| La 2ème Guerre Mondiale
 

Exposé des motivations de l'intéressé

   
    
   
   
 

lus de cinquante ans après les épreuves parfois dramatiques qu'allaient traverser les français au cours de la période 1939-45, la Commission du

  Souvenir (de l'Association des Anciens Combattants de la Banque de France) a souhaité connaître mon sentiment à partir de mon expérience personnelle (membre d'un réseau de résistance à la Banque Centrale, puis engagé volontaire à la 2ème D.B.) sur les mobiles qui avaient pu guider certains de nos collègues de 1a Banque Centrale, alors qu'aucun danger ne les menaçait (STO par exemple), en s'impliquant d'abord dans un mouvement de résistance, ensuite en cherchant à. intégrer une unité combattante, lors de la libération de PARIS.
   
  A quelles impulsions pouvaient-ils obéir ces jeunes garçons, de la Banque et d'ailleurs, en se lançant dans une aventure périlleuse qui pouvait mettre leur vie en danger ? Je vais m'efforcer d'y répondre.

A mon sens, deux situations pouvaient se concevoir : 
des jeunes gens, au tempérament ardent, s'enflammant pour une cause patriotique "libérer la France de l'occupant" qu'ils ressentaient avec force et leur désir de participer aux combats en cours ou à venir, n'hésitant pas à rompre les liens qui les unissaient à leur entourage familial.
Ce fut le cas de nombreux jeunes de 18-20 ans que je connus à la 2ème DB, et qui, en dépit de bien des difficultés, n'hésitèrent pas à franchir les Pyrénées afin de rejoindre les Forces Françaises Libres d'Afrique du Nord, et ce, après avoir subi 7 à 8 mois d'emprisonnement dans les prisons franquistes.
Ensuite, un deuxième cas de figure pouvait se présenter, celui dont j'apporte ici le témoignage, lorsque, avec deux de mes collègues de la Banque Centrale, dès lors que notre action dans la résistance s'achevait à la libération de Paris, celle-ci nous offrait une opportunité que nous ne voulions pas manquer : poursuivre le combat dans une unité française telle que la 2ème DB.
Pourtant, nous étions tous trois mariés (je venais même d'être père de famille), mais en dépit de ces attaches familiales, nous décidâmes de rejoindre cette Division qui venait de libérer Paris. Il faut souligner que dans l'atmosphère d'enthousiasme et de liesse patriotique qui submergeait la capitale, rien, ne pouvait arrêter l'ardent désir de s'impliquer davantage ; mais nous ne fûmes pas les seuls à nous engager pour combattre, puisqu'un de nos collègues (du Service du Contentieux) qui faisait partie du groupe de résistance rejoignit une compagnie de F.T.P. (intégrée ensuite à la 1ère Armée) d'obédience communiste. Telle n'était pourtant pas son opinion, mais garçon discret et réservé, il avait estimé qu'il lui appartenait de " faire son devoir ".
De plus, parmi le groupe de trois dont je faisais partie, deux d'entre nous avions une motivation suprême ; âgés de 30 ans, nous avions participé à la campagne de 1939-40, et après la débâcle, nous avions ressenti avec amertume l'humiliation de la défaite ; nous trouvions là l'occasion de participer à notre place et en toute modestie, à une revanche sur l'ennemi.
Bien sûr, ces sentiments "patriotiques" paraîtront à beaucoup, aujourd'hui, puérils voire désuets, mais il faut avoir vécu cette époque pour comprendre à quel point la perspective de prendre part humblement à la libération de la France nous tenaillait, et cette obsession l'emportait sur toutes autres considérations, notamment familiales, sans se soucier du danger que nous acceptions d'affronter.

Ayant tenté, dans le texte ci-dessus, d'analyser le comportement de collègues de mon entourage, face aux dangers de la situation de guerre que sous avons connue de 1943 à 1945, je pense avoir répondu à l'attente de la Commission du Souvenir.
   
  Francis GENTILE
Médaille Militaire Croix de Guerre - Croix du Combattant Volontaire
15 avril 1999