| La 2ème Guerre Mondiale
 

Livre d'OR édité par les anciens maquisards et
résistants de la B.D.F. Chamalières et Vic-le-Comte
en hommage à leurs morts glorieux

   
    
 

 

Ami entends-tu le vol lourd
des corbeaux sur la plaine

Ami entends-tu le cri sourd
du pays qu'on enchaîne

  Préface du
Colonel Emile Coulaudon
Colonel 'Gaspard' Chef des F.F.I.
de la Région Auvergne
   
 

ette préface que mes camarades m'ont demandé d'écrire je pense qu'il faut la placer sous le signe de la reconnaissance envers ceux qui sont

tombés pour notre liberté et celle des générations futures...
   
  Que ce soit dans les maquis de la Margeride ou de la Truyère, au col de Ceyssat ou au Pont de Fraysse, à Anterrieux ou à Orcines, à Pérignat ou dans la Creuse, nombreux sont les volontaires, membres du personnel de la Banque de France, qui ont péri pour avoir voulu libérer notre pays de la criminelle domination nazie.
Ayons une pensée émue pour nos compagnons André Rouhet, premier maquisard tué à Ceyssat le 4 septembre 1943 ; Ferdinand Jacquemin, Didier Legland, Louis Riberolles, Antonin Pouzadoux, tombés au Mont Mouchet ou à Anterrieux; Henri Sergère et Noël Giaretto à Latour-d'Auvergne ; Maurice Hiegel au Pont de Fraysse; Pierre Monier à Riom ; les fusillés : Marius Delesalle à Pérignat-ès-Allier et André Malveau dans la Creuse ; Jean Rollin en Haute- Garonne ; enfin ceux morts en déportation : de Liocourt, Roger Ferreboeuf, Robert Coupat, Roger Bellenger, Paul Parret, et, peu après son retour d'Allemagne, Louis Verdier ; Jean Verdier, Roger Sommevialle, Antonin Vivat et Mme Jeanne Berrier...
Entraînés depuis 1942 dans la lutte clandestine par les grands patriotes qu'étaient nos regrettés camarades Nestor Perret, Tony Moiroud et Lauriat, ils contribuèrent par leur courage et leur esprit de sacrifice à la victoire finale de nos armes et à la libération du pays.
Recueillons-nous en parcourant ce livre d'or...
Les années ont passé depuis que le nazisme céda, depuis que nos villes et nos villages furent délivrés dans l'enthousiasme et la joie des libertés retrouvées, depuis enfin que fut rétablie la République...
Le groupe de Résistance créé au sein du personnel de la Banque de France, fort de près de 100 volontaires, a pour sa part payé un très large tribut au succès de nos armes, qu'il me soit permis de lui rendre ici, comme à nos disparus, le plus sincère hommage...
 
   
    
   
 

1942

Deux ans déjà qu'une grande partie du territoire français est occupée par les armées allemandes. La France coupée en deux zones est livrée au règne de ce que l'on a appelé la cinquième colonne qui a installé des réseaux de trafiquants. Ils mettent le pays en coupe réglée, raflant pour l'occupant tout ce qui peut l'être.

Des Français n'ont pas accepté la défaite et les conditions ratifiées par le Gouvernement de Vichy qui veut imposer la collaboration avec l'ennemi. Ils ont organisé la résistance à l'oppression, canalisée par certains agents du Deuxième Bureau qui en ont reçu la mission.

