| La 2ème Guerre Mondiale
 

La Guerre dans le Sud-Est

   
    
   
 

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AVANT PROPOS

 

Dans l’esprit des dirigeants alliés et de leurs chefs militaires l’offensive principale contre la forteresse Europe", c’est évidemment le débarquement de Normandie. Aussi le général américain Eisenhower, commandant suprême des forces alliées en assure personnellement la direction. Au départ, Overlord - c’est son nom de code - l’emporte largement par son impact psychologique et l’importance des moyens engagés sur Dragoon. Ce débarquement en Provence apparaît comme une opération complémentaire ; son commandant en chef est le général Anglais Sir Maitland Wilson. Il n’interviendra guère dans la bataille, accordant une large délégation à son commandant des forces terrestres, le général américain Patch, lui-même commandant la 7ème Armée US et auquel le général de Lattre de Tassigny qui commande la 1ère Armée Française est subordonné. Mais voilà que de Lattre, dans une chevauchée irrésistible, va transformer Dragoon en action déterminante pour la libération d’une grande partie de la France. Les plans alliés donnaient à de Lattre un mois pour s’emparer de Toulon (à J + 20) puis de Marseille. Ces deux villes seront libérées simultanément en moins de deux semaines. Mieux encore le 3 septembre, les Français seront à Lyon et leur avance foudroyante obligera l’ennemi à évacuer précipitamment ses forces stationnées à l’Ouest du Rhône et au Sud de la Loire.

 

En vérité, cette victoire en Provence permise par le débarquement des Alliés et l’action des résistants de l’intérieur est l’oeuvre d’un homme, de Lattre, mais aussi d’une multitude.

 

Sous ses ordres, ses artisans furent les vétérans des campagnes d’Erythrée, de Libye, de Tunisie et d’Italie de la 1ère Division Française Libre, celle qui n’avait jamais cessé de se battre, les Français d’Afrique du Nord de la 3e Division d’Infanterie Algérienne, auréolés comme leurs camarades musulmans de la gloire conquise en Tunisie et en Italie sous les ordres du général Juin, les marsouins de la 9e Division d’infanterie Coloniale, héros de l’extraordinaire épopée de 1’Ile d’Elbe, les commandos du Bataillon de Choc, libérateurs de la Corse et qui à 1’Ile d’Elbe avaient encloué des canons comme sous l’Empire, les Commandos d’Afrique et le Groupe Naval d’Assaut, démons de l’aube, premiers à débarquer, tous des super-volontaires, évadés de France pour la plupart et qui avaient risqué mort et tortures pour avoir le droit de se faire tuer... A leurs côtés, luttèrent les combattants de l’ombre, descendus de leur maquis ou simplement sortis de leur domicile avec un brassard à Croix de Lorraine pour uniforme, un armement souvent dérisoire mais avec la foi qui soulève les montagnes.

 

L’ENNEMI

 

Arrivés sur les côtes du Sud de la France en novembre 1942, les occupants s’étaient hâtés d’en organiser la défense. En rien comparable à la puissance défensive du Mur de l’Atlantique, un dispositif de défense, sans aucune profondeur, mais qui s’étendait de Menton à Perpignan fut néanmoins réalisé. En plus des deux secteurs fortifiés de Toulon et de Marseille il y avait de nombreux emplacements de batteries d’artillerie avec des pièces de gros calibres dont celles de Saint-Mandrier qui portaient à 35 kilomètres..., des nids de mitrailleuses, des blockhaus, des tranchées, des champs de mines. A coup d’explosifs, des maisons du bord de mer furent détruites, des bois de pins parasols rasés pour dégager les champs de tir...

 

A la veille du débarquement du 15 août, la XIXe Armée allemande du général Wiese, dont le poste de commandement est à Avignon compte 250 000 hommes après les incessantes ponctions opérées au profit du front de Normandie. Un corps d’armée est étalé entre Menton et Marseille soit environ 100 kilomètres de secteur par division. Les réserves sont très insuffisantes : une division blindée, la 110 Panzer arrivée en renfort la veille du 15 et deux divisions d’infanterie L’aviation est réduite à 150 appareils. Quant à la Kriegsmarine, elle vient de perdre 4 sous-marins sur les 8 qui restaient à Toulon. Elle a encore 6 torpilleurs, quelques vedettes lance-torpilles et 15 patrouilleurs.

 

Le Haut-Commandement allemand hésite sur la conduite à tenir, il semble qu’un plan de "décrochage" général en France ait été écarté au profit de la "résistance par tous les moyens" sur les côtes du midi de la France. L’imminence d’un débarquement, en raison du retrait des divisions US et françaises du front d’Italie ne lui a d’ailleurs pas échappé. Mais avec peu de moyens de reconnaissances et de renseignements, il lui est difficile d’en préciser le lieu Riviera italienne ? ou française ? Pourtant deux appareils de la Lufwaffe ont signalé deux grands convois au sud d’Ajaccio près du Cap Senetose. Leurs agents de renseignements donnent le 15 août comme date du jour J.

 

Autre facteur défavorable pour les Allemands, depuis plus de trois mois la zone de la XIXe Armée est soumise aux bombardement stratégiques des Alliés. Plus de 12.500 tonnes de bombes sont larguées sur les lignes de communications, les ports, les usines, les terrains d’aviation. Après le raid massif sur Toulon du 29 avril, les bombardements sont intensifiés. Le 6 août, 360 tonnes de bombes sont déversées, pendant 8 heures, sur Toulon, anéantissant 4 sous-marins... C’est un des épisodes de l’attaque générale qui est menée par une aviation forte de 5.000 appareils. Elle a débuté le 4 août, s’étendra le 1l Août à tout le littoral et se terminera le 15 août à 3h30, juste avant le débarquement.

 

LA RESISTANCE DANS LE VAR

 

Le Var est couvert depuis de longs mois par de nombreux réseaux et mouvements. Des groupes de résistance existent dans presque toutes les localités. Quelques maquis (AS et FTP) stationnent dans le nord du département. L’ensemble est soumis à l’autorité du Comité Départemental de la Libération. Créé par Henri Sarie, futur préfet du département, présidé par Frank Arnal, il est l’un des premiers de France. Sous ses ordres, combattent les FFI dirigés par le Capitaine Salvatori.

 

Ce dispositif s’est mobilisé le 6 juin, conformément aux ordres reçus et dans l’attente d’un débarquement que l’on pensait imminent sur nos côtes. Près de 500 FFI de la région toulonnaise sont rassemblés au nord de la ville, dans le maquis de Siou Blanc, préparé de longue date par Salvatori et le CDL (Louis Picoche, chef du Service maquis, Amigas, secrétaire des MUR, le Dr. Lagier). En l’absence de parachutages et de débarquement, menacés par l’attaque que les Allemands préparent, les résistants reçoivent l’ordre de dispersion, mais 1l d’entre eux seront tués ou fusillés et plusieurs responsables arrêtés.

 

Pourchassés, en butte à une répression sévère qui les a partiellement désorganisés, les resistants viennent de vivre les semaines les plus longues, parfois les plus tragiques de la guerre.

 

Dans ce combat, le rôle des réseaux de Renseignement est trop souvent oublié. Dépendant de divers services français et étrangers, ils ont permis de suivre avec précision l’évolution de l’ordre de bataille ennemi et l’avancement des travaux de défense. Parmi les nombreux réseaux, citons :

  • le réseau Alliance (Ingénieurs des Travaux Maritimes Thorel et Michaud, enseigne de vaisseau Grandmanche, embauché par une firme hollandaise de renflouement d’épaves et premier-maître Darnet, ce dernier recevra la Distinguished Service Medal).
  • - la branche "Marine" du réseau F2, servie par des ouvriers de l’arsenal et illustrée par le Capitaine de Vaisseau Trolley de Prévaux qui vient d’être fusillé à Lyon avec son épouse.
  • - le réseau Sosie des frères Ponchardier renseignés par l’ingénieur Veyssiere, Directeur des Chantiers de la Seyne , et par l’ingénieur de l’artillerie navale Braudel.
  • - le réseau fondé par le Capitaine de Frégate Vaillant (qui mourra en déportation) au sein même de la Sûreté Navale à Vichy (sic), repris par le Capitaine de Corvette Blouet et dirigé à Toulon par le Capitaine de Corvette Baudoin.
  • le SR des Mouvements Unis de la Résistance dirigé par Frank Arnal qui travaille en liaison avec l’enseigne Sanguinetti par l’intermédiaire de l’inspecteur Vigier. C’est ce dernier qui centralise, filtre et rend exploitables les informations. Ce sont les ultimes renseignements recueillis que porte à Alger le lieutenant de vaisseau Midoux, parti en avion près d’Apt, le 5 août . Il est membre de la mission antisabotage du port de Toulon (dirigée par le lieutenant de vaisseau de La Ménardière) venue renforcer la résistance locale en juillet. Ces renseignements sont si précis que Midoux a été expédié aussitôt en Corse où à bord du "Catoclin" bâtiment de commandement de l’opération Dragoon (débarquement de Provence), on travaille dans la fièvre pour les communiquer aux unités qui vont débarquer.... le surlendemain.

