| La 2ème Guerre Mondiale
 
 

ÊTRE JUIF PENDANT L'OCCUPATION

   
    
   

Nos juifs

1942, la France, surtout en "zone occupée" vit sous la botte allemande, mais la TSF et  les journaux autorisés nous assurent qu'"ils sont corrects". Un jour, au collège, nous voyons arriver deux de nos camarades porteurs de l'étoile jaune de David. La propagande anti-juive est si ambiante que cela choque à peine sans toutefois provoquer le moindre sentiment de rejet. Je connais d'autant mieux ces deux camarades qu'ils demeurent à Rosny, comme moi.

Pour l'un -hélas pour lui- son allure physique "l'accuse", sauf qu'il n'est ni gros ni gras -l'époque ne s'y prête  vraiment pas ! - et qu'il ne roule pas sur l'or comme le prouve l'état lamentable de son vélo. Le second, surnommé "Toutoune" est un rouquin au nez retroussé et aux cheveux frisés, bon copain de tous, et son étoile jaune est une surprise complète. Ce sont ces deux étoiles qui commencent à nous faire prendre conscience qu'"ils" ne sont pas aussi corrects qu'on veut nous le faire croire.

            Quelques mois plus tard, le prof de math. M. Gauguin, nous révèle, à la fin de son cours, que nos deux camarades vont nous quitter et sont dans la nécessité de se cacher pour leur sécurité. Lourd silence et stupeur dans la salle, aucun parmi nous n’ayant imaginé que les juifs étaient à ce point menacés. L’étoile jaune les désignait bien comme « personnes nocives » selon le charabia nauséabond de l’époque, mais pour les deux nôtres, au moins, nous savions que c’était complètement faux.

            Chaque jour, en fin de dernière classe, le prof nous distribuait deux ou trois « biscuits vitaminés ». M. Gauguin que nous prenions pour un enseignant bougon et trop sévère, nous propose de donner nos biscuits du jour à nos deux copains qui en ont bientôt leur cartable bourré. Ils en ont les larmes aux yeux et ne sont pas les seuls….même le prof.

            Nous n’avons jamais su ce qu’ils étaient devenus, mais ils avaient devancé le début des rafles et nous avions l’espoir -sans pouvoir faire plus- qu’ils aient pu échapper à cette engeance si correcte. Un mémorial de la déportation vient d’être inauguré par le Président de la République et je m’y rendrai avec le secret espoir de ne pas y trouver leurs noms.

L’aryanisation

            C’est un mot qui fit partie du charabia évoqué ci-dessus !

            Je dois les quelques informations qui suivent aux confidences d’un de nos anciens directeurs généraux -à l’époque, jeune inspecteur- peu suspect de « collaborationnisme », bien au contraire (fausses cartes d’identité pour certains de nos agents menacés, cambriolage d’un wagon de billets par la Résistance..)

            En 1943, il recevait d’un organisme parisien dénommé « Commissariat Général aux questions juives », des listes d’entreprises à « aryaniser ». Il s’agissait d’entreprises juives dont les propriétaires étaient partis se mettre à l’abri ou -pire- avaient été arrêtés. Ne rien faire aurait conduit à une liquidation judiciaire, c'est-à-dire à une spoliation définitive. Aussi mettait-il ses connaissances et son entregent à contribution pour trouver des repreneurs, compétents et honnêtes afin de maintenir l’entreprise en vie autant qu’il était possible à l’époque, et disposés à la restituer à leurs propriétaires, s’ils avaient échappé à l’enfer.

Flic à Paris, pendant l’occupation

            Les faits rapportés ci-après m’ont été racontés par une personne âgée qui, dans sa jeunesse, fut gardien de la paix dans Paris occupé. « On était jeune, on avait un pétard, et on se croyait alors les rois du monde » me dit-il au cours d’une promenade en montagne.

 Un jour, on leur donne une liste de juifs à arrêter le lendemain. Quels étaient les auteurs de ces listes de malheur, on ne le saura probablement jamais. L’instruction des recrues avant de prendre l’uniforme était sommaire mais suffisante pour savoir que l’on n’arrête pas une personne qui n’a rien à se reprocher. Le délai jusqu’au lendemain étant suffisant, ces jeunes flics, pour la plupart, se débrouillaient pour faire prévenir discrètement les personnes qu’ils étaient chargés d’arrêter.

Si les juifs concernés avaient pris au sérieux l’avertissement, s’ils avaient quelques bonnes relations et de l’argent, ils étaient sauvés, au moins dans l’immédiat, et le jeune flic pouvait rendre compte à son chef : « parti sans laisser d’adresse ». Dans le cas contraire, le malheureux était conduit au commissariat de police, puis au camp de Drancy. Quelques agents de police avaient su que des convois partaient pour l’Allemagne.

            Après …., on ne savait pas. Nacht und nebel, comme on l’apprendra à la Libération, sans bien encore mesurer alors, pour la plupart d’entre nous, la véritable signification de ces mots terribles.

NB. Il n’est pas inutile de rappeler, pour la réflexion, que Hitler était un quart juif. Sans doute a-t-il fait détruire, en Autriche, le cimetière où étaient enterrés ses parents pour en faire disparaître la preuve, mais il restait bel et bien un quart juif. Quelle dérision !

M. CHARBONNIER