Dans la zone dite libre, un noyau de résistance existe aussi, il prépare et organise déjà la libération du territoire, lutte contre l'occupant et les collaborateurs. Celui-ci a cru voir dans l'armée d'armistice une possibilité vite déçue de reprendre le combat, celui-là a préféré le réseau de renseignements au service des armées alliées, cet autre la résistance active qui sabote le dispositif allemand, tente des coups de main contre l'occupant ou ceux qui le servent. Tous ont accepté contrairement à beaucoup de gens compétents qui se tiennent à l'écart, les conditions du combat, le climat d'insécurité, de méfiance et de mouchardage, avec à l'horizon, l'arrestation, l'incarcération, la torture et pour certains, la mort.
Soudain, le 11 novembre, les troupes anglo-américaines débarquent en Afrique Française du Nord. Les Allemands en profitent pour occuper la France entière et la soumettre à leur joug. En mars 1943 ils décrètent le service du travail obligatoire (S.T.O.). Tous les jeunes gens âgés de 20 et 21 ans sont obligatoirement tenus de partir travailler dans les usines allemandes.
A la Banque de France de Chamalières, le directeur de l'époque encourage les jeunes requis à partir sous le prétexte "qu'ils verront du pays ". Rien n'est fait pour leur éviter l'expatriation et les retenir à l'entreprise, seul existe pour eux le choix entre le S.T.O. ou le maquis. Certains se plient et partent pour l'Allemagne, d'autres refusent et rejoignent ceux qu'on appelle les " combattants de l'ombre ", qui résistent à l'ennemi. Par contre le caissier général Rousseau soutient la résistance et fait tout ce qui est en son pouvoir pour éviter le départ des jeunes.
Deux hommes à la Banque de Chamalières font partie du vaste mouvement français qui est né dans la classe ouvrière, englobant sans distinction de parti ou de religion, tous ceux qui n'ont pas accepté la défaite, MM. MOIROUD et LAURIAT.
En octobre 1942, Tony MOIROUD, par l'intermédiaire d'un ami est entré en contact avec Nestor PERRET, chef de la Résistance clermontoise, qui lui demande de constituer une organisation à la Banque.
Celui-ci en parle à son camarade LAURIAT, capitaine de réserve dont les sentiments de patriote ne peuvent être mis en doute. Une liste de collègues susceptibles de faire partie du mouvement est dressée. Après élimination, vingt noms inspirant pleine confiance sont retenus. Une réunion de ces "vingt" a lieu à la Brasserie des Sports, face au stade municipal. Un plan de recrutement est établi, chacun est chargé de sonder et d'amener des adeptes, cinq par groupe selon le dispositif de cloisonnement préconisé par la résistance, les membres d'un groupe, d'une dizaine pour se servir du terme adopté, ignorant la composition des autres dizaines, ce qui permet de limiter les dégâts en cas de dénonciation ou d'aveux arrachés par la torture à ceux tombés aux mains de la milice, organe de répression à la solde de l'occupant ou de la gestapo, police allemande tristement célèbre et malheureusement renforcée par des individus, mauvais français, qui vendent leurs compatriotes.
Le groupe s'organise et commence son travail qui consiste à recueillir des renseignements susceptibles d'être exploités et qui sont canalisés jusqu'à Nestor PERRET; à diffuser des journaux clandestins (Libération, Franc- Tireur, Combat, etc...); des listes noires de personnes qui collaborent avec l'occupant; à apporter aide à ceux qui sont déjà dans les maquis et à leur famille, leur fournir les tickets et les cartes d'alimentation, les faux papiers; à réceptionner des armes qu'il faut distribuer ou entreposer en lieu sûr; à transmettre des messages radio à destination de l'Angleterre. Tout ceci dans un climat déprimant, en dehors des heures de travail, malgré le couvre-feu, les collaborateurs, les miliciens, la gestapo, les délations, l'angoisse.

ROUHET André Marcel
Né le 15-7-1922
à St Laurent de Ceris (Charente).

Mort pour la France le 4-9-1943 à Ceyssat (P.D.D.)
au cours d'un engagement avec les allemands

 

Le 4 septembre 1943 la section déplore son premier mort, le jeune André ROUHET, massacré au Col de Ceyssat où il avait pris le maquis pour échapper au S.T.O.

Il y a de chaudes alertes au mois de novembre 1943 Nestor PERRET est arrêté et abominablement torturé, il ne livre aucun des secrets dont il n'ignore aucun détail ; l'irruption de la gestapo à la " Brasserie des Sports ", au moment d'une réunion à laquelle assistait tout l'Etat-Major régional F.F.I., après une fusillade mémorable au cours de laquelle cinq agents de la gestapo sont abattus et une passante blessée, nos amis réussissent à s'échapper, à l'exception des propriétaires qui, arrêtés, sont déportés en Allemagne. Ils n'ignoraient pas l'existence du groupe puisque tous les détails de sa création avaient été réglés dans leur établissement.
Pendant que la résistance urbaine continue sa mission, les maquis attendent le moment d'agir en masse dans des conditions souvent difficiles : maisons inhabitées dans les petits villages, cabanes fabriquées, n'en sortant que pour leur ravitaillement ou des missions de sabotage, les transports d'armes en collaboration avec les groupes d'action de la résistance urbaine de leur zone.

ROLLIN Jean Baptiste
Né le 28-1-1902
à Felletin (Creuse).

Maréchal des Logis

Mort pour la France en service commandé
le 24-4-1944 à Grenade sur Garonne (Haute Garonne)

Le 24 avril 1944, Jean ROLLIN, chef de dizaine du garage, est tué en mission, d'une balle de mitraillette en pleine poitrine à Saint-Jory dans la Haute-Garonne.
En mai 1944, nous sommes prévenus qu'il sera fait appel à nous pour constituer une concentration armée dont le rôle consistera à fixer là les forces allemandes pendant les opérations de débarquement que l'on annonce comme imminent et à semer le désarroi dans les liaisons et les communications allemandes.