 

PRELUDE A LA BATAILLE

 

Dans la nuit du 14 ou 15 août 1944, les Commandos d’Afrique du colonel Bouvet submergent les défenses allemandes au Cap Nègre et au Rayol Canadel. De leur côté les Spécial Service Forces américaines investissent les îles de Port-Cros et du Levant. Malheureusement le Groupe Naval d’Assaut qui a abordé là côte près d’Anthéor est décimé dans un champ de mines, tout récemment posé.

 

Pendant ce temps, la division aéroportée américaine du général Frederick est larguée dans la plaine du Muy ; elle s’empare de ses objectifs puis vient en aide aux FFI qui ont libéré Draguignan. Par suite d’une erreur qui va se révéler bénéfique, plusieurs sticks de parachutistes sautent près de Saint-Tropez pour enlever de haute lutte une batterie de DCA et deux batteries de côte avant de participer à la libération de la cité du Bailli de Suffren.

 

Au lever du jour, après un intense bombardement aérien et naval, le VIème Corps U.S. du général Truscott avec le Combat Command français du général Sudre (1ère DB) prend pied sur les plages entre Pampelonne et Anthéor. Le débarquement prévu à Fréjus a été annulé en raison d’une forte résistance et les unités aussitôt réparties entre les autres plages.

 

Au soir du 15, deux têtes de pont sont solidement tenues de part et d’autre de l’embouchure de l’Argens. Elles se rejoindront le lendemain.

 

A partir de là, les trois divisions américaines - la 3ème, la 36ème et la 45ème- et la Task Force de Buttler fonceront vers l’ouest et le nord alors que le Combat Command I de Sudre prend le Luc le 17, file vers Carcès, Saint-Maximin, puis rejoint les hommes de de Lattre qui ont relevé la 3ème division U.S dans la vallée du Gapeau.

 

Et l’Armée de Lattre ?

 

Un premier échelon a débarqué le 16 à la Croix-Valmer, Sylvabelle (1ère DFL), et à la Foux (3ème D.I.A., Q.G. de l’Armée et un second Combat Command de la 1ère D.B.). Aiguillonnés par leur chef, tous foncent aussitôt vers l’Ouest et, dès le 18, entreprennent une "relève en marchant" des unités américaines. Ce même jour, vers 22 heures, le général de Lattre voit arriver à son P.C. de Cogolin "une sorte de bandit corse, maigre et fiévreux"(J. DE LATTRE Histoire de la Première Armée Française. P63) qui se présente enseigne de vaisseau Sanguinetti. Emissaire du capitaine de corvette Baudouin, il est porteur d’une information capitale :

 

"L’ennemi a concentré ses forces entre Toulon et Hyères, face à l’Est, devinant les intentions alliées qui consistent à progresser dans la zone côtière pour bénéficier de l’appui des canons de marine. En revanche la région au Nord de Toulon est dégarnie".

De Lattre se rend aussitôt au P.C. du général Patch et lui arrache un accord qui modifie radicalement le plan du grand Etat Major.

 

L’assaut frontal initialement seul prévu sera doublé d’un vaste mouvement enveloppant par le Nord.

 

Une manoeuvre audacieuse, téméraire, car de Lattre ne dispose pour l’heure que de 16.000 hommes, 30 chars et 80 canons face au 25.000 combattants de l’amiral Ruhfus qui a pris le commandement du camp retranché de Toulon, mais cette audace-là va payer.

 

L’INVESTISSEMENT DE TOULON

 

Dans l’après-midi du 17 Août, l’Armée Française se met en marche vers l’Ouest. Le plan du général De Lattre est extrêmement osé. Un groupement commandé au début par le général De Larminat et comprenant la 1ère Division Française Libre et la 9e Division d’Infanterie Coloniale attaquera de front le dispositif allemand pour créer un véritable abcès de fixation. Pendant ce temps, la 3e Division d’Infanterie Algérienne que commande le général de Goislard De Monsabert, renforcée du Bataillon de Choc, contournera Toulon par le Nord et se rabattra vers la mer au Nord-Ouest.

 

Le camp retranché sera pris dans une tenaille. Pour compenser la faiblesse de ses effectifs, De Lattre dispose d’appuis aériens et surtout des canons des marines alliées. L’amiral Ruhfus, lui, a dans sa manche une grosse carte, la batterie de 340 m/m du Cap Cepet. Deux pièces sur quatre ont été sabotées par les ouvriers de l’Arsenal mais les deux autres peuvent tirer à 34 kilomètres. C’est d’ailleurs à cause d’elles que les plages du débarquement ont été choisies si loin de Toulon.

 

LA 1ERE D.F.L. : ATTAQUE DE FRONT

 

La 1ère Division Française Libre a reçu la mission la plus périlleuse : elle est chargée d’enfoncer le côté le plus solide de la défense allemande. Ses hommes ont l’habitude des tâches impossibles ; ils l’ont prouvé à Karen, Bir Hakeim, Takrouna, ou Garigliano. Ils ont porté sous tous les cieux la Croix de Lorraine.

Légionnaires de la campagne de Norvège, artilleurs, fusiliers-marins, marsouins venus d’Afrique Equatoriale, de Djibouti, de Nouvelle-Calédonie, de Tahiti, du Levant, des Antilles, ils représentent ce qu’on appelait alors " l’Empire des cinq parties du monde". Leur chef, le général Diego Brosset, taillé en athlète, toujours vêtu d’une saharienne et d’un short, s’est décrit lui-même en ces termes : "J’entraîne ma Division comme une compagnie. Je saute sur les chars en marche, j’engueule Pierre et Paul, je dis merde aux obus et on avance. Je ne serai jamais un vrai général mais ma division est une vraie division ".

 

Le 18 Août, le Groupe de Commandos d’Afrique a enlevé la forte batterie de Mauvannes. Dépassant la ligne atteinte par les Américains, Brosset attaque le 20.

 

A droite, le Bataillon de Marche n0 5 du capitaine Bernard (brigade Garbay) enlève le Mont-Redon, charnière de la défense, et repousse toutes les contre-attaques. Le B.M. 1l du capitaine Boucard, appuyé par le Bataillon de Marche Nord-Africain (22e B.M.N.A.) du capitaine Lequesne se heurte aux casemates bétonnées des Pousselons.

 

A la gauche de la Division Brosset, le B.M. 21 du capitaine Oursel et les Fusiliers-Marins du 4e Escadron (lieutenant de vaisseau Langlois), traversent le Gapeau et s’infiltrent dans la ville d’Hyères. Mais la 4e Brigade du colonel Raynal se heurte à l’immense bâtisse du Golf Hôtel, transformée en forteresse. Plusieurs assauts sont repoussés.

 

Enfin, le 21, après un tir de plus de 500 obus déclenché par l’artillerie divisionnaire (colonel Bert), les 160 survivants allemands cèdent devant l’attaque d’une Compagnie du Bataillon du Pacifique (capitaine Magendie).

 

La ville d’Hyères est entièrement libérée par les marsouins du B.M. 21 et du B.M. 24 (capitaine Dulbecco). Le 1er Bataillon de légionnaires du commandant de Sairigne (Brigade Delange) atteint le Mont-des-Oiseaux.

 

Le peloton Chatel du 2e Escadron de Fusiliers-Marins (lieutenant de vaisseau Alain Savary) établit en combattant la liaison avec la 9e D.I.C. le long des rives du Gapeau.

 

LA 9e D.I.C. FONCE VERS TOULON

 

La 9e Division d’Infanterie Coloniale (9e D.I.C.) ne dispose au début que d’un bataillon renforcé du 6e Régiment de Tirailleurs Sénégalais (6e R.T.S. colonel Salan). Elle est appuyée par un détachement blindé de la 1ère D.B. commandé par le Chef d’Escadrons de Beaufort.

 

Mais la réussite rapide des premiers débarquements sur les plages a permis d’avancer de 48 heures l’arrivée du deuxième échelon de la 9e D.I.C. ayant à sa tête lie général Magnan lui-même. Ce dernier est chargé par de Lattre d’agir à la droite de la 1ère D.F.L. par Solliès-Pont, la Farlède et la Valette. Le 20, le sous-groupement Salan livre de durs combats à Solliès-Pont et subit le feu de l’artillerie allemande.

 

Le 21, un bataillon enlève à l’abordage (Infanterie de Marine oblige !) Solliès-Ville et la crête de la Chapelle Notre-Dame qui domine la plaine. Un autre bataillon traverse dans la vallée du Gapeau des barrages de barbelés défendus par des nids de mitrailleuses. La brèche est faite. Les blindés de Beaufort se ruent vers Toulon qui n’est qu’à 14 kilomètres. A la Farlède, le peloton Destremeau voit son premier char détruit. Derrière la petite colonne française, les Allemands abattent des platanes. Cette tactique des abattis, ils l’utiliseront de Toulon à l’Alsace et au Danube.

 

Pour dégager les chars, une opération d’infanterie doit être montée mais huit de nos blindés moyens restent sur le terrain. Cela n’entame pas l’ardeur des attaquants. Le capitaine de Pazzis fonce vers la Valette avec un peloton de chars légers et quelques chars moyens. A 16 heures, il franchit la Pierre Ronde. A 19 heures 15, il est dans la Valette, radio en panne, à bout d’essence et de munitions. Pendant 48 heures, ses chars embossés dans le village, tiendront dans leur conquête encerclés par les Allemands.

