| La 2ème Guerre Mondiale
 

 

 

    

 

Banque de France

Le Puy, le  4 août 1944

NOTE pour le SECRÉTARIAT GÉNÉRAL – Chamalières

 J'ai l'honneur de vous rendre compte que la Succursale du Puy a été l'objet, ce jour, d'une attaque à main armée.

 Les agresseurs se sont présentés à 16 heures, au nombre d'une douzaine, au moment où le remplaçant du concierge sortait de la loge pour fermer la grille d'entrée de la cour d'honneur.

 Tandis que ce dernier était tenu en respect, le reste de la troupe pénétrait dans les bureaux et dans le cabinet du Directeur, exhibait ses armes et mettait en joue le personnel et le seul client présent

.Le système d'alarme reliant la Succursale à la Gendarmerie n'a pu être actionné. Il est, en effet, commandé par des boutons situés sous les bureaux du cabinet du Directeur et du Caissier et ces deux agents, se trouvant debout et éloignés de ces dispositifs, se sont trouvés immobilisés sans pouvoir en faire usage.

Les assaillants ont fait, initialement, main basse sur le contenu de la caisse courante et, après un quart d'heure de discussions et de menaces, j'ai accepté, pour éviter des événements plus graves, de leur remettre une contribution pré­levée dans la caisse auxiliaire.

 Le détournement se chiffre au total à 9.317.298 F.

 Les agresseurs ont, ensuite, battu en retraite, emmenant leur butin sur une voiture à bras. Dès leur départ, j'ai alerté la Gendarmerie, la Préfecture et la Police, le téléphone n'ayant pas été coupé (les assaillants se sont bornés à sec­tionner les fils du téléphone intérieur de la loge).

 Cette agression a été perpétrée par des individus de 25 à 35 ans très correc­tement vêtus disant appartenir à la EEI. De toute évidence, ils n'avaient qu'une connaissance restreinte des lieux ainsi que des habitudes de la Banque. Désirant faire vite, ils se sont refusés à me délivrer un reçu mais m'ont affirmé que cette pièce me serait adressée dans les 24 heures.

 Extrait des "Cahiers anecdotiques de la Banque de France" n° 10.

 

« Coup de main sur la Banque de France du Puy » en 1944

 

            Le 20 juillet 1944, SIMONOT, directeur des Etablissements Graff à Coubon, se présente à Pierre PERRE (alias commandant PYRRUS dans la Résistance, chef local d’un groupe « Combat », puis du M.U.R. -mouvements unis de la Résistance- après fusion de Combat avec Franc-Tireur et Libération). Il affirme faire partie du SR (service de renseignements) interallié.

            Il revient deux jours plus tard et demande à Pyrrus si son groupe dispose d’assez d’argent et, sur la réponse évidemment négative, lui propose de « faire un coup » sur la Banque de France du Puy. Pyrrus veut au préalable en référer à son chef, le commandant CHABRIER, mais Simonot insiste pour que l’ »opération » se fasse au plus vite. Il revient à la charge plusieurs fois de suite : il lui faut seulement six hommes et il se charge du transport.

            Le chef départemental de la Résistance en Haute Loire, Serge ZAPALSKI, directeur des services vétérinaires (alias lieutenant-colonel GEVOLDE) ayant donné l’ordre général de « faire les bureaux de poste et les banques », Pyrrus donne son accord pour que l’opération se fasse le 4 août 1944 et fournit les six hommes demandés.

            Le 4 août, le lieutenant COURRIOL se dispose à accompagner les six hommes, mais Simonot refuse, alléguant un risque pour franchir les barrages.

            « L’opération se passe très bien ».

            Simonot avait rendez-vous avec le lieutenant Lucien VOLLE (l’un des chefs du groupe Lafayette) pour lui remettre l’argent, mais affirme ne pas l’avoir vu. Aussi se rend-il directement au Monastier où se trouve Pyrrus à qui il remet la boite contenant l’argent. Entre temps, il avait rencontré un groupe de maquisards qu’il avait pris pour des hommes de Pyrrus et leur avait donné les fonds, mais s’apercevant de son erreur, il avait repris la boite. Puis, il s’était empressé de rentrer au Puy pour se créer un alibi.

            Après avoir mis la boite en sécurité, Pyrrus compte l’argent  en compagnie de PRADIER et de PESTRE. Il y a 4 346 550 francs, plus 750 000 francs de billets annulés

            Au retour des six hommes affectés à l’expédition, Pyrrus apprend de l’un d’entre eux, CORDIER, qu’il devrait y avoir davantage et que 4 millions, environ, ont disparu. Lorsque Simonot revient voir Pyrrus qui lui fait part de ce manque important, Simonot répond que la somme de 4 millions a dû être volée par les maquisards auxquels il avait remis par erreur la boite contenant l’argent.

            Tout ceci ne semble pas clair à Pyrrus qui demande une enquête au lieutenant en charge du 2ème bureau, Henri ETCHEBERY. Après la Libération, Pyrrus redevenu PERRE veut faire arrêter Simonot qu’il soupçonne fortement du vol, mais celui-ci a disparu.

            Les 4.3 millions enlevés à la Banque de France du Puy ont servi à nourrir les hommes et à assurer la subsistance de leurs familles. La comptabilité des emplois a été tenue par PESTRE. Quant aux 4 millions disparus, on pourrait « utilement en demander le compte à Simonot » affirme Perre.

                        Extraits de « Témoignages de Résistants », en Haute Loire, pages 154, 157 et 158

                                                                                                          R. CHARBONNIER