| La 2ème Guerre Mondiale
 

Un épisode de la Résistance
à la Banque de France en 1943-44
conté... 55 ans après.

   
    
 

  F. GENTILE Le 20/6/97
   
 

n Groupe de Résistance de la Banque de France a eu pour instigateur André GIRAULT, qui, sans doute dès le début de 1942, approcha aussi

discrètement que possible, certains collègues chez lesquels il avait perçu le désir de s'impliquer plus activement dans le combat contre l'occupant et Vichy.
   
  J'appris d'ailleurs bien plus tard qu'à la Direction du Contentieux dont il dépendait, il réussit à convaincre dans cette voie plusieurs collègues, notamment PARIS et MAINGOT.

Moi-même, je fus approché par un camarade, ami de longue date (nous dépendions tous deux de la Direction de l'Escompte) qui avait, au préalable, noué un contact avec GIRAULT ; un troisième collègue, également ami (des Comptes Courants), vint nous rejoindre.

Les consignes de GIRAULT étaient diffusées verbalement à l'un ou à l'autre, mais, néanmoins, nous eûmes à nous rencontrer au Palais-Royal ou aux Tuileries. Dès le début de nos entrevues, GIRAULT nous fit part de l'appartenance de son groupe de la Banque de France au FRONT NATIONAL. Bien que réticents à nous engager dans ce mouvement, au sein duquel l'emprise des communistes était connue des initiés, notre désir de nous impliquer activement dans ce combat l'emporta.

Dès lors, nous suivions les instructions de GIRAULT ; ce furent d'abord en 1943 des actions qui se limitèrent toutefois à la diffusion de bulletins clandestins, à la destruction de panneaux de signalisation allemande ou à la crevaison de pneus de leurs véhicules, ceci au mépris du couvre-feu, car noue avions tous trois comme refuge, l'appartement inoccupé de mes parente, situé dans le XVème Arrondissement. 

Entre temps, durant l'hiver 194-3/44, un de nos camarades et moi allions régulièrement à la piscine de la rue de
Pontoise ; nous avions alors remarqué que le responsable des cabines de bains utilisait un simple "carré", pour ouvrir celles-ci, en excluant toute clé individuelle, en l'espèce impossible à envisager.

Nous fîmes fabriquer par un serrurier un "carré", et après des essais fructueux, nous pouvions envisager de passer à l'acte, dans la mesure ou des militaires allemands se présenteraient, ce qui ne fut pas le cas.
   
  A partir du débarquement allié (6 Juin 44), les consignes du Front National, diffusées par GIRAULT, appelèrent à un engagement plus précis pour de futures opérations de combat et qui se résumaient ainsi : "à défaut de posséder des armes, il faut en dérober aux Allemands".

La consigne était claire, et GIRAULT mit au point une opération qui devait se dérouler à la. piscine Deligny (en Seine) que fréquentaient des militaires allemands. Pour la mener à bien, j'ai toujours cru que nous étions seulement trois (GIRAULT, MAINGOT et moi), alors que GIRAULT dans une relation de ces événements indique cinq et MAINGOT quatre ...

Je devais m'introduire dans la cabine, et, de leur côté, les amis devaient surveiller, d'une part, les ébats du militaire allemand dans la piscine, et d'autre part, les allées et venues du préposé aux cabines de bains.

Cinquante trois ans après ces événements, je crois me souvenir qu'une première tentative échoua, car dans la cabine l'allemand n'avait pas laissé d'arme; en avait-il à son arrivée ? ou l'avait-il emporté dans une serviette de
bains ? Bref, nous devions impérativement nous assurer, de visu, que la prochaine "victime" possédait un étui, et son revolver.

L'occasion se présenta enfin, et, après des signaux convenue entre nous, je pénétrais dans la cabine à l'aide d'un
carré. En cas de danger (retour de l'allemand ou approche du préposé), un de nos amis devait me prévenir par un sifflement.

Sur place, je constatais que le revolver n'était pas avec le ceinturon, ni avec les vêtements..., mais je le trouvais enfin... dans une chaussure.

Au moment où j'allais sortir, l'arme et son étui cachés dans ma serviette de bains, j'entendis un sifflement. Que faire ? Je ne me souviens plus si l'attente dura cinq, dix secondes ou une demi-minute. Je décidais néanmoins de sortir, pour m'apercevoir que l'espace était libre. Je remis rapidement à GIRAULT ma serviette de bains qui contenait le précieux colis, et après noue être rhabillés, noue quittâmes rapidement la piscine.

Le lendemain, GIRAULT me remit le revolver qui devait appartenir à un sous-officier car il était à barillet et pourvu de balles.