 

Pendant ce temps, le Groupe de Commandos réalise un nouvel exploit : il s’empare du fort du Coudon, admirable observatoire à l’Est de Toulon, le capitaine Ducourneau et ses hommes escaladent à la corde les murs du fort puis nettoient les galeries à la grenade. Quand l’ennemi capitule, on ne trouve que six Allemands encore valides. Le lieutenant Girardon, un des héros de l’assaut, a été tué. Depuis lors, le fort du Coudon porte son nom.

 

LES RAIDS DE LA DIVISION MONSABERT

 

Pour le général de Monsabert, pris comme devise : la vitesse prime tout. De Lattre l’a décrit dans son ouvrage : "Petit, râblé, immuablement fidèle à la tenue française des Officiers Généraux, il a l’allure d’un cadet de Gascogne, bouillonnant de dynamisme". Ses subordonnés et ses soldats en ont à revendre du dynamisme. Ils l’ont prouvé en Tunisie et en Italie, du Belvédère à Rome puis à Sienne.

 

Sous les ordres du colonel de Linares, commandant le 3e R.T.A., c’est le Groupement Tactique n0 1 de la 3e D.I.A. qui est engagé dans la manoeuvre d’encerclement. Sous les ordres directs du colonel marchent, outre son régiment (moins un bataillon), un escadron de reconnaissance du 3e R.S.A.R., la 1ère Compagnie du 83e Génie, des artilleurs du 61e R.A. et du 65e R.A.A. et la 1ère Compagnie médicale ainsi que quatre groupes de résistants de Cuers.

 

D’autres éléments, entièrement motorisés ceux-là, débouchent le 19 août de Puget-Ville, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Bonjour, Commandant le 3e R.S.A.R. (Régiment de Spahis Algériens de Reconnaissance).

 

Ils dépassent Mèounes, Signes et se heurtent au Camp à un fort bouchon allemand, composé d’élèves sous-officiers qui se battent avec acharnement. Ce raid de 80 kilomètres isole Toulon de l’arrière-pays au Nord. Il préfigure aussi la marche sur Marseille puisque le Camp est à égale distance des deux grandes villes.

Bonjour reçoit en renfort une partie du 2e R.S.A.R. et le 7e Bataillon R.T.A. (Régiment de Tirailleurs Algériens, colonel Chappuis).

 

Dans la matinée du 20 août, le colonel Bonjour s’empare du carrefour du Camp puis se rabat sur Toulon par la Nationale 8. Les Spahis du 3e R.S.A.R. enlèvent le village du Beausset où le rejoint avec ses T.D. (tank-destroyers) le 7e Chasseurs d’Afrique du lieutenant-colonel Van Hecke, formé avec les jeunes gens des Chantiers de jeunesse d’Algérie.

 

Une partie du 7e R.C.A. et un escadron du 2e Spahis Algériens descendent du Beausset jusqu’à la mer. Ils arrivent sur la plage de Bandol et subissent le feu des batteries allemandes mais la route côtière est bien coupée. Toulon est complètement dans la nasse.

 

Le 21 au matin, le 3e R.S.A.R. et un escadron de T.D. du 7e R.C.A. s’emparent de Sainte-Anne d’Evenos. Trouvant les gorges d’Ollioules minées, ils sont obligés d’emprunter un autre itinéraire, indiqué par l’enseigne de vaisseau Wassilieff, un marin devenu spahi pour les besoins de la cause. Le chef d’escadrons Mauche s’engage dans la montagne, neutralise au passage le fort du Pipaudon, traverse en trombe le Broussan et arrive aux Pomets. Le voici dans les faubourgs de Toulon.

 

Il n’y est pas seul : les tirailleurs de Linarès ont investi la région de Belgentier, Montrieux le Jeune et entrepris de grimper sur le massif désertique du Grand Cap. Souvenez-vous, c’est le cadre du roman de Claude Farrere "La Maison des Hommes vivants". Les guides de la colonne sont des F.F.I. ainsi que l’enseigne de vaisseau Sanguinetti, parachuté en France, (qui est passé par là en sens inverse pour gagner Cogolin) et quelques moines du couvent de Montrieux. L’itinéaire est malaisé à suivre dans les garrigues collinaires ; aussi, le commandant de Rocquigny (1er Bataillon) fait dérouler de temps en temps du papier hygiénique (made in U.S.A.) pour marquer la route. "Un véritable rallye-paper", écrira-t-il dans son compte-rendu.

 

Le 20 Août à 9h 30, deux compagnies du 3e Bataillon (commandant Ruault) dévalent sur le Revest-les-Eaux. La surprise est totale, la Feldgendarmerie allemande fait tranquillement son marché. Le village est enlevé après un accrochage, auquel participent des F.F.I. Au Sud, les Allemands se ressaisissent. Ils tiennent le hameau de Dardennes, la Chapelle des Moulins et surtout, énorme obstacle, la Poudrière de Saint-Pierre.

 

Le 1er Bataillon, lui, est passé entre le Mont Caume et le Baou de Quatro Ouro, ces sommets caractéristiques du Nord-Ouest toulonnais. Il s’empare du carrefour Quatre-Chemins des Routes, isole la Poudrière qui résiste toujours et occupe les lisières de l’Oratoire où les blindés de Bonjour, auxquels se sont joints les "bonnets de laine" du Bataillon de choc (Créé par le colonel Gambiez, resté provisoirement en Afrique du Nord. Cette unité est commandée par intérim par un Officier de l’Armée de l’Air, le capitaine Hériard-Dubreuil.) que Monsabert vient de placer sous les ordres du colonel de Linares, arrivent à point nommé pour détruire un nid de mitrailleuses. Ainsi les détachements de Bonjour et de Linares, le raid motorisé et le rallye pédestre, ont mordu dans le flanc de la défense allemande.

 

Derrière le Faron, la lutte est ardente le hameau de Dardennes conquis le 20 après-midi par la 10e Compagnie du 3e R.T.A. doit être évacué dans la soirée sous la pression ennemie ; il sera repris le lendemain. Tirailleurs et Chocs s’emparent du Château de la Ripelle. Chars, Commandos et Tirailleurs s’infiltrent par petits groupes, dans le tissu urbain.

 

Un scout-car et deux T.D. rejoignent les Chocs au pont des Routes que tient le lieutenant Durrmeyer qui est presque chez lui car sa famille est de Sanary. Cest là qu’est tué l’enseigne Ayral, ancien chargé de mission de Jean Moulin en zone occupée. Parachuté à la tête de l’équipe "Gédéon" pour soutenir la mission SAMPAN, il combattait alors aux côtés des Chocs.

 

Le 21, l’ennemi déclenche la brusque contre-attaque mais d’Hyères à Bandol, l’encerclement est total. Il reste dans la phase suivante à démanteler les positions fortifiées des Allemands.

 

LES FORCES FRANCAISES DE L’INTERIEUR

DANS LA BATAILLE

 

Depuis des semaines, les hommes des Groupes Francs provoquent des escarmouches dans la ville, mais leur chef, Jacques Bruschini est abattu le 13 août. Le CDL et Salvatori, aidé par Baudoin et de la Ménardière, préparent l’intervention de la Résistance au coeur de la cité qu’ils redoutent de voir transformer en camp retranché par l’ennemi.

Stimulés par l’annonce du débarquement enfin réalisé, les FFI effectuent sabotages et coups de main dans la ville où les troupes de l’occupant refluent. Le rugbyman et agent des PTT Joseph Lafontan est tué le 16 août en sabotant leurs installations. Le 20 août, Salvatori lance l’ordre d’insurrection générale. A partir de ce moment , les FFI qu’il dirige avec l’aide d’Auguste Marquis et les FTP font le coup de feu dans les faubourgs (Pont-duLas, Saint-Jean-du-Var) comme au centre. Le poste de commandement est installé au 5, Place de la Liberté, non loin de Priséco qui sert de point d’appui. Les convois allemands sont attaqués. Ses positions sont harcelées. Dans ces combats multiples, se distinguent les FFI de Tramoni, Bianconi, Ferrandi, etc. et les FTP de Castel, appuyés par les Aixois du groupe "Jean Delmas". Les occupants sont réduits à se replier dans les arsenaux de terre et maritime, ainsi que dans les différents forts qui ceinturent la ville.

 

Le 22 août, les commandos du Bataillon de Choc (1° compagnie du capitaine Carbonnier) s’infiltrent jusqu’au Centre-Ville, soulageant les Résistants qui commencent à manquer de munitions.

 

Le 23 août, en fin d’après-midi, les premiers blindés de la 3° DIA sont sur la place de la Liberté. Reste à s’emparer des forts avec la 9° DIC, les FFI participent à ces opérations grâce à leurs connaissances de l’ennemi et du terrain.

 

Toulon est libre, le 27 août FFI et FTP défilent avec la 9° DIC, et les ambulancières de la Croix-Rouge de Toulon sur le boulevard de Strasbourg, devant le général de Lattre, les Commissaires Diethelm et Jacquinot, le Général de Larminat, le Général Cochet, l’Amiral Lemonnier. Les troupes Françaises ont eu 2.700 tués ou blessés (dont 100 officiers) les résistants près de 300.

L’ASSAUT FRONTAL

La 1° DFL et la 9° DIC attaquent à l’Est de Toulon la résistance principale. Pendant que des éléments de la 3° DIA guidés par des FFI, arrivent par le nord de Toulon.