Une réunion des chefs de sizaine a lieu, elle donne son accord à l'opération.
Elle s'effectue en deux temps, le premier dirigé par Tony MOIROUD, le 23 mai, le second le 24 mai dirigé par LAURIAT. Ordre a été donné à ceux qui ne sont pas indispensables en ville de rejoindre le Mont-Mouchet. Sur cette partie, écoutons parler les intéressés : " Arrivés à la gare, le matin d'un jour ensoleillé, nous nous retrouvons par petits groupes qui semblent s'ignorer. L'abandon du foyer et des êtres chers marque les visages d'une empreinte mélancolique. Chacun emporte dans un paquet ou une valise, une couverture et deux jours de vivres. Les armes en notre possession ont été rendues la veille et notre aspect n'a rien de guerrier. Nous prenons place dans le train qui nous emporte via Issoire, Arvant, Neussargues, jusqu'à la petite station de Loubaresse, entre Saint-Flour et Saint-Chely-d'Apcher. Nous partons en groupe pour une longue et pénible marche. Dans le premier village que nous traversons, nous voyons une affiche tricolore placardée sur la porte d'une grange. Elle nous procure un pincement au coeur car on peut y lire : " Ici c'est la République, Vive la France. " L'accueil des paysans du Cantal est sympathique, ils nous regardent avec le visage serein et nous offrent le verre de l'amitié. A deux heures du matin nous atteignons notre but un buron, le buron de la Sillarde où nous accueillent quelques camarades arrivés là depuis quelques jours. Nous éprouvons une petite déception car on nous avait dit de n'apporter que le strict nécessaire, le reste nous étant fourni et il n'y a rien. Nous nous installons tant bien que mal, certains même dans l'ancienne loge à cochons. Les formalités d'incorporation se déroulent dans un autobus des Transports Départementaux, transformé en bureau des effectifs et la position de ce véhicule au milieu des sapins, loin de toute voie carrossable et à cette altitude ne laisse pas d'être saisissante, voire cocasse.

  

Nous apprenons que le 2 juin 700 S.S. venant de Mende ont attaqué le réduit du Mont-Mouchet. La 2e Compagnie du 2e Bataillon a subi le premier choc, la 3e est venue l'appuyer, les Truands ont empêché l'enveloppement sur la gauche et le Groupe Laurent est intervenu avec la 12e sur le revers de l'ennemi jetant la plus grande panique chez celui-ci qui s'est retiré en abandonnant 50 morts.

Le 6 juin l'annonce du débarquement suscite une grande joie, nous voyons déjà l'armée allemande boutée hors de notre pays et pourtant de durs combats nous attendent. Petit à petit la vie s'organise, nous procédons à la mise en place de postes d'observation sur les crêtes voisines d'où l'on domine toute la région, au nord vers Vedrines-Saint-Loup et Chastel, a l'ouest vers Saint-Flour et au sud vers Ruines. Nous nous familiarisons avec les armes automatiques que nous avons touchées et que parachutent presque chaque nuit les avions alliés sur un vaste plateau situé vers l'est dont deux bonnes heures nous séparent, marche pénible à travers les bruyères dans un site inconnu. Le Mont-Mouchet est devenu un véritable camp, deux bataillons ont été formés, le 1er comprend 6oo volontaires, nous sommes 70 du groupe de la Banque affectés surtout aux 6e et 7e Compagnies mais certains sont au 2e Bataillon, aux 11e et 14e Compagnies et à la section des transports. Nous apprendrons par la suite que d'autres camarades de la Banque ont rejoint, après le 6 juin, le maquis de Bourg-Lastic.

Le 10 juin, 1'Etat-Major fait savoir qu'une division allemande venant de Clermont par Brioude et Lavouthe-Chilhac, monte attaquer le Mont-Mouchet. A 6 heures du matin rassemblement de la Compagnie pour aller prendre position à Clavières en contournant le Mont-Mouchet par les bois. Nous arrivons aux abords de Clavières vers 11 heures, les colonnes blindées allemandes ont été arrêtées, 60 véhicules ont été accrochés par les 3e et 4e Compagnies à Clavières, 100 à Saugues par les compagnies de la Haute-Loire et la 12e. Les Truands ont soutenu à 34 un combat contre une colonne entière. Au soir, pour la 2e fois les Allemands se retirent. Ils ont incendié Ruines et Clavières et se sont livrés à un véritable carnage fusillant femmes, vieillards, enfants. Le maire de Clavières qui voulait éviter ce massacre s'est présenté avec un drapeau blanc, il a été fusillé.

