| La 2ème Guerre Mondiale
 

VISITE ALLEMANDE À LA SOUTERRAINE

  Henri Beaudoux
Engagé volontaire 14-18, Croix de guerre 14-18, médaillé militaire
   
    
   
 

ppartenant à la Caisse générale et détaché en 1933 à la souterraine pour y suivre les mouvements de l'or, je me souviens qu'à cette date les cinq

salles d'encaisse étaient archipleines, nous obligeant même à entreposer les lingots dans les chambres fortes réservées à la clientèle.
   
  De plus, pour augmenter la sécurité en cas de transport, toutes les pièces d'or en sacoches (67 kg) ont été fondues et transformées en lingots.

Quelques années avant la guerre, ordre nous était donné de prévoir l'évacuation de ce formidable stock d'or.

C'est alors qu'a commencé la mise en caissettes en bois, numérotées et scellées, contenant chacune quatre lingots de poids et de titres différents (environ 55 kg) dont nous notions les caractéristiques.

Travail long et minutieux qui permit cependant d'expédier par camions et même par trains entiers cette précieuse cargaison vers des zones dites, alors, de sécurité.

Peu de jours avant l'arrivée des Allemands à Paris, le travail n'est pas totalement terminé et je me souviens que du personnel d'une entreprise de déménagement, avec ses camions, est arrivé en renfort permettant ainsi, in extremis, le départ des dernières caissettes.

Trois jours après l'entrée des Allemands à Paris, le matin à 7 heures, un planton vient à mon domicile, m'enjoignant d'être présent à la Caisse générale à 9 heures, pour descendre avec les Allemands à la souterraine.

C'est Monsieur Porte qui dirige alors le service. Sachant, comme moi, qu'il ne reste aucun lingot et connaissant l'état d'esprit des vainqueurs du moment, il me dit simplement: "Descendez à la souterraine j'ai votre adresse, vous avez la mienne. " Paroles pleines de sous-entendus en cette circonstance.

Je rejoins alors dans le hall mon ami Demange, représentant le contrôleur général, un interprète du Secrétariat général et deux officiers allemands.

J'ajoute que, Demange et moi-même, sommes tous deux anciens combattants de 14-18, lui, amputé d'un bras.

Salut très strict et nous descendons.
   
  Dans le couloir qui mène à la grande salle des Colonnes où donnent les portes de A à E des salles d'encaisse, je demande à l'interprète d'expliquer qu'il est inutile d'ouvrir les cinq portes puisqu'il ne reste aucun lingot. L'interprète me répond qu'ils exigent que l'on traverse toutes les salles. Ce que nous faisons, les Allemands ayant l'air furieux.

Mais au retour l'interprète me traduit " Ils ne sont pas contents du tout ! Mais ils comprennent notre comportement et pensent qu'ils auraient fait de même ! "

Soulagement pour notre petit groupe et fin de cette mission plutôt exceptionnelle !