| La 2ème Guerre Mondiale

MESAVENTURES D'UN JEUNE HOMME SOUS L'OCCUPATION

INCORPORATION DANS LES CHANTIERS DE JEUNESSE ET RÉQUISITION POUR LES OPÉRATIONS TODT
   
    
   Témoignage de René Lory
   

 

Pour raisons de santé, il me fallait la montagne. Par des amis je suis donc allé à MIRIBEL- LES- ECHELLES (Isère). Ce collège était semi petit séminaire, semi collège de seconde.

Mon père m’y a accompagné.

Lors de notre passage à Grenoble, des Gendarmes Allemands montent dans le train et demandent nos papiers. Dans le couloir, un homme fume tranquillement , mais affolé à la vue de l’officier il se trompe de compartiment et ne retrouve pas sa veste assez vite. Le voilà embarqué " manu militari "…Près de mon père était assise une jeune femme. Comme pour chercher une protection elle se confie à lui . " Je vais rejoindre mon mari évadé " . Hélas pour elle , elle se trouve démunie de sa carte d’identité . Elle a dû suivre le Gendarme Allemand. Comme elle refusait, il l’a empoignée et jetée sur le quai, alors que le convoi commençait à s’ébranler.

Quelle vision …Aucun passager n’a ouvert la bouche. L’un craignait l’autre ...

C’est en car, par une route sinueuse de montagne que nous arrivons enfin à l’établissement quelque peu austère. Il faisait froid et que de neige ! Nous sommes reçus par le Supérieur qui m’attendait mais mon cher papa devait s’en retourner à Angers et j’avais très peur, car il ne voulait pas baisser les yeux, lui l’ancien de 14/18 où il avait perdu son frère aîné.

Ainsi le temps passe . Je me suis habitué à la vie commune et à la discipline . Les professeurs étaient tous sympathiques. Il y a beaucoup de neige dans ce village montagneux. Je n’en avais jamais vu autant .

Le jour du Conseil de révision est arrivé (c’est à Voiron que je passe la visite d’incorporation)

Or je n’étais pas habitué à me mettre nu devant les autres : " Bon pour le service ". Il n’y avait plus de régiment en métropole . On nous disait qu’il y avait Londres et l’Afrique du Nord . De Gaule ici , Leclerc là-bas .

J’ai dû abandonner mes études et rejoindre mon affectation à Bourg-en-Bresse (Ain) . Cette affectation aux " Chantiers de Jeunesse " m’a évité de partir en Allemagne comme travailleur soi-disant libre . Quel changement ! Dans ce Chantier N°205 , appelé CHANTEMERLE , je n’ai pas trouvé de merles mais des jeunes gens désoeuvrés , entassés sur des paillasses . Dans cette chambrée , il m’a fallu me débrouiller pour récupérer de la paille afin de dormir ce soir-là . Mais de la paille fraîche, dure, qui traversait mon sac de toile et s’enfonçait dans mes côtes, à chaque mouvement. Puis affronter les moqueries des banlieusards parisiens, face au " bleu " que j’étais et celles d’une bande de marseillais, forts en gueule. Allez donc dormir dans ces conditions …J’avais un peu peur . J’ai dû faire face et me faire une place .

Autorisé par le chef de camp , j’ai été plusieurs fois en ville. Récupérant çà et là des livres, j’ai pu monter une bibliothèque de fortune. Rien n’est facile. Rien n’est fait d’avance. Il me fallait un local , j’en ai obtenu un petit. Puis avec quelques amateurs , dont un Lyonnais qui avait des connaissances théâtrales, une petite troupe a pris corps pour amuser les copains désoeuvrés . Tout cela avec la complicité du vieux prêtre du bourg , de dames patronnesses et l’accord du chef SERMAGE .

Après, je suis entré en relation avec une communauté de religieuses d’une école des environs , et moi, qui n’avait jamais touché à un cheval, je suis revenu avec un piano, dans un char de ferme tiré par deux chevaux. Que sont devenus livres, chevaux et piano ?

La nuit, nous étions parfois visités par des maquisards qui prenaient des vêtements et du ravitaillement au magasin . Nous ne savions rien du monde extérieur: pas de radio, pas de journaux …J’ai su plus tard que ce n’était pas uniquement pour voler , mais qu’ils trouvaient ainsi une source " facile " pour s’équiper et opérer des coups de mains contre l’occupant.

Chemin faisant, je suis monté en grade. C’était une récompense.