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Le 11 juin, les blindés allemands repliés la veille à plus de 20 km reviennent à l'attaque sur Clavières et Lorcières. Toutes les compagnies attaquées se défendent avec ardeur et contiennent l'ennemi. L'artillerie allemande appuie l'attaque qui avance ce qui ne pourrait se faire à égalité d'armes, les effectifs allemands sont quatre fois supérieurs. L'artillerie s'acharne sur la Maison forestière où est installé le G.Q.G. qui doit être évacué.
Sur le versant nord, dans le secteur de la 14e Compagnie, trois volontaires du groupe de la Banque de Chamalières ont été tués RIBEROLLES Louis, d'un éclat d'obus en pleine tête, JACQUEMIN Ferdinand et LEGLAND Didier, tous deux âgés de vingt ans, massacrés dans un groupe de 15 volontaires composant l'effectif d'un petit nid de mitrailleuses qui interdit pendant plus de vingt-quatre heures le passage du petit pont du Crépoux, sur la route de Pinols au Mont-Mouchet, aux chars allemands, VERDIER Jean de la Papeterie de Vic-leComte a été tué au cours de la contre-offensive de Clavières.
Nous recevons l'ordre de décrocher dans la nuit en direction du réduit de la Truyère que nous devons rallier au Pont-de-Mallet. D'autres ont reçu l'ordre de rejoindre d'autres maquis. Ce repli de 600 hommes, certains chaussés seulement d'espadrilles, avec armes et bagages, y compris les mitrailleuses et les F.M. demeure comme une des réalisations les plus extraordinaires, par exemple la traversée de la route Clavières-Ruines où se succèdent les convois allemands sous les fusées qui éclairent le paysage. Nous sommes guidés par un habitant du pays et sa jeune femme qui nous procurent deux tourtes de pain qui nous paraissent bien maigres partagées entre nous tous. Nous marchons toute la nuit en direction du Viaduc de Garabit. Au jour nous nous installons dans un petit bois et prenons du repos jusqu'à 15 h 30 et repartons en utilisant les sous-bois pour ne pas nous faire repérer par les avions de reconnaissance qui patrouillent à notre recherche. Les Allemands ont repris leur offensive sur le plateau de la Margeride et nous recherchent sans succès. Vers 19 heures nous faisons à nouveau halte à proximité de Chaliers où nous nous partageons trois tourtes de pain et quatre douzaines d'oeufs que nous répartissons entre les blessés. A 22 heures le départ est donné pour franchir un point extrêmement dangereux la route de Saint-Flour à Saint-Chely-d'Apcher. Nous la franchissons vers Charmensac et à l'aube nous sommes à Faverolles où nous prenons du repos. Nous reprenons notre marche à 8 heures et à 10 heures nous sommes au pont de Mallet point qui nous a été assigné. Un camion de ravitaillement arrive vers 14 heures, nous y faisons honneur car l'appétit reprend ses droits maintenant que nous sommes reposés.

Le lendemain 14 juin, nous prenons place dans des camions qui, par Fridefont, nous amènent à proximité de Paulhac où nous nous reposons deux jours. Le 17 juin, sur ordre du G.Q.G. qui est installé à Saint-Martial, nous rejoignons Anterrieux. Les 5e et 6e compagnies se trouvent au Pont-Rouge, à Deux-Verges et à Saint-Juéry sur la route de Chaudesaigues à Saint-Chely-d'Apcher.
Nous apprenons le bilan de la bataille du Mont-Mouchet. Nous avons eu 150 disparus, tués ou achevés par l'ennemi. Presque tous nos blessés ont pu faire le décrochage.
Les Allemands avouent de leur côté 1.400 tués et 1.700 blessés soit des pertes dix fois supérieures. Le misérable HENRIOT annonce à la radio que 6.000 terroristes ont été anéantis dans le Cantal. Le nouveau bataillon qui est reformé prend le nom de 2e bataillon. Il comprend quatre compagnies et compte 800 hommes. La nouvelle organisation du réduit de la Truyère a prévu sa division en deux parties, l'une au nord ayant Fridefont comme Q.G., l'autre au sud avec Saint-Martial.

 

VERDIER Jean François Michel
Né le 3-5-1922 à Corent (PDD)

Caporal-chef .

"Mort pour la France" à Clavières (Cantal) le 11-6-1944
au cours d'un engagement avec les Allemands

Croix de guerre avec étoile d'argent.

Le "Mouchard" surveille la région, l'attaque ennemie ne doit plus être loin. En effet le 20 juin à 9 heures, l'alerte est donnée. Un important convoi allemand est signalé à l'ouest de Chaudesaigues. Les ordres sont de tenir le plus longtemps possible et de laisser s'infiltrer la colonne ennemie dans le cirque de Mallet. Les 5e et 6e compagnies signalent que le contact est pris avec l'ennemi. Le capitaine de la 5e est blessé, un lieutenant part pour le remplacer. Le bruit de fusillades de plus en plus nourries parvient jusqu'à nous, l'attaque est de grande envergure et s'étend à tout le réduit de la Truyère. Vers 12 heures il apparaît de plus en plus certain que les compagnies stationnées à Saint-Juéry, Deux-Verges et Pont-Rouge n'ont pas réussi à empêcher les infiltrations de l'adversaire, Anterrieux se trouve sous le feu des blindés allemands. C'est sous une grêle de balles et de torpilles de mortier, puis de bombes de 50 kg que déversent sur nous quatre bombardiers à croix noires que nous devons quitter le terrain laissant 34 des nôtres dont notre camarade POUZADOUX, la jambe arrachée par une torpille de mortier. A 13 heures le repli sur Recoules et Paulhac est ordonné. Une énorme colonne de fumée noire s'élève au-dessus d'Anterrieux qui a été incendié par les Allemands. Paulhac est bombardé par l'artillerie. Vers 17 h 30 une escadrille surgit à faible altitude, elle commence au-dessus de nous une ronde infernale. Pendant quarante minutes nous sommes inondés de bombes, obus et rafales de mitrailleuses. Les avions repartent enfin et nous constatons que nous n'avons que quelques blessés. A 20 heures arrive l'ordre de repli général sur Albaret-le-Comtal. Nous passons près des installations du garage qui portent les traces d'un récent et violent bombardement, les avions sont passés par là aussi. Nous parvenons à Maurines où se trouve l'ambulance encombrée de blessés.