 

Le 22 Août, la 1ère D.F.L. se heurte à la deuxième ligne de résistance allemande. La brigade Raynal avance vers le Pradet et la Garde. La Crau est occupée.

 

L’artillerie ennemi est très active. Les jeeps et les scouts-cars du 4e Escadron de Fusiliers-Marins et les T.D. du 8e R.C.A. (colonel Simon) progressent vers le pont de chemin de fer de La Pauline et le carrefour de la Tourisse. Les pertes sont sévères. Le soir, l’Escadron Langlois (4e), engagé également au Pradet, compte 12 tués, 27 blessés et 18 voitures détruites ou endommagées. Le 2e Escadron (Savary) relève l’Escadron Langlois. Son premier peloton (Colmay) atteint sans pertes les lisières du village. Une première attaque de la brigade Raynal sur la Garde échoue, mais à 21 heures, le Commandant Magendie avec son bataillon du Pacifique s’empare de la ville.

 

Le 23 Août, le massif du Touart, au Nord-Ouest de la Garde, résiste à l’assaut de la brigade Garbay. Le B.M. 4 du commandant Buttin et le B.M. 5 progressent mètre par mètre, appuyés par les chars légers de l’Escadron Barberot. L’Officier des équipages Le Goffic, un vétéran de 1940, est tué en maintenant l’avance de l’Infanterie. La journée a été très dure pour la 1ère D.F.L. qui a perdu 55 hommes dont 6 officiers et eu 195 blessés. Mais le Pradet et le Pont de la Clue ont été dépassés. La porte de Toulon est ouverte pour la Division qui s’infiltre par La Palasse jusqu’à Saint-Jean-du-Var.

 

LA PRISE DE LA VALETTE

La 9e D.I.C rencontre le 22 août une vive résistance appuyée par une artillerie efficace. Le groupement Salan occupe la Farlède. Le hameau des Grands, les points d’appui de Pierrascas et des Moulières sont enlevés sous un feu meurtrier.

 

Dix bouches à feu pilonnent le verrou de Pierre-Ronde où le 2e Bataillon du 6e R.T.S. (commandant Gauvin) combat avec les blindés. L’avance se poursuit, difficile, jusqu’à la ligne la Platrière, la Calabro, Chateau Redon. La 9e D.I.C. est aux lisières de la Valette.

 

Le 3e Bataillon du 6e R.T.S. (commandant Communal) se heurte aux positions enterrées du ravin des Minimes. Il occupe la hauteur de Baudouvin.

 

Le commandant de Beaufort lance ses chars avec mission de rejoindre ceux du capitaine de Pazzis toujours encerclés dans la Valette. Le peloton du lieutenant Rouland est pris sous un feu d’artillerie intense. Le char "Bretagne" qui marche en tête est soufflé par un obus et son équipage est capturé par les Allemands. Le commandant de Beaufort avec deux chars légers rejoint de Pazzis mais derrière lui la porte se referme.

 

Le 23, le colonel Salan relance l’attaque de ses Sénégalais et de tous les chars disponibles. Les équipages luttent à bout portant pour liquider les snipers allemands. La Valette est libérée. Les blindés de Pazzis sont dégagés après avoir vécu 48 heures "comme un ver dans le fruit".

 

Par Beaulieu, une compagnie entre dans les faubourgs Est de Toulon. Sept automitrailleuses du Régiment Colonial de Chasseurs de Chars opèrent enfin leur jonction avec le détachement du capitaine Lefort (3e D.I.A.).

 

Le R.C.C.C. participe ensuite à la prise du Château de Font-Pré.

 

LA PRISE DE LA POUDRIERE

 

Dans cette course vers le Centre de Toulon, le groupement de Linares est bien placé.

Le 22 au matin, le détachement du capitaine Le fort, deux compagnies du Bataillon de Choc plus des canons antichars du 3e R.T.A. et une patrouille mixte de blindés (3e R.S.A.R./7e R.C.A.) arrivent au Pont-du-Las Place d’Espagne (officiellement place du colonel Bonnier), bloquant ainsi la route et la voie ferrée de Marseille.

 

Dans la journée, tandis que Lefort résiste à de fortes contre-attaques allemandes où l’acharnement des combats va, chez les nazis jusqu’à fusiller des prisonniers, la 1ère Compagnie du capitaine Carbonnier s’infiltre par petits groupes vers le centre ville, la gare, la place de la Liberté, le boulevard de Strasbourg, et se livre, avec l’aide des F.F.I. à une série d’actions de guerilla.

 

Pendant ce temps, la 3e Compagnie (capitaine Lamy) a gravi la paroi Nord du Faron et fait capituler le fort de la Croix-Faron. Descendant de la montagne, elle trouve les F.F.I. installés au fort Saint-Antoine. Le colonel de Linares concentre alors ses efforts sur la Poudrière qui barre la Vallée du Las.

 

Dès le 21 après-midi, les canons du 11/67e R.A. (capitaine Genay) ont porté un coup sensible à l’ennemi en faisant sauter une des galeries. Le lendemain, les 1er et 3e Bataillons du 3e R.T.A. encerclent cette véritable forteresse et lui donnent l’assaut avec l’appui des artilleurs de Genay, des T.D. du 7e R.C.A. et des chars légers du 3e R.S.A.R. Les Chocs du capitaine Torri, dévalent le versant Est du ravin de Dardennes. Les premiers assauts des tirailleurs et des Chocs échouent. A la nuit, le T.D. du sous-lieutenant Laflèche tire dans la galerie. Ceci fait exploser les munitions et atteint un char qui prend feu. Les allemands tentent alors une sortie en masse et sont repoussés. On se bat à la grenade, à la mitraillette, au lance-flammes. La Poudrière est conquise.

 

250 cadavres jonchent le sol, 180 allemands sont faits prisonniers. " C’est un spectacle dantesque, qui, d’un seul coup, réveille en moi les plus tragiques souvenirs de Douamont" écrit le général de Lattre.

 

NOTRE DRAPEAU FLOTTE SUR LA PLACE

DE LA LIBERTE

 

Le 23 au matin, une violente contre attaque allemande vers le Pont-du-Las les est stoppée par les Chocs, appuyés par les blindés du 7e R.C.A. et du 3e R.S.A.R. Les nazis massacrent les survivants d’une section qu’ils ont encerclée.

 

Pendant ce temps les F.F.I du capitaine Salvatori, tiennent toujours de points d’appui un peu partout en ville mais commencent à manquer de munitions : il faut les dégager. Le colonel de Linares prend la décision de s’attaquer au centre de la ville.

 

S’y mêle l’idée bien arrêtée de devancer les autres divisions au coeur de la cité, lutte courtoise qui amènera les uns et les autres à se surpasser en se privant volontairement de toute artillerie d’appui pour ne pas infliger à Toulon des destructions supplémentaires ce qui provoquera de la part d’un observateur américain la réflexion suivante :

 

" Si vous ne vous faites pas précéder par un tir de barrage roulant (rolling fire), vous aurez beaucoup de pertes

Et m... ! nous sommes chez nous, lui répond un spahi dont la famille réside au Pont-du-Las "

 

Sous les ordres du capitaine Lefort, Linares a voulu rassembler un détachement où toutes les unités entrées dans Toulon seront représentées. C’est ainsi qu’une section du 3e R.T.A. (sous-lieutenant Djebaili), la valeur d’une compagnie du Bataillon de Choc, plus quatre tanks-destroyers du 7e R.C.A. (lieutenant René), deux chars légers et deux scout-cars du 3e R.S.A.R. avec.., un marin (l’enseigne de vaisseau Wassilieff), progressent vers Saint-Roch par le chemin de la Plaisance, au début de l’après-midi. Un T.D. détruit au passage un blockhaus qui défend la porte Castigneau de l’Arsenal.

 

En arrivant du Pont de Sainte-Anne, ces éléments sont pris sous un violent tir de mortier qui stoppe leur avance. Seul, un scout-car (maréchal des logis Fieschi), un char léger (M.D.L.. Ferrari) et un T.D. parviennent à franchir ce barrage, accompagnés des tirailleurs et de quelques Chocs.

 

Ce sont eux qui atteignent les premiers la place de la Liberté où un drapeau français, apporté par une jolie toulonnaise, est planté (Exactement à l’endroit où une plaque commémorative a été placée) par l’enseigne de vaisseau Wassilieff. Impassible comme la parade et tiré à quatre épingles selon son habitude, le sous-lieutenant Djebaili, héros de la campagne d’Italie, fait présenter les armes. Le Lieutenant René et le M.D.L. Ambrosini (7e R.C.A.) arrivant à la subdivision y font également flotter notre pavillon.

 

Un ultimatum est adressé au commandant de l’Arsenal le sommant de se rendre. Les Allemands sortent en désordre et soudain la fusillade éclate. Qui a tiré ? Peut-être des nazis fanatiques qui voulaient empêcher leurs camarades de capituler.

 

Des automitrailleuses du R.C.C.C. surgissent de la rue J.Jaurès. Le combat reprend. Un T.D. du 7e R.C.A. détruit le blockhaus qui protège la porte principale. Les chocs foncent mais la porte s’est déjà refermée.

