons grimpé dans des camions, les /armes aux y eux, et nous sommes partis, la mort dans l'âme, accroupis sur des sacs de billets (plus de marks que de francs) vers les Vosges. "