POUZADOUX Antoine Gabriel
Né le 18-4-1905
à Clermont-Ferrand(PDD).

Sergent-Chef

"Mort pour la France" le 20-6-1944 à Anterrieux (Cantal) au cours d'un engagement avec les Allemands.
Médaille Militaire - Croix de guerre avec Palme - Médaille de la Résistance

 

Nous descendons maintenant par une route en lacets qui nous conduit au fond d'un ravin profond où coule un affluent de la Truyère, le Bès, que nous franchissons sur les tuyaux d'une usine génératrice d'électricité. Les Allemands ont oublié de garder cette seule sortie possible à l'est. Nous poursuivons notre route pour nous arrêter dans un bois à environ 1.500 mètres d'Albaret-le-Comtal où nous prenons du repos en attendant le jour.

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Les avions allemands sillonnent le ciel, et le bois étant clairsemé, notre présence ne saurait tarder à être signalée ; successivement d'ailleurs tous les bois sont mitraillés. Le G.Q.G. de Saint-Martial n'a pu donner suite à son repli sur Albaret-le-Comtal et a pris la direction du réduit du Lioran. Devant cette situation notre commandant donne sagement un ordre de dispersion par petits groupes. Nous devons essayer soit de regagner Clermont, soit rejoindre d'autres maquis.
Le bilan de la bataille est cruel, le 2e bataillon a particulièrement souffert.
La 5e Compagnie a perdu au moins la moitié de ses effectifs, mais elle aura eu le mérite, en tenant tout la journée à Saint-Juéry, de permettre le repli par les gorges du Bès, de centaines de camarades.
La 6e Compagnie a eu quelques pertes, mais a pu, en grande partie, se replier sur 1'Aveyron.
La 7e Compagnie a perdu une grande partie de son effectif.
La 8e Compagnie a pu également se replier sur 1'Aveyron sans trop de pertes.
Cette page d'histoire du maquis prouve que les Allemands craignaient les maquisards organisés, à tel point qu'ils n'hésitaient pas à lancer sur eux des divisions entières.
Chaudesaigues n'est pas une victoire, mais la mission reçue qui était de retenir les divisions ennemies a été exécutée.

 

DELESALLE Marius
Né le 3.09.1920
à Condat-les-Montboisiers (P.D.D.)

Caporal " Mort pour la France ".

Fussillé par les Allemands à Pérignat-ès-Allier le 15.06.1944

. Médaille militaire - Médaille de la Résistance
- Croix de guerre avec plame.

Si le maquis de la Truyère a été dispersé, les divisions allemandes n'en devaient pas moins rester en état d'alerte dans le Centre car d'autres maquis se réorganisaient, prêts à l'attaque comme au Mont-Mouchet et à Chaudesaigues.
En effet dans d'autres lieux, des agents de la Banque se battaient contre l'occupant ainsi que devait l'apprendre le groupe qui rejoignit Clermont.
Certains ont participé à l'opération de la prison de Riom qui libéra des patriotes qui reprirent le combat par la suite.
Parmi les camarades de groupe ayant rejoint les maquis, deux du maquis de Bourg-Lastic ont été tués au cours d'un accrochage avec un convoi allemand GIARETTO Noël et SERGERE Henri, deux autres ont été capturés DELESALLE Marius et CYPRIEN Max. Ceci se passait le 13 juin 1944, le 15 juin ils sont fusillés à Pérignat-ès-Allier. Par miracle CYPRIEN échappait au massacre. Voici le récit de ce fait exceptionnel donné par l'intéressé.

MARTIN Henri
Né le 22.05.1925 à Clermont Ferrand (P.D.D.)

Sergent " Mort pour la France ".