 

Au même moment, une jeep de la 1ère D.F.L. venant de l’Est arrive. Le commandant Mirkin est au volant. Liaison est prise. Mirkin oblique vers le Nord et obtient la reddition de l’Arsenal de terre avec l’aide d’un peloton du R.C.C.C. car la 9e D.I.C. vient de percer à son tour.

 

Quant à la route directe Toulon-Marseille, elle est ouverte aux forces françaises qui ont pris le Fort de Pipaudon et dégagé les gorges d’Ollioules. C’est le 2e Bataillon du 3e R.T.A (Commandant Valentin) et le détachement du colonel Van Hecke (commandant le 7e R.C.A.) qui ont obtenu ce résultat.

 

Enfin une compagnie du bataillon de choc (capitaine Lamy) escalade le Mont Faron par sa face Nord, réputée inaccessible et s’empare du fort qui couronne le sommet.

 

LA 9e D.I.C. A L’ASSAUT DES FORTS

 

Toulon est donc libérée ? Pas encore car l’ennemi résiste toujours à l’Arsenal et dans les forts. Ce sera la gloire de la 9e D.I.C. que de les emporter successivement. En effet, au soir du 23, de Lattre décide de confier au général Magnan la réduction des forces qui résistent encore à Toulon et à Saint-Mandrier, Monsabert, avec la 3e D.I.A., se consacrant désormais à la libération de Marseille. La 1ère D.F.L. de Brosset, après avoir liquidé les gros îlots qui subsistent dans son secteur, va prendre un peu de repos avant d’être lancée dans la poursuite de l’Armée allemande, poursuite qui l’amènera à Lyon le 3 septembre. Magnan ordonne au général Morlière de s’occuper de la partie Ouest de Toulon tandis que les colonels Salan et Le Puloch sont chargés de la partie Est.

 

Le 24 août, après la reddition du Fort Sainte-Catherine, les Sénégalais et les F.F.I. du capitaine Orsini et du lieutenant Marquis donnent l’assaut au Fort d’Artigues et aux Arènes où 34 officiers et 1.000 hommes se rendent au colonel Bourgund.

 

Les Minimes, à la Valette, qui résistaient obstinément, se rendent au 6e R.T.S. par l’intermédiaire des quatre rescapés du char "Bretagne" qui prennent ainsi une belle revanche !

 

Le général de Lattre et M. André Diethelm, Commissaire à la Guerre (c’est-à-dire ministre) décident le 24 août de faire leur "entrée" officielle à Toulon. Ils emmènent dans leur jeep le commandant William Bullit, ancien ambassadeur des Etats-Unis, qui sert dans l’Armée Française.

 

A partir du Quartier Saint-Antoine, les grands chefs se trouvent dans la bagarre. Il leur faut traverser la voie ferrée à plat ventre. Mêlés aux Chocs qui avancent en combattant vers l’Arsenal Maritime, de Lattre et ses compagnons arrivent avenue Vauban où le général s’installe à la Subdivision. La municipalité de Toulon a fait apposer une plaque sur l’immeuble, plaque qui rappelle la devise du général de Lattre " Ne pas subir".

 

Au retour, le Commandant de l’Armée Française s’arrête devant la Poudrière où les galeries sont encore fumantes. Puis il se rend au chevet des blessés à l’Hôpital de l’Oratoire où l’équipe chirurgicale des médecins de marine Dupas et Renon opère sans relâche depuis 72 heures car l’Hôpital Sainte-Anne est encore aux mains de l’ennemi.

 

Pendant ce temps, la 1ère D.F.L. a achevé l’occupation de son secteur. Les forts du Cap de Garde, de Carqueiranne, de la Colle Noire et de Gavaresse capitulent.

 

Le Fort de Sainte-Marguerite, bombardé pendant deux jours par l’artillerie et la Flotte, est attaqué par le B.M. 21 (capitaine Fournier). Par l’intermédiaire d’un prisonnier, cet officier entre en contact avec le capitaine de corvette Franz (de la Kriegsmarine) qui accepte de se rendre 21 officiers et 647 sous-officiers et soldats sont faits prisonniers.

 

Le 21e Bataillon de Marche Nord-Africain s’empare enfin du Cap Brun où il fait 60 prisonniers. Mais la bataille de Toulon continue. Le 25 août, la 9e D.I.C. combat au Mourillon et dans l’Arsenal Maritime où chaque bloc doit être conquis.

 

Après une première attaque le Fort de Malbousquet "assommé" pendant 15 minutes par un bombardement d’artillerie, se rend avant l’assaut des Sénégalais du 4ème RTS. Les 1.400 allemands de Malbousquet défilent devant le colonel Bourgund. De même Salan a vu sortir du Fort d’Artigues 19 officiers et 485 hommes.

 

Le colonel Van Hecke reçoit la capitulation du Fort de Six-Fours et de la batterie de Bregaillon. Mais les "coloniaux" doivent encore se battre pour occuper la pointe de l’Eguillette, la batterie de Balaguier et celle du Peyras. C’est la zone où Bonaparte avait battu les Anglais en 1793, libérant ainsi la rade de Toulon. Cent quarante sept ans après, l’histoire se répète.

 

LA VICTOIRE

 

Il reste une seule position où les Allemands résistent désespérément : la presqu’ile de Saint-Mandrier ; l’amiral Ruhfus et son Etat-Major s’y sont réfugiés.

 

Depuis le 18 août, la Flotte et l’Aviation alliées bombardent toute la zone. Les pins brûlent et le terrain n’est plus qu’un immense chaos.

Au soir du 27 août, l’amiral allemand accepte de recevoir un envoyé du colonel Le Puloch (Régiment d’infanterie Coloniale du Maroc). Il se résout à capituler.

 

Le même jour, pendant que le combat fait encore rage, les troupes françaises victorieuses, soldats de de Lattre et F.F.I. du Var, défilent sur le boulevard de Strasbourg devant MM. Jacquinot, Commissaire à la Marine et Diethelm, Commissaire à la guerre, sous les acclamations de la foule.

 

Le lendemain 28 août à 9 heures du matin, l’amiral Ruhfus avec 40 officiers et 1 800 marins prend le chemin de la captivité.

 

L’AVIATION DANS L’OPERATION DRAGOON

 

L’appui aérien du débarquement de Provence est assuré par la Méditerranean Allied Air Forces à direction américaine ; des unités françaises y sont incorporées. C’est d’abord le Groupe de Reconnaissance 2/33, armé de Lightning, qui prend une quantité de photos ; c’est au cours d’une de ces missions que disparaît Saint-Exupéry.

 

A près les bombardements américains intenses (1 000 appareils) qui précèdent les débarquement, ce sont essentiellement des escadrilles françaises qui interviennent dans l’avance de l’Armée de Lattre, notamment quatre groupes de bombardiers légers Marauder, les groupes Maroc, Franche-Comté, Gascogrie et Bretagne (ce dernier composé de vétérans de la France Libre y gagnera sa sixième citation). Ils s’en prennent aux batteries de Giens, Cuers, Porquerolles et Saint-Mandrier. Cette dernière, défendue par une Flak (DCA) puissante est également l’objet de bombardement en semi-piqué exécutés par des Thunderbolts, chasseurs bombardiers armés par des équipages mixtes Armée de l’Air-Aéronavale.

 

Enfin des chasseurs Spitfire harcèlent constamment les communications ennemies et nous assurent la maîtrise de l’Air.

 

LA MARINE DANS LA BATAILLE

 

Pour neutraliser les défenses côtières de Toulon, l’appui des Forces Navales est nécessaire. Il s’agit de museler les batteries de Porquerolles, de Giens et de Saint Mandrier (Cepet). Cette dernière, capable de tirer à 40 km avec ses canons de 340 m/m, a obligé les Alliés à débarquer au-delà de cette portée, à l’Est de Cavalaire ; les américains l’ont surnommé "Big One".

Le 20 au matin, les croiseurs "Montcalm" (contre-Amiral Jaujard) et "Georges Leygues", le cuirassé "Lorraine" et trois torpilleurs américains se présentent devant Cepet. La "Lorraine" tire avec ses pièces de 340 m/m. A la troisième et à la quatrième salve, l’avion observateur signale "But" et "En plein sur le but".

Le "Montcalm" tire sur la batterie de Fabregas et le "Georges Leygues" sur celle de Saint-Elme. Le "Montcalm" , encadré, se dérobe. Un projectile de 138 m/m tiré de Saint-Elme atteint un parc à munitions de 40 du "Georges Leygues" et blesse dix hommes.

 

De 10 à 1l heures, la "Lorraine" tire sur la batterie de 164 de Cepet. Son avion d’observation est abattu par la D.C.A. Le "Malin" a tiré sur les batteries de Giens et de Porquerolles. Plusieurs fois encadré, il se dérobe derrière un nuage de fumée.

 

A 14 heures, une énorme gerbe de 340 à 28.000 mètres de Cepet annonce qu’une des pièces de "Big One" se réveille. Le croiseur "Emile Bertin" et le "Fantasque" tirent sur la batterie de l’Estérel. A 19 heures, le "Bertin" fait exploser le parc à munitions d’une batterie du Mont des Oiseaux.