Un jour , nous avons vu venir des militaires Allemands en kaki de l’organisation " TODT " , avec un brassard à croix gammée sur le bras gauche, pour monter la garde autour du camp. Nos " anges gardiens " surveillaient nos déplacements dans les forêts d’environ où nous coupions de temps en temps du bois à la hache. Leur mission s’arrêtait là .

Par la suite , ils ont eu besoin d’hommes de chez nous pour travailler à Bordeaux et j’ai fait partie du lot. En route , notre convoi de wagons à bestiaux a été arrêté et mitraillé par des avions Anglais . Personne n’a été blessé. Après ces émotions, nous avons continué jusqu’à Macau en Gironde où des baraquements nous attendaient, cachés dans un sous bois entouré de barbelés.

Dès le lendemain , nous embarquions de nouveau dans des wagons à bestiaux pour la base sous-marine de la capitale d’Aquitaine . Mais , peu de temps après , classé comme mauvais ouvrier ( et pour cause je ne voulais pas travailler pour l’ennemi ) j’ai été expédié vers Orléans. Ainsi , je me rapprochais d’Angers, ma convoitise car je n’avais pas de nouvelles de mes parents depuis très longtemps .

Mes camarades et moi-même, en train et par camions (toujours accompagnés de soldats Allemands , arrivâmes à Cléry Saint André . Il y avait là une propriété abandonnée qui deviendra notre " hôtel " ; sans lit, sans nourriture, à la fortune du pot quand vous étiez débrouillard. Ceux qui fauchaient les blés, de beaux blés dorés, avaient à une bonne soupe venant du cuisinier Allemand .

A la fin , les officiers et même la troupe se doutaient que la fin était proche et préparaient leur fuite . C’est par le vicaire de la paroisse que, moi aussi, j’étais " au parfum ", mais rien n’était sûr à ce moment-là .

Nos chefs partaient (au dire des gens du coin) vers les Francs Tireurs Partisans. Je me suis retrouvé le seul Responsable et j’ai dû voler quelques lapins pour nourrir mes hommes. En revanche, je n’ai jamais coupé un seul épi !

 

Nos gardiens étaient avares de renseignements. J’ai su par ce même abbé que le père curé de la paroisse avait été arrêté et enfermé à la prison d’Orléans où on l’a retrouvé à la libération de la ville, mort et complètement " desséché ", oublié …

Puis, j’ai fait la connaissance d’un passeur. J’étais d’accord pour traverser la Loire, mais avec un ou deux hommes à la fois , vers Dry située en face. C’était dangereux et compromettant. La Gestapo est venue un jour pour me récupérer mais, juste à temps , je me suis réfugié au presbytère et caché à la cave sous de vieux déguisements de théâtre. J’entends encore l’accent d’un des leurs dire à l’abbé " qu’est ce que c’est ? ". Il m’a semblé ressentir la pointe de la botte de l’officier Nazi , tandis que je retenais ma respiration. Ils ont trinqué (au vin de messe ) et sont repartis. C’est à cette occasion que ce jeune abbé m’a remis des habits de prêtre et que je suis devenu, à mon tour, " vicaire " .

C’est à Meung-sur-Loire, avec un vélo d’époque, que j’ai traversé le fleuve, pierre après pierre, bloc après bloc car le pont avait sauté quelques jours auparavant. Toujours sur les conseils de mon protecteur, je me suis retrouvé comme moniteur dans une colonie d’enfants réfugiés à Dry, au château Le Bouchet. Le Directeur savait que je n’étais pas séminariste, mais tant que j’y suis resté (jusqu’à la libération d’Orléans ), les moniteurs et les enfants m’appelaient " Monsieur l’Abbé ".

Je n’avais qu’une hâte, retrouver ma famille dont je n’avais plus de nouvelles : pas de téléphone, tout était désorganisé. C’est ainsi qu’après bien des péripéties, j’ai sonné très fort, un soir tard chez mes parents rue Chateaubriand, à Angers. Les pauvres se demandaient qui pouvaient bien se présenter ainsi et, qui plus est, en soutane.

J’ai su beaucoup plus tard que je n’aurais jamais dû être affecté à Bourg en Bresse. Je ne regrette rien car j’ai vécu plusieurs expériences et que j’ai eu des contacts avec des personnes bien différentes que je n’aurais pas rencontrées au petit séminaire.

Sans activité, je me sentais à charge. Alors je me suis engagé dans le Service de Santé et suis devenu infirmier militaire. Je savais que je devais partir en Indochine. Ça été le cas. Mais ceci est une autre histoire ….

René