| La 2ème Guerre Mondiale
 

CLICHES D'IMPRESSION DES BILLETS

   
    
   
 

e 15 août 1944 M. LENCLUD, Inspecteur, était arrivé à Chamalières venant de Paris à bicyclette au terme de huit jours d'un trajet périlleux,

pour prévenir M. ROUSSEAU, Caissier Général, et moi-même Directeur de la Fabrication des billets, que les Allemands avaient formé le projet de saisir les clichés servant à l'impression des billets afin d'en imprimer pour leur compte.
   
 
Le Gouvernement de la Banque avait en effet cessé de verser l'indemnité de 300 millions de francs par jour en billets ayant cours légal.
 
Son dernier versement avait été effectué en billets de 5.000 frs non émis, du type Empire Français, qui avaient été convoyés par les Allemands jusqu'à la succursale de Nancy où le Directeur les avait réceptionnés, mais il avait déclaré aux convoyeurs qu'il ne pouvait les accepter en paiement.
   
 
Le Gouvernement de la Banque avait en effet cessé de verser l'indemnité de 300 millions de francs par jour en billets ayant cours légal.
 
Le dimanche 23 août, à 8h du matin, je suis éveillé par un des gardiens de l'Imprimerie dans le pavillon des concierges où M. ROUSSEAU et moi-même avions élu domicile, à l'intérieur de l'usine. Deux officiers allemands voulaient me parler. Ayant mis un par dessus sur mon pyjama, je suis al1é à la rencontre de ces officiers.
   
 
Ils venaient saisir les clichés servant à l'impression des billets.
"Combien avez-vous de clichés sur vos machines ?" Après un rapide calcul je leur donne un chiffre.
 

"Combien de temps vous faut-il pour les enlever ?"
"Avec le personnel voulu - mais c'est aujourd'hui dimanche - et un nombre de tournevis suffisant, environ 24 heures".
"Voulez-vous nous montrer une situation générale
des clichés ?"
 
A ce moment le Caissier Général, alerté par le bruit, était entré ; je lui confie les officiers allemands en lui expliquant ce qu'ils viennent chercher et je sors pour appeler au téléphone M. BERTHET,
 
chef de la délégation du Contrôle Général et M. CAYRON, chef de l'Administration de l'Imprimerie.
   
 
Je leur demande de m'apporter les livres sur lesquels sont répertoriés les clichés par coupure mais sous aucun prétexte de ne m'apporter de situation récapitulative des clichés et de ne laisser sortir aucun cliché valide.
 

Au bout de quelques minutes, M. BERTHET revient avec les registres sur lesquels sont détaillés les clichés en cours d'usage sur les machines.
 
Avec les officiers allemands nous faisons page par page le décompte des clichés en service, ce qui a demandé une demi-heure.
 
Il était l0h l/2. Les deux officiers se consultent et l'un d'eux part pour Royat téléphoner à l'Etat-major de HIMMLER qui avait donne 1' ordre de saisir les clichés.
 
Nous attendons son retour.
Vers 11h il revient avec l'ordre de saisir seulement les clichés de réserve.
Je demande alors à M. BERTHET et à M. CAYRON de nous conduire à la serre des clichés réformés.

 

Les contremaîtres et agents logés autour de l'usine que j'avais fait appeler pour avoir des témoins nous ont suivis. Les deux représentants de l'Imprimerie et du Contrôle Général ont ouvert la serre et les casiers contenant les clichés.
 
Nous avions été escortés par une dizaine de soldats allemands qui étaient entrés dans l'Imprimerie. Nos contremaîtres sont allés chercher quelques caisses à munitions pouvant servir au transport des clichés et nous avons entassé dans une première caisse des clichés martelés de toutes les coupures françaises.

  M. BERTHET m'a alors montré qu'il n'y en avait plus. Mais il existait des clichés réformés de billets coloniaux. Ayant consulté d'un regard un des officiers allemands : "Remplissez une autre caisse" ai-je demandé. La seconde caisse remplie je me suis approché d'un des officiers allemands et lui ai dit : " Cela suffit ! Vous en avez assez pour imprimer des billets. "
   
 
Il a acquiescé et nous avons commencé à sortir de la serre où nous étions nombreux.

J'ai reconduit les officiers allemands dans la cour où ils avaient fait entrer leur voiture hérissée intérieurement de grenades à manche.
  Un des officiers m'a alors déclaré : " Un ordre militaire doit toujours être exécuté." Il avait l'air de s'excuser. Je me rappelle lui avoir répondu : "Je le sais. J'ai été militaire".

Et ils sont partis.

Mais ce que nous ignorions c'est que l'usine était cernée par une compagnie d'infanterie depuis 7h du matin, que les gardiens avaient fait patienter les officiers pendant une heure avant de m'appeler. Ces quelques troupes allemandes étaient en train d'évacuer Clermont-Ferrand et sa région. Le convoi des troupes d'occupation de Chamalières-Royat a été attaqué par le Maquis dans la forêt de La Grésigne au nord de l'Allier, et une semaine après j'étais informé que dans un "magasin de propagande" installé par les forces d'occupation à Dijon on avait vu des enfants jouer avec des clichés de billets de banque qui avaient été abandonnés.

Notre Directeur de Dijon a fait le nécessaire pour récupérer ces clichés et les renvoyer à Chamalières par un convoi de la Caisse Générale. Il en manquait très peu.