 

Le 21 août, le "Montcalm’ entre en rade d’Hyères derrière les dragueurs et exécute les tirs demandés par les observateurs à terre qui marchent avec la 1ère D.F.L. Le "Bertin" et le "Duguay Trouin" tirent sur des objectifs dans la région d’Hyères. La "Lorraine" tire sur Cepet, Saint-lime et Carqueiranne ; Saint Elme reçoit quatre coups directs. La "Lorraine" voit s’élever des gerbes à 300 mètres du bord. Le "Malin" couvre de rideaux de fumée le croiseur américain "Philadelphia" puis réduit au silence une batterie de Giens.

 

Le 22 août, "Montcalm" et "Georges Leygues" appuient les assauts menés devant la Garde. Mais Cepet et la batterie de San Salvadour tirent sur les croiseurs. La "Lorraine" tire sur le château de Porquerolles et sur Cepet.

 

Le 23 août, "Montcalm", "Gloire", et "Georges Leygues" tirent depuis la rade d’Hyères sur les batteries littorales du Cap Brun, de la Mitre, de Sainte Marguerite et de Cepet. La "Lorraine" met trois coups au but sur le fort de Sainte Marguerite.

 

Le 24 août, le "Georges Leygues" atteint le fort Saint-Louis au Mourillon. L’effort se concentre sur Saint-Mandrier. Le "Montcalm, la "Gloire" , le "Fantasque" se joignent à la Lorraine.. Mais "Big One" continue à inspirer le respect et à faire le vide autour des imposantes gerbes de son unique canon en état de tirer.

 

Le 26 et 27, tout le monde s’acharne sur Cepet. Le "Ramillie" anglais, avec ses 380 et le "Duguay Trouin" avec ses 155 tirent pour la dernière fois sur "Big One". Dans la nuit du 27, les 1.800 allemands de Saint-Mandrier et leur amiral Ruhfus capitulent.

 

La flotte française a dépensé plus de 7.500 obus pendant cette bataille, neutralisant des batteries de tout calibre ou appuyant directement les troupes.

 

Le 13 septembre enfin, cette escadre victorieuse, suivie de bâtiments britanniques et américains, fait une entrée triomphale dans la rade de Toulon libérée.

 

Deux jours après le 15 Septembre, le Général de Gaulle, Chef du Gouvernement vient passer l’escadre en revue et parcourir une ville enthousiaste malgré ses profondes meurtrissures.

 

 

Huit jours de luttes ininterrompues. De notre côté, 2.700 Français dont 100 officiers tués ou blessés, chez les Allemands des milliers de cadavres et plus de 1.700 captifs. Un matériel énorme et un butin de centaines de canons. Finalement, le plus grand port de guerre de l’Europe Occidentale conquis et ouvert aux Forces Alliées pour servir de base à de nouvelles victoires.

 

Ce témoignage suffit à magnifier le courage de nos soldats. Mais leur fierté légitime ne saurait leur faire méconnaître l’appui trouvé auprès de la population varoise. Et je ne pense pas seulement à son accueil exaltant, à sa complicité sympathique, je pense expressément à l’aide proprement militaire fournie par la fraction combattante de cette population enthousiaste

 

 

Général de Lattre de Tassigny

Commandant l’Armée B

Histoire de l’Armée Française

 
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TEMOIGNAGES

 

"Trafic d’armes par le colonel Salvatori"

Nous sommes en Février, ou bien en Mars 1942...

 

Chef désigné des FFI du Var, je suis officiellement capitaine commandant une compagnie des travailleurs Malgaches. Pauvres bougres, égarés dans la tourmente aux antipodes de leur île.

Tout à coup le téléphone sonne dans mon bureau, je décroche.

- "Ici Martin, venez me voir chez le curé".

Je n’ai même pas le temps de répondre: mon correspondant a déjà raccroché.

Martin, c’est Frank Arnal, Président du Comité (clandestin) de Libération du Var. Le curé, c’est l’abbé Deschamps, officier et marsouin comme moi, qui a été touché par la grâce. Et sa paroisse, c’est la Crau (sauf erreur car c’est bien loin tout ça !). Carrure athlétique et visage de tribun romain, Arnal m’accueille dans une villa située à l’entrée du village. Il n’est pas seul : tout le gratin de la Résistance l’entoure : Amigas, le docteur Lagier, Louis Picoche et quelques autres.

- "Savary, (c’est mon pseudonyme), j’ai une mission urgente pour vous. Nous avons ici des armes qu’un bataillon de chasseurs alpins a pu camoufler lorsque les boches ont envahi la zone libre. Je les destine au maquis que vous avez monté au Siou-Blanc. Il s’agit de les y transporter. On vous a préparé des caches".

Je demande -"Il y en a beaucoup"?

- "Trois cents mousquetons et les munitions correspondantes, puis quelques bricoles".

 

Picoche nous a fourni une camionnette, évidemment ! Picoche, c’est notre Ministre des transports. Je ne sais pas comment il se débrouille pour ne jamais manquer d’essence lorsque l’affaire est trop importante pour utiliser des gazogènes qui tombent toujours en panne. C’est égal, coltiner un barda durant 80 kilomètres alors que les chleuhs sont partout, ce n’est pas du gâteau !

 

Les armes sont chargées et recouvertes de cageots de légumes. Je monte à côté du conducteur et lève le bras en direction de Frank Arnal, le visage grave. A côté de lui Amigas me sourit. Tout va bien jusqu’à Solliès-Pont. La camionnette cahote, le moteur crachote, mais tient le coup. A la sortie de Solliès, première alerte. Une sentinelle allemande nous fait signe de stopper. Je saute rapidement à terre. L’homme est un bon gros territorial. Me voyant en uniforme, il rectifie la position.

- "Papiers, bitte".

Des papiers , je n’en manque pas, mais pour plus de sûreté, j’explique..

- "Essence, fur arbeiter".

- "Ja-ja".

Heureusement, il s’en fiche. Nous repartons. Soudain, j’ai très chaud. Le conducteur, lui sue à grosses gouttes. Nous remontons la vallée du Gapeau, traversons Belgentier et nous voilà près de Signes, soudain un jeune homme surgit du fossé devant nous en agitant les bras.

Je descends. Le jeune m’interpelle :

-"Mon Capitaine, la Gestapo est dans le village".

C’est peut être un piège, je réussis à lui présenter un air parfaitement candide.

— ‘‘Que voulez—vous que cela me fasse’’!

Il insiste.

-"Je travaille chez Monsieur Picoche, il m’a même donné le numéro de votre bagnole".

Je réfléchis rapidement. De toute façon, je n’ai pas le choix. Pas question d’affronter un contrôle de la Gestapo. Par un sentier où la camionnette manque deux fois de verser, nous contournons la zone dangereuse et arrivons sans encombre à l’endroit où Amigas a fait aménager des caches non loin du camp. Mission accomplie avec beaucoup de chance. Ouf !

Il y a eu d’autres transports, des parachutages. Peu avant le débarquement, les Allemands ont découvert une partie des armes, d’autres ont servi au moment de la libération.

Plus tard, l’emplacement des cachettes a été complètement bouleversé pour faire place au circuit Paul Ricard.

 

Attention au Golf-Hôtel !

Le 21 août au matin, la 1ère Division Française Libre franchit le Gapeau et progresse vers Hyères.

Mais le Golf-Hôtel, immense bâtisse fortifiée, interdit tout mouvement.

 

A midi, le B.I.M.P. (Bataillon d’Infanterie de Marine du Pacifique) a occupé les Maurettes qui dominent Hyères au Nord.

 

A 16 heures, son commandant, le capitaine Magendie reçoit un ordre de la Brigade "le B.I.M.P. enlèvera l’Hôtel du Golf. Opération terminée à 17 heures 30".

 

Heureusement un Italien de dix-sept ans, Pierre Allari qui s’est engagé au Bataillon, fournit des renseignements détaillés sur ce mastodonte de béton dont les abords vers l’Est (le terrain de golf) sont nus comme la main sur 800 mètres. De plus, les Allemands ont fait creuser un tunnel qui, partant des caves, débouche au fond du jardin.

 

Les fusiliers-marins tentent, avec leur audace habituelle, de passer avec leurs jeeps et leurs scout-cars ; beaucoup se font moucher. Toute l’artillerie disponible est concentrée sur l’objectif : 500 coups transforment le bâtiment en un tas de décombres entouré de fumées mais qui résiste toujours.

 

Il faut donner l’assaut : Magendie a rassemblé cent volontaires dont il prend personnellement le commandement avec un plan précis. Les hommes s’élancent, franchissent les barbelés, se hissent par les fenêtres ou entrent par les brèches.

 

Le lieutenant Sauvat, chef de la 1ère Section des Tahitiens ("Les Guitaristes"), investit la salle à manger et nettoie le rez-de-chaussée. Le sous-lieutenant Lohaec se charge du 1er étage, le sous-lieutenant Duchene du 2ème.

 

Le groupe du lieutenant Malettes bloque les accès aux caves. Un groupe surveille les étages supérieurs ; le capitaine Magendie réussit à trouver le souterrain. Les guetteurs sont abattus et voici les premiers prisonniers. Des râles s’élèvent des tranchées effondrées.

 

Le capitaine Perrand, braquant son pistolet dans les reins d’un allemand, se fait conduire à une entrée du souterrain dans le hall.

 

Le sergent Mahelx se dirige de la même manière vers la seconde entrée, dans le jardin. Bientôt, un mouchoir blanc est agité au bout d’une perche ; peu après cinquante feldgrau apparaissent, mains en l’air, puis d’autres : 137 en tout que le lieutenant Delsol rassemble sur le terrain de golf où arrive bientôt le général Brosset.