Fusillé par les Allemands le 1.07.1944 à Orcines (P.D.D.)
Médaille militaire - Croix de guerre

 

Le 15 juin à 10 heures la porte de la cellule s'ouvre sur trois Allemands en civil, mitraillette au poing. Des gradés allemands discutent devant la porte. L'un d'eux qui parle français, le sinistre ROTH, appelle un de nos camarades. Il lui fait retourner ses poches de pantalons à l'envers et les perce, lui demande de faire voir ses mains et le confie à un soldat qui l'emmène. Nous sommes tous traités de la même façon, les Allemands raflant les bagues de ceux qui en ont. Nous montons dans un camion où nous retrouvons quatre autres de nos camarades. Nous sommes tous de la couleur du cirage noir tellement nous avons été matraqués.

 

MALVEAU André Albert
Né le 28.11.1923 à Saint-Quentin (Indre et Loire)

Sergent-Chef

" Mort pour la France " le 4.06.1944 à Manerol commune de Doutreix (Creuse) au cours d'un engagement avec les Allemands.
.

Le camion se met en route, un homme est au volant, deux autres mitraillettes au poing nous gardent. Nous passons par Aulnat, Lempdes, Dallet, Mezel. A la sortie de Mezel la dernière borne que je vois est: Billom 10 km, Chauriat 4 km. Le camion prend cette route et nous nous retrouvons en pleine nature sur des chemins de campagne. A un moment nous doublons un paysan conduisant son char vide. Cent mètres plus loin, à l'orée d'un petit bois, le camion s arrête, les sinistres ROTH et KALTSEISS viennent nous faire descendre mais le paysan survenant ils le laissent passer en lui disant : " Bonjour Monsieur ". Il leur répond mais ne nous voit pas dans le camion. Lorsqu'il s'est éloigné ils nous font descendre. Ils sont maintenant six à nous encadrer, cinq en civil, un en uniforme. Ils nous conduisent à l'orée du petit bois. Sur le chemin des camarades leur demandent pourquoi ils vont nous fusiller. ROTH répond " Fermez vos gueules ". Enchaîné à Léon DELESALLE, je lui dis: " Retourne-toi, regarde le soleil car dans deux minutes nous ne le verrons plus ". Arrivés vers les arbres ils nous font asseoir par terre, un Allemand nous enlève les menottes pendant que les autres nous tiennent en respect avec leurs mitraillettes. ROTH nous donne l'ordre de nous mettre debout mais apercevant le paysan qui charge son char de foin, nous fait allonger à terre. Je vois à ce moment les deux frères DELESALLE qui s'embrassent. Les mitraillettes entrent alors en action. Deux balles m'atteignent, l'une au mollet, l'autre à la cuisse, je pousse un cri, lève un peu la tête et retombe face contre terre la tête sur mon bras gauche et la main droite légèrement en l'air. Quatre mitraillettes et deux revolvers nous tirent dessus de la distance de trois mètres. Ils rechargent les mitraillettes après avoir vidé les premiers chargeurs et la fusillade reprend jusqu'à épuisement des nouveaux. Un silence de mort plane au-dessus de nous. Tout à coup, à droite, un coup de feu claque, puis un autre, je pense au coup de grâce et compte les coups. J'en compte huit et me dis " Maintenant à ton tour " . Il passe à côté de moi et donne le coup de grâce à mon voisin de gauche. Je ne respire plus, ne bouge plus les sens en attente. La douille éjectée du revolver me tombe sur la main droite, je la laisse glisser le long de mon bras sans faire le moindre mouvement. J'entends tout à coup tourner le moteur du camion. Sachant qu'il doit manoeuvrer pour faire demi-tour, je ne bouge toujours pas, je crains qu'un Allemand soit resté près de nous pour voir si nous sommes vraiment morts. Lorsque je suis sûr qu'ils sont bien partis, je lève la tête petit à petit et regarde autour de moi. Je vois un affreux carnage, mes camarades sont couverts de sang, leur tempe trouée par le coup de grâce. Je dis " Alors les gars, on se lève ". Aucune réponse. Je touche Léon DELESALLE car son frère s'est couché sur lui pour le protéger. Pas de réponse. Je regarde alors ma blessure au mollet et ne la trouve pas trop grave. Je passe ma main sur ma cuisse, je la retire pleine de sang. Sans perdre mon sang-froid, j'appelle le paysan qui charge son char de foin. Il vient vers moi et me dis " Vous n'êtes pas fou d'essayer des armes en plein jour ". Je lui réponds : " Regardez, les Allemands viennent de nous fusiller ". Il appelle son fils, me met sur son char de foin et m'emmène dans sa grange. Il court ensuite chercher le médecin de Cournon qui vient aussitôt me soigner. Je donne les noms de tous mes camarades fusillés pour qu'on prévienne leurs familles. Le soir même on me transporte à Mezel car les Allemands ont appris qu'il manque un corps et ils me recherchent ".

HIEGEL Maurice Fernand
Né le 28.05.1922 à Paris

Sergent

"Mort pour la France " le 16.08.1944 au Pont de Fraisse,
commune de Saint-Julien-Puy-Lavèze
au cours d'un engagement avec les allemands.

