| La 2ème Guerre Mondiale

YVES ANTELME

ALIAS DE BOMANIÈRE

Ces quelques éléments biographiques d’Yves Antelme nous ont été fournis par Madame Ruth Schumann-Antelme son épouse. Elle nous a fait connaître le combat de l’un des agents de la Banque de France ayant rallié la France Libre. Grâce à son intervention nous avons pu obtenir du Général J. Simon, Chancelier de l’ordre de la Libération, l’autorisation de publier ici des extraits de l’éloge funèbre qu’il a prononcé pour son mari, éloge publié dans la Revue de la France Libre, 1980, 3 trimestre, N° 232. Ces lignes sont reprises en italique dans notre texte. Le Commandant Bouchi Lamontagne, Secrétaire général de l’Association des Français Libres, a également permis la reproduction des états de service d’Yves Antelme. Qu’ils en soient tous très vivement remerciés.

   
    
   

 
 

Résistant de la première heure, grand patriote, homme de coeur d’un abord très chaleureux, Yves Antelme a servi la France Libre avec passion dans la guerre et dans la paix et jusqu’à sa mort.

Yves Antelme entre à la Banque de France en 1937 comme Rédacteur à Beaumont. Quelques mois plus tard, en novembre 1938, il part sous les drapeaux dans l’armée de terre et sert au 153ème R.I.F, tout en suivant les cours du peloton E.O.R. Il réussit à s’échapper par la mer à Dunkerque et à gagner l’Angleterre dans des conditions difficiles. Il est accueilli à Londres par son oncle, Sir William McArthur. Yves Antelme parlait parfaitement anglais.

 

Affecté à la mission militaire française de liaison auprès de l’Armée britannique de novembre 1939 à août 1940, il s’engage dans le Royal Army Service Corps sous le nom de Philippe Godfrey. Il rallie la France Libre le 8 juin 1941 et est nommé aspirant commissaire. Il prend alors son nom de Résistant, de Bomaniere, patronyme de sa grand-mère.

 

Affecté à l’Etat-major des Forces Navales Françaises Libres à Londres (intendance maritime) de juillet 1941 à juillet 1944, il sert d’abord au cabinet administratif, puis comme chef du secrétariat et du bureau de centralisation financière. Il est promu commissaire de 3ème classe le 15 octobre 1941 et de 2ème classe le 15 octobre 1942.

 

À cette époque, il est désigné pour faire partie de l’équipage du sous-marin " Surcouf" en vue d’une mission spéciale. Un jeune officier de carrière de la Marine Nationale lui demande d’y renoncer et de lui céder sa place. En effet, la mission était difficile et prestigieuse en cas de réussite, ses participants étaient assurés d’un avancement. Yves Antelme hésita longtemps et finit par céder sa place à son camarade. Comme on le sait, le " Surcouf ", fut éperonné le 19 février 1942 par le SS Thomson Lykes, cargo américain de 6742 T, affreté par l'armée américaine à environ 75 milles au Nord-Est de Colon dans le golfe du Mexique.

 
 (Extrait d'une note dactylographiquiée trouvée au Musée de la Marine :
"Le 19 février 1942, le SS Thomson Lykes, cargo de 6742 t, affrété par l'armée américaine rend compte avoir abordé et coulé accidentellement un bâtiment qu'il pense être un sous-marin, à environ 75 milles au Nord-Est de Colon.
Le 18 février 1942, à 22 h 30, la veille et l'officier de quart du SS Thomson Lykes ont aperçu une lumière blanche à un quart sur tribord. La collision survient avant même que le cargo ait eu le temps de changer sa route. Une flamme jaillit, suivie de deux explosions. On perçoit quelques appels au secours. Le cargo demeure sur les lieux jusqu'à 7 h 15, le 19, s'aidant de ses projecteurs pour fouiller la mer sur laquelle on ne trouve ni suivivants ni débris."
Le Surcouf, venant des bermudes, après un séjour à Saint-Pierre, faisait rouTe vers le Pacifique, via Panama, et fut coulé dans le Golfe du Mexique.
Une stèle à la mémoire des 130 marins du Surcouf a été érigée en 1951 à Cherbourg.

Affecté à la Mission militaire de liaison administrative en juillet 1944, ses connaissances techniques et son patriotisme ont grandement contribué à la résolution extrêmement délicate et difficile de tous les problèmes posés par la réinstallation des administrations françaises au fur et à mesure de la libération du territoire national.

 

Son courage, sa conscience, et la constance avec laquelle il s’acquitta des missions qui lui furent confiées, furent particulièrement appréciés par le chef de mission de l’époque, Claude Hettier de Boislambert.

 

C’est au cours de cette mission de liaison militaro-administrative qu’Yves Antelme a été appelé à siéger dans les commissions d’épuration. Il y a fait preuve d’une grande mansuétude.

 

En mai 1945, il fut affecté au 2ème Bureau de la division navale du groupe français du conseil interallié de Berlin, où il fut démobilisé le 1er juillet 1946.

 

Le " service actif " ayant pris fin, il garda néanmoins l’uniforme. Il fut temporairement affecté à Baden-Baden aux commissions interalliées en vue de la préparation de la réforme monétaire allemande.

 

Les tensions entre les Alliés occidentaux d’une part, et l’Union Soviétique d’autre part, s’intensifiaient. Berlin servait de " pierre de touche ". Les Soviétiques isolèrent complètement les trois secteurs occidentaux de l’ancienne capitale du Reich, espérant ainsi forcer la main aux Alliés. Ceux-ci ripostèrent par le fameux " pont aérien ", ravitaillant cette ville d’alors quatre millions d’habitants. Yves Antelme fut affecté à l’aérodrome de Berlin-Tegel, secteur français, où il était en charge de l’infrastructure. Il lui fallut réorganiser l’aéroport prévu seulement pour de petits et de moyens avions, afin qu’il pût accueillir les énormes " Skymasters" américains. Il réalisa en un temps record ces changements suivis attentivement par les Soviétiques dont le secteur berlinois jouxtait presque les pistes.

 

La paix revenue, Yves Antelme réintégra les cadres de la Banque de France et termina sa carrière comme Directeur d’Issy-les-Moulineaux.

 

Après 42 ans de service, il était titulaire de la médaille du travail,

 

Homme de cœur il milita activement au sein des associations de la France Libre où il ne comptait que des amis. Il était Trésorier général de l’A.F.L. depuis avril 1977. La veille encore de sa disparition, le 3 septembre 1980, nous avions eu l’occasion de travailler ensemble avec quelques camarades.

 

En 1979, le Général Simon, Chancelier de l’Ordre de la Libération remit à Yves Antelme les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur. Mais, fait moins connu, il fut aussi honoré pour ses actions par de nombreuses autres décorations françaises, anglaises et américaines.

Récit extrait des Cahiers anecdotiques de la Banque de France n° 6 - Occupation, Résistance et Libération.

Avec l'aimable autorisation de la Banque de France.