 

Celui-ci, très sport, félicite d’abord les Allemands pour leur belle défense, puis se tournant vers les Français quelque peu interloqués ajoute simplement : C’est bien, le B.I.M.P.!

 

Déjà les blindés de la D.F.L. roulent vers Toulon.

Propos du général MAGENDIE recueillis par R.G.

 

Le 6e Régiment de Tirailleurs sénégalais libère les Trois Solliès

Le 20 août, le 2e Bataillon livre un premier combat pour Solliès-Pont. Avec l’appui de son groupe d’artillerie, le bataillon progresse dans le dédale des jardins et des vergers. Il a déjà de nombreux tués et blessés. A la tombée de jour, la plus grande partie du village est libérée.

 

Dans la nuit, le 3e Bataillon guidé par des FFI prend intact le pont de Solliès-Toucas. Solliès-Ville, le beau village perché, vide de ses habitants et le Coudon, magnifique, sous le ciel bleu, ont des allures menaçantes... Ils barrent la route de Toulon.

 

Le 21 au matin, le colonel Salan décide d’attaquer avec ses deux bataillons disponibles. Le Bataillon Communal attaquera Solliès-Ville et la Chapelle Notre-Dame, après une sérieuse préparation d’artillerie, pendant que le Bataillon Gauvin achèvera le nettoyage de Solliès-Pont et poursuivra en direction de la Farlède.

 

L’ennemi est aguerri, bon tacticien, il est retranché sur les hauteurs et camouflé. Ses tirs d’armes automatiques sont préparés, il dispose de l’appui immédiat de l’artillerie du secteur fortifié de Toulon. La 10e compagnie avance en formation de combat... les mitrailleuses allemandes ouvrent le feu. Au milieu des explosions de grenades et de mortier, les premiers tués s’écroulent, des blessés appellent à l’aide... un caporal sénégalais se replie la main en bouillie. Sous un soleil de plomb, l’engagement dure des heures, à droite et à gauche les compagnies manoeuvrent.

 

La 10e donne l’assaut entraînée par son capitaine. Le sergent Bartoli raconte :

 

"C’est l’assaut, les ordres en français, en bambara se croisent En avant ! , Yanfé ! Yanfé ! Dans la poussière, les explosions de grenades, les rafales de pistolets-mitrailleurs, les tirailleurs bondissent sur les restanques, submergent les Allemands, Diara! Diara!

Les lions! Les lions cris de guerre victorieux ! Les blessés et les morts sont rassemblés, deux sergents indigènes manquent, Ousmane Takerou, un ancien pisteur sonrhaï du sud de Cao, terrible manieur de coupe-coupe a été tué."

 

Les contre-attaques d’un ennemi ardent se succèdent. Une section regroupée dans le cimetière est violemment attaquée. Les tirailleurs Pakou, Kimba, Ouedraogo et Messayou Koivo se dévouent. Embusqués autour du cimetière, ils couvrent leur section. Plus loin le sergent Moussa est tué, le sergent-chef Gandon est blessé debout, alors que le fusil-mitrailleur à la main il entraîne ses tirailleurs à l’assaut. L’escalade meurtrière se termine enfin dans le village, les dernières résistances cessent. Les hommes soufflent, récupèrent, vident le fond des bidons quand le tir d’arrêt de 88 allemands venant des batteries de Toulon s’abat sur le village, précis, foudroyant. Une minute qui dure un siècle. C’est un carnage, officiers, sous-officiers, hommes blancs, hommes noirs mélangent leur sang sur la terre de Provence.

 

Cette vision est, aujourd’hui encore, le symbole de ce qui faisait la force de notre Division : l’union dans l’effort, l’union dans la victoire et s’il le fallait l’union dans la mort...

Le nom de Ousmane Takourou, le pisteur sonrhaï du sud de Gao et ceux de ses camarades marsouins et tirailleurs sont gravés dans le marbre du petit monument, près du cimetière de Solliès-Ville et dans la mémoire de ses habitants.

Au loin, le Coudon resplendit toujours mais il n’est plus menaçant grâce au capitaine Ducourneau et à ses Commandos d’Afrique qui l’occupent de vive force.

 

G.P 9ème DIC D’après Roger BARTOLI :"Le grand Beans" et Journal de Marche du 3/6° RTS.

 

Les Commandos d’Afrique à l’assaut du Coudon

 

Le Groupe de Commandos d’Afrique avait reçu l’ordre de s’emparer du Coudon. Le 20 août, le groupe s’arrête dans le massif montagneux, entre Valaury et Le Revest.

 

Le 21 au matin, on apprend que l’élément d’assaut s’est égaré dans l’obscurité. A midi, par une chaleur étouffante, le colonel Bouvet donne ses dernières instructions : l’attaque sera menée par le capitaine Ducourneau à la tête des 1er et 3e Commandos. Après quelques escarmouches contre des patrouilles, les unités de tête sont à proximité immédiate de l’ouvrage mais la garnison bloque leur avance. C’est alors que Ducourneau décide d’escalader la muraille nord avec les sections Chauchon et Maury. Il se déchausse et escalade le premier la muraille, pieds nus, profitant des pavés de l’arête du fort, et lance en bas une corde qui permet à un groupe de le rejoindre dans le fort, tandis que d’autres s’infiltrent par un pan de mur effondré, découvert par du Bellocq, à l’aplomb d’une falaise inaccessible.

Le lieutenant Girardon et le 3e Commandos pénètrent par la face sud à l’aide d’une échelle trouvée sur place. L’ennemi ne s’aperçoit de l’invasion que lorsque les premiers coups de feu éclatent.

Les Français se lancent à l’assaut. On se bat au corps à corps dans la première enceinte puis dans les galeries souterraines qui sont nettoyées à la grenade.

 

A 15 heures 30, le Commandant du fort lance par fusée le signal : "tirez sur nous". Les projectiles fusants sont meurtriers pour les deux camps. Le lieutenant Girardon est tué, le capitaine Ducourneau et le sous-lieutenant Maury blessés. Sur les 120 hommes de la Kriegsmarine qui occupaient le fort, six seulement sont trouvés indemnes.

 

A 17 heures, le fort du Coudon est redevenu Français. Témoignage du colonel MAURY

 

L’Entracte de Diane Gasquet

 

21 août, au bout de l’avenue des Routes, un Choc vient d’être blessé. Sa manche gauche est rouge de sang.

-"Oh, ce n’est rien, dit-il, un éclat dans le gras du bras.

" Pas d’histoires, grimpe dans l’ambulance".

En effet, une "sanitaire" de la Croix-Rouge est arrivée. La conductrice est une toute jeune fille, Diane de Gasquet. Elle est accompagnée d’un jeune boy-scout : s’il a quatorze ans, c’est le bout du monde. Une autre ambulancière, Nicole de Marbot, très jeune elle aussi, a déjà disposé ses brancards.

En progressant vers le Pont de Bois, l’aspirant Seskevitch vient d’être tué net : le lieutenant Durrmeyer enrage :

-"Il faut absolument récupérer son corps."

Diane l’a entendu. Sans mot dire, elle se place en plein milieu du chemin qui longe la rivière et s’avance lentement, levant bien haut un drapeau de la Croix Rouge. La mitrailleuse allemande lâche une courte rafale dix mètres devant elle : les balles ricochent...

Il arrive alors quelque chose d’extraordinaire : là-bas Diane s’est arrêtée. Lentement, elle tombe à genoux, son drapeau toujours levé, et reste là. Bon sang Qu’est-ce qu’elle attend ? Un miracle ? Eh bien les miracles, il faut croire que ça n’arrive pas qu’à Lourdes car le tir cesse.

La jeune fille se relève, agite encore son emblème et continue à avancer.

Un étonnant silence règne ; chacun retient son souffle...

 

Diane se retourne et fait un signe. Nicole, sa compagne, a déjà compris : l’ambulance démarre et se présente sur le chemin. Aidées par le boy-scout, les deux silhouettes bleues placent le corps de l’aspirant sur une civière et le hissent sur le véhicule qui repart lentement en marche arrière. A peine la voiture est-elle à l’abri des maisons que les Allemands ouvrent un feu d’enfer.

L’entracte est terminé.

A.W. (3e R.S.A.R.)

Des mortiers efficaces

J’étais en août 1944 adjoint au capitaine commandant la C.A. (Compagnie d’Accompagnement) du Bataillon de marche n0 21. Toulonnais de naissance, descendant d’une très vieille famille varoise, quelle n’était pas ma joie à la perspective de libérer ma ville natale !

 

Le 22 août nous atteignîmes le Pradet. Connaissant parfaitement le terrain, je marchais en tête avec mon ordonnance, le tirailleur sénégalais Timbila Ouedraogo. Nous nous déplacions sur la crête bordant la mer dans une partie très boisée de pins. Le sol était propre et les vues étaient bonnes dans toutes les directions ; entre les troncs, j’apercevais nettement les murs du fort de Sainte-Marguerite.

 

Le drame se déroula dans un laps de temps très court, de l’ordre de deux secondes peut-être : j’entendis d’abord une balle siffler à mon oreille, puis le bruit sourd d’un corps qui tombe. Je me retournais alors et vis Timbila debout près d’un allemand allongé sur le sol.