 

Le 13 juillet, MARTIN Henri qui était parti avec nous dans le Cantal et avait été capturé le 9 par les Allemands, au Bourget durant la bataille de la vallée de Brezons, dans les environs de Saint-Flour, était fusillé avec 23 autres patriotes dans une carrière en bordure de la route d'Orcines, après avoir été incarcéré à la prison du 92e R.I.

 

MOSNIER Pierre
Né le 29.05.1913

" Mort pour la France " le 1.09.1944
au cours d'une mission à Aigueperse (P.D.D.)

Médaille militaire - Croix de guerre avec étoile de vermeil.
.

Nous apprenons encore avec tristesse que MALVEAU André, dont nous étions sans nouvelles, a été tué au cours d'un engagement avec les miliciens et les Allemands, le 4 juin 1944 à Manérol, commune de Dontreix dans la Creuse. Dix jeunes gens ont été encerclés et fusillés dans une grange aussitôt incendiée.

Le 17 août nous apprenons que la libération de Clermont est prévue pour la fin du mois. Tout doit se dérouler dans l'ordre et chacun de nous reçoit des instructions à ce sujet. Effectivement, le 27 août, les Allemands quittent la ville remplacés immédiatement par les F.F.I.
Conformément aux instructions, le groupe de la Banque assure la protection de l'Imprimerie. Tout ceci se déroule sans un coup de feu. Mais nous apprenons, hélas, encore la mort d'un des nôtres, HIEGEL Maurice, tué en combat par les Allemands à Pont-de-Fraisse, le 17 août.
Nous pensions la liste close, eh bien non ! le 1er septembre notre camarade MONIER Pierre tombait stupidement au volant de sa voiture sous une balle F.F.I. partie un peu lestement lors du passage d'un barrage par notre malheureux ami pressé d'accomplir une importante mission de liaison.
Et ce fut bien pire lorsque nous vîmes arriver les premiers libérés des camps de concentration. La liste devait encore s'allonger avec le petit VERDIER Louis qui, dans un état indescriptible, ne put se remettre et mourut le 31 juillet 1945, avec BELLENGER Roger, COUPAT Robert, décédé à Flossemburg, FERREBŒUF Roger, décédé à Melk, commando de Mauthausen, PARRET Paul incarcéré à Buchenwald pour sabotage, tous avaient payé de leur vie leur opposition à un régime que l'on souhaiterait ne plus jamais revoir.

DE LALLEMANT DE LIOCOURT Arnold Henri Marie
Né le 3.10.1891 à Bruyère (Vosges)

Capitaine

" Mort pour la France " à Buchenwald le 9.05.1944.
Légion d'honneur - Croix de guerre 14.18 et 39.45 avec palme et étoile de bronze - Médaille de la Résistance - Médaille interalliée de la Victoire
.

La gestapo avait aussi arrêté un fervent agent de la résistance dans les locaux de l'Imprimerie, notre collègue DE LIOCOURT, membre d'un réseau, qui fut déporté et décéda le 9 mai 1944 en Allemagne dans le camp de concentration de Buchenwald.
La Papeterie de Vic-le-Comte mena aussi son combat pour la libération de la France et paya son tribut de martyrs.

VERDIER Louis
Né le 24.07.1924 à Clermont Ferrand (P.D.D.)

Déporté à Auschwitz, Buchenwald, Flossenburg.
" Mort pour la France" le 30.07.1945.
Décédé à son retour à Clermont Ferrand, à l'hopital.

 

BELLENGER Roger François Léon
Né le 7.11.1922 à Billom (P.D.D.)

Porté disparu au camp de Mathausen (Allemagne) le 11.05.1945.

 

COUPAT Robert Henri
Né le 25.08.1924 à Clermont Ferrand

Arrêté le 10.03.1943.
Déporté. " Mort pour la France " à Flossen-burg.

 

FERREGOEUF ROGER Jean René
Né le 7.01.1926 à Clermont-Ferrand (P.D.D.)


Décédé le 27.05.1944 à Mathausen (Melk) Allemagne.

 

PARRET Paul Jean Marie
Né le 25.01.1922.

Déporté.
" Mort pour la France " à Buchewald (Allemagne) le 23.03.1945.

 

    
   
 

SOMMEVIALLE Roger Pierre
Né le 27.06.1905 à Saint-Maurice-ès-Allier (P.D.D.)

Soldat de 1ère classe

" Mort pour la France ". Fusillé par les Allemands à la prison du 92e de Clermont Ferrand (P.D.D.).

 

BERRIER Jeanne Emilienne
Née BOUCHERON, le 17.07.1901.

Déportée le 12.12.1943.
" Mort pour la France " à Bergen-Belsen (Allemagne) le 30.05.1945.


VIVAT Antonin Arthur
Né le 3.03.1903.

Sergent-chef.

Déporté " Mort pour la France " à Mathausen (Fortr de Harthem) le 17.08.1944. Médaille Militaire - Croix de guerre avec Palme.
   
    
   
 

Notre combat fut un combat victorieux, mais nous voulons faire connaître au monde les espoirs qui animaient l'ardeur combative de tous. Ces espoirs sont contenus dans le programme du Conseil National de la Résistance, dont voici le texte :

Programme d'Action de la Résistance C.N.R.

Née de la volonté des Français de refuser la défaite, la Résistance n'a pas d'autre raison d'être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.
Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n'est en effet qu'en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l'image de sa grandeur et la preuve de son unité.
Aussi, les représentants des organisations de Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupées au sein du C.N.R., délibérant en Assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s'unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d'action immédiate contre l'oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la libération du territoire, un ordre social plus juste.

I. - PLAN D'ACTION IMMÉDIATE
(Ce texte, appréciant la situation, affirmait la décision du C.N.R. de libérer la patrie et en indiquait les voies et moyens.)

II. - MESURES A APPLIQUER
DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

(texte intégral)
Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques, groupés au sein du C.N.R. proclament qu'ils sont décidés à rester unis à la libération :

1 - afin d'établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle, pour défendre l'indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2. - afin de veiller au châtiment des traîtres et à l'éviction dans le domaine de l'administration et de la vie publique de tous ceux qui auront pactisé avec l'ennemi ou qui se sont associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3. - afin d'exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants du marché noir, l'établissement d'un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d'occupation, ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis, y compris les participations acquises depuis l'armistice par les gouvernements de l'Axe et par leurs ressortissants, dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4. - afin d'assurer

- l'établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel,
- la pleine liberté de pensée, de conscience et d'expression,
- la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'état, des puissances d'argent et des influences étrangères,
- la liberté d'association, de réunion et de manifestation,
- l'inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance,
- le respect de la personne humaine,
- l'égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;
- afin de promouvoir les réformes indispensables

a) sur le plan économique

- instauration d'une véritable démocratie économique et sociale impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie,

- une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général,

- la garantie du pouvoir d'achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie,

- la reconstitution dans ses libertés traditionnelles d'un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l'organisation de la vie économique et sociale,

- un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'état,

- la sécurité de l'emploi, la réglementation des conditions d'embauchage et de licenciement,

- le rétablissement des délégués d'atelier,

- l'élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs améliorant et généralisant l'expérience de l'office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu'aux salariés de l'industrie, par un système d'assurance contre les calamités agricoles, par l'établissement d'un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d'accession à la propriété et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'usage des états fascistes,

- l'intensification de la production nationale selon les ligues d'un plan arrêté par l'état après consultation des représentants de tous les éléments de cette production,

le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurance et des grandes banques,

- le développement et le soutien des coopératives de production, d'achat et de vente, agricoles et artisanales,

- le droit d'accès, dans le cadre de l'entreprise, aux fonctions de direction et d'administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires et la participation des travailleurs à la direction de l'économie;

b) sur le plan social

- le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l'amélioration du régime contractuel du travail,

- un rajustement important des salaires et la garantie d'un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d'un plan d'équipement rural,

- une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours,

- le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste;

c) Une extension des droits politiques sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales;

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction et d'accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable nom de naissance, mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

   
    
   
 

Ainsi sera fondée une république nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l'efficacité que leur avait fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation.

Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple, la Continuité de l'action gouvernementale.

L'union des représentants de la résistance pour l'action dans le présent et dans l'avenir, dans l'intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant.

Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l'ennemi.

En avant donc, dans l'union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N. et de son président, le Général de Gaulle.

En avant pour le combat, en avant pour la victoire, afin que vive la France.

   
    
   
 
Les matins clairs

Les jours étaient tous noirs,
Les nuits toujours éteintes;
En nous naissait l'espoir,
En eux montait la crainte.


Nos mains s'étaient cherchées
Au long des nuits profondes,
Ils étaient la curée,
Nous, nous étions le monde.


Nous sortions de la nuit
Longue de nos souffrances,
Nous étions " les Maquis ",
" Ceux de la Résistance ".

Mais il fallut du temps,
Mais il fallut des haines,
Pour que mordent les dents,
Pour que brisent les chaînes.
Combien, venant de loin,
Il nous fallut de larmes ;
Combien serrer les poings,
Combien mendier les armes.

Mais nous avions conquis
Les chants de l'espérance,
En nous naissait la vie,
En nous montait la France.

Et le grand jour frémit,
Quand, sortant nos drapeaux,
La République vit
Ses Klébert, ses Marceau.

Nous l'avions tant chérie,
Nous l'avions tant chantée,
Sa fille est la Patrie,
Elle est la Liberté.
  Charles GAUMONDIE
Colonel 'Charles' des F.F.I. du Limousin
Croix de la Libération
Médaille de la Résistance