 

Mon ordonnance m’expliqua alors ce qui s’était passé : il avait aperçu le Feldgrau dans un arbre au moment où celui-ci me visait; son réflexe avait été instantané. Fort heureusement l’allemand, plus apeuré que lui, me manqua. Cependant il n’était pas mort et je dus faire appel à toute mon autorité pour empêcher Timbila de l’achever.

 

L’avance reprit. J’entendais des obus passer en sifflant au-dessus de nos têtes et leur point de départ ne devait pas se trouver loin de nous, sans doute dans un repli de terrain ou sur une plage. Je décidais de me porter vers l’anse du Pin de Galle.

 

Ayant ordonné au lieutenant Villanova de mettre les mortiers en batterie, je dus m’allonger à plat ventre sur la crête tant la trajectoire des obus était proche; ce que je vis dans mes jumelles me sidéra. Comme à l’exercice, les hommes d’une batterie d’obusiers allemande s’activaient autour de quatre pièces et n’avaient apparemment comme seul souci que celui d’expédier dans le minimum de temps le maximum possible de projectiles.

 

A l’évidence, ces gens n’étaient pas renseignés sur notre avance. Les obusiers étaient bien alignés et, au pied de la falaise dominant la plage, un dépôt de munitions copieusement garni s’offrait à mon regard. Quel bel objectif pour mes mortiers ! Il faut bien l’avouer, rarement des occasions comme celle-ci se présentent.

 

Je pris tout mon temps pour calculer les éléments de tir afin que la première salve puisse être déterminante. Villanova jubilait à la radio. Je lui communiquai les éléments de tir et lui donnai l’ordre de tirer une première salve avec quatre pièces. Et ce fut la seule qui fut tirée car tous les obus tombèrent sur le dépôt ; il explosa aussitôt et le résultat fut horrible.

 

Tous les canons furent déplacés. J’en vis même un dans l’eau. Parmi les servants, ceux qui n’avaient pas été touchés s’enfuyaient, les yeux exorbités, dans toutes les directions, n’ayant rien compris à ce qui leur arrivait.

 

Sur la plage le spectacle était insoutenable des morts et des blessés jonchaient le sol ou flottaient dans l’eau, tandis que les obus du dépôt continuaient à exploser.., une véritable vision d’enfer. Je ressentis sur le moment quelque écoeurement mais ce sentiment ne fut que passager. La loi de la guerre est ainsi faite que donner la mort est une nécessité pour vaincre.

 

Quatre jours plus tard, j’étais de retour dans ma propre maison après avoir fait deux prisonniers dans mon jardin.

 

Témoignage du lieutenant colonel CHABRIEL alors lieutenant au B.M. 21 (1re D.F.L.).

 

  1. Un crime : Le massacre de la Section Bonnard

 

Une section du bataillon de choc aux ordres de l’aspirant Bonnard s’est retranchée aux abords de la place Martin Bidouré quand un fort détachement d’infanterie soutenu par deux canons de 20 mm donne l’assaut au matin du 23 août. Les hommes de Bonnard se battent comme des lions mais sont rapidement encerclés. L’ennemi attaque à la fois dans la rue et sur les toits. Ayant épuisé leurs munitions et certains d’être délivrés dans les jours qui viennent, les survivants déposent les armes. Les nazis les alignent et ouvrent le feu sur les Français désarmés.

 

C’est alors que nos blindés, alertés, contre-attaquent dans un nuage de poussière qui gêne la vue et freine la progression.

 

Ayant accompli leur forfait, les nazis s’empressent de décamper. Si l’aspirant Bonnard, grièvement blessé et laissé pour mort sur le terrain a pu échapper au massacre, les corps des Caporaux-Chefs Delacroix, Demasel, des chasseurs Calvesc, Gueta, Planche, Carrierre, Arnoult (le benjamin) seront retrouvés criblés de balles.

Une plaque a été apposée sur cet immeuble, elle montre que les Toulonnais n'oublient pas.

 

Digne de l’Antique...

 

Le 22 août, le Chef d’Escadrons de Beaufort lance vers la Valette le peloton de chars légers du lieutenant Rouland. Le char "Bretagne’ qui marche en tête reçoit une grêle d’obus de gros calibre. Le tank culbute sur la droite tandis qu’une de ses chenilles vole en éclats. Les quatre hommes d’équipage sont contusionnés, abrutis par le choc, brûlés par des projections d’huile bouillante.

Le pilote et son aide sortent les premiers et se font cueillir par les Allemands.

 

Le chef de bord Raymond et le tireur Deperne restent encore dans les fonds. Deperne a les doigts d’une main coincés dans la porte. Il supplie son Chef :"Prenez votre couteau et coupez-moi les doigts". Raymond refuse, alors son camarade se tranche les doigts lui-même avec son propre couteau.

La prise des Forts Sainte-Catherine et d’Artigues

La 9e D.I.C. avait reçu mission de conquérir les forts encore occupés par les Allemands pour parachever la libération de la Ville.

 

D’abord Sainte-Catherine, un ouvrage imposant avec ses hautes murailles et son pont-levis. L’ennemi occupe tous les emplacements de combat.

 

Le 24 août, le Chef de Bataillon Gauvin (6e RTS) entreprend de parlementer, son chauffeur alsacien, le caporal Lederberger, lui servant d’interprète. Son interlocuteur est un officier supérieur de la Luftwaffe. Il commence par demander de ne pas être livré aux mains de ceux qu’il persiste à appeler des "terroristes" (il s’agit bien entendu des F.F.I., impatients d’en découdre aux côtés des coloniaux.)

 

Gauvin suit l’officier de l’intérieur du fort et assiste alors à une scène pour le moins inattendue : l’aviateur -c’est lui qui semble commande - fait voter ses hommes à main levée "pour" ou "contre" la reddition. Ceux qui sont le plus décorés hésitent... enfin tous lèvent la main. Bilan : 65 prisonniers.

 

Le Fort d’Artigues se montrera plus coriace : pendant toute la journée du 24 on se bat. Des F.F.I (commandant Orsini) sont aux côtés des marsouins. L’artillerie (III/R.A.C.M avec ses 105 et 11/ R.A.C.A.0.F, avec ses 155 mm) tire pour ouvrir des brèches et neutraliser les emplacements de combats ennemis. Une section du génie, guidée par des F.F.I tente de détruire le blockhaus qui défend l’entrée. Le lieutenant Beaufils est tué au cours de cette action. L’infanterie progresse pas à pas. Gauvin, blessé passe le commandement au capitaine Daboval.

A 20 heures, l’assaut est interrompu.

 

Le lendemain après un nouveau bombardement (200 coups de 105 et 150 obus de 155 mm), le capitaine Pate (des transmissions) parvient à téléphoner au commandant du fort et le somme de se rendre. Gauvin, envoyé en parlementaire, rencontre le colonel Fleischhut, "toujours correct dans son salut hitlérien" dira-t-il.

 

-" De qui la garnison sera-t-elle prisonnière, demande l’Allemand ? Des Américains, des Français ou des "civils" ? Quel sera son sort" ?

 

- Vous avez été vaincus par l’Armée Française, vous serez prisonniers de l’Armée Française et traités de soldats à soldats".

 

Fleischhut fait entrer Gauvin dans le fort : cinq blessés graves sont évacués vers l’école de la Loubière.

 

L’incendie fait rage à l’intérieur, des munitions éclatent ; des hommes en armes se rangent devant nous, le regard morne, raconte le Commandant Gauvin. Le Lieutenant-Colonel Grundmmann second du fort, me fait asseoir ; il m’offre de la bière et des cigares.

 

La reddition sera effective le 26 à 8 heures. Plus de 500 hommes défilent devant le colonel Salan avant de prendre le chemin du camp de prisonniers. Quelle satisfaction et quelle revanche !

 

D’après un récit du Chef de Bataillon Gauvin Commandant le 2/6 RTS

 

Ont participé, sous la Direction de Marie-Antoinette MORETTE, Directeur Départemental

de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre du Var, et d’Emmanuel SUARD,

élève de l’ENA en stage auprès du Préfet du Var, à l’élaboration de cette plaquette :

Jean-Marie GUILLON

Professeur d’histoire à l’Université d’Aix en Provence,

Représentant Varois de l’Institut d’Histoire du temps présent.

Antoine TRAMONI

Professeur d’histoire au Lycée Bonaparte à Toulon,

Chargé du service éducatif aux Archives Départementales.

et

UN GROUPE D’ANCIENS COMBATTANTS DE LA Ière ARMEE FRANCAISE

 

 

   

Six photographies des chefs du secteur de la Résistance des Basses-Alpes, arrêtés le 16 juillet 1944, lors de la réunion du Comité départemental de la Libération à Oraison, trahis.

Pris par la Milice, emmenés à Marseille, incarcérés à la prison des Baumettes, transférés puis torturés au 425 de la rue Paradis, ils sont convoyés jusqu'au vallon de Signes. Là, avec trente autres otages, ils ont été massacrés. La plupart ont été jetés encore vivants dans la fosse commune.

 

     

 

             

 
 

La photographie du centre- haut est celle de Louis MARTIN-BRET, l'un des chef de la  Résistance française, Président du Comité Départemental. A sa gauche, Marcel ANDRE, puis CUSIN, FAVIER, LATIL, PIQUEMAL, non identifiés.