| La 2ème Guerre Mondiale

QUELQUES EVENEMENTS SOUS L’OCCUPATION NAZIE ET SUR LA RESISTANCE (1940-1944)

 

Récit de Bernard COLIN

   
    
   
  1 – Sous l’occupation nazie :
   
 

Dès l’annonce de la défaite, les femmes pleuraient, les hommes avaient les larmes aux yeux.. Tous les gens étaient effondrés. Nous vivions un drame épouvantable. La Grande Guerre n’avait donc servi à rien. Toute une jeunesse de sacrifiée. Des dégâts incommensurables…

 

A la fin du mois de juin 1940, en compagnie de mon cousin Pierre Nolais, 9 ans et demi (le nom de jeune fille de ma mère était Nolais), nous ramassions des pissenlits pour les lapins dans un champ à forte déclivité situé à gauche de la route nationale allant de Dol de Bretagne à Pontorson. Soudain, nous entendîmes des bruits de moteurs. Il s’agissait d’un convoi de blindés composés de soldats allemands. Pierre et moi, ayant très peur, nous nous sauvâmes en courant, le sac sur le dos. Il faut dire que nous avions très peur des Allemands.

 

Pierre et moi étant arrivés à la maison, les Allemands étaient déjà dans le village et commençaient à s’installer. Ma tante possédait un débit de boissons, avec restaurant ainsi que plusieurs chambres que les officiers avaient réquisitionnées.

 

Deux ou trois jours plutôt, j’avais découvert au-dessus d’une armoire normande contiguë à mon lit, un livre qui avait bouleversé le petit orphelin que j’étais : il s’agissait du " Tour de France par deux enfants " . Je m’étais identifié au petit Julien, 9 ans, dont le grand frère, 12 ans, assurait la protection. Ces deux orphelins avaient quitté l’Alsace, devenue allemande après la guerre de 1870, voulaient rester Français et parcouraient la France en couchant à la belle étoile. Le récit, les images en faisaient un livre absolument charmant.

 

Un jour, étant assis sur le banc devant la maison, je lisais donc ce livre. Un soldat allemand s’assit près de moi et me l’arracha des mains. " Tu es un peu gonflé, rends-moi mon bouquin " lui dis-je. Ce troufion ne voulant pas accéder à mes désirs, je le giflai et me sauvai en courant.. Cet homme à mes trousses, ne tarda pas à me rattraper et me donna une correction.

 

Présenté à un lieutenant de la Kommandantur, cet officier très courtois et sympathique, me sermonna tout en me conseillant de ne pas recommencer. Par la suite, je deviendrai ami avec le soldat. Pendant les vacances avec un petit cousin de Normandie, nous nous promenions dans les champs avec ce bavarois pendant que ses collègues faisaient la fête, buvaient et chantaient dans l’arrière salle du restaurant. Nous formulions des vœux pour que nos deux pays, après la guerre, devinssent enfin deux frères et s’aimassent définitivement.

 

Ces soldats allemands étaient encore tout étonnés d’avoir vaincu l’armée française, envers laquelle ils éprouvaient beaucoup d’admiration et de respect. Les souvenirs de la Grande Guerre étaient encore présents à leurs esprits. Ils disaient souvent à mon oncle, blessé en 1914/1918 à Charleroi, " Nos pères nous disaient constamment que vous, les Français, êtes de valeureux combattants. Malgré les durs combats, nos aînés avaient beaucoup d’admiration pour vous ".

 

Mon oncle essuyait une larme furtive au rappel de tous ces souvenirs. Dans ce petit village de 600 habitants, nous avons bien sympathisé avec ces soldats allemands et nous les verrons partir au bout de deux mois avec un peu de chagrin. Ce qui est un paradoxe étrange en ces temps de guerre.

 

Naturellement, à cette époque, nous ignorions ce qui allait se dérouler par la suite. C’est-à-dire, la déportation de nos frères et sœurs israélites dans les camps de la mort, la Résistance française, les grands combats à travers le monde.

 

  1 – La Résistance :
 

 

Maintenant, il fallait bien participer à la lutte contre la nazisme. Apprenant mon algarade avec le soldat allemand, qui avait été notée à mon insu sur un carnet par un villageois, un retraité de l ’armée, ami de mon oncle. Je me dis deux ans plus tard, alors que j’approchais de mes 14 ans : " Tu as fait tes preuves et tu es un garçon discret. Si tu veux, nous avons décidé de t’enrôler pour accomplir des actions de résistance".

 

J’avais appris que des soldats allemands, la nuit, avaient tiré des coups de fusils sur des hommes circulant en vélo et qui n’avaient pas voulu s’arrêter à leurs sommations.

 

Une nuit, prenant le vélo de mon oncle, en compagnie du retraité, nous pédalions sur des petits sentiers, pleins de poésie, bordés de talus nous protégeant de la vue de l’ennemi, lequel en plus ne pouvait les emprunter en voiture en raison de leur étroitesse. Arrivés près de la voie de chemin de fer, dans les environs de Pleine Fougères, deux autres hommes munis de grandes clés, barres à mine et autres outils, nous attendaient. Le retraité me présenta à l’un d’eux :

 

" C’est un dur, il s’est permis de gifler un soldat allemand en juin 1940, alors qu’il n’avait pas encore 12 ans " leur dit-il en me désignant. Les deux hommes me donnèrent une tape amicale sur l’épaule et l’un d’eux me lança " Tu verras , on fera du bon boulot ensemble ".

 

Quelques instants plus tard, un autre résistant faisant le guet, appela le chef et lui dit quelques mots à l’oreille. Des patrouilles de soldats allemands ayant été aperçues, l’opération fut annulée. Elle consistait naturellement à démonter les rails du chemin de fer pour faire dérailler un train chargé de matériel et d’armement se dirigeant vers Saint-Malo. A Saint-Servan (actuellement Saint-Malo sud), les Allemands de l’organisation Tod construisaient le " mur de l’Atlantique " à la cité d’Aleth. Ma mission aurait consisté à faire le guet sur l’un des deux côtés de la voie de chemin de fer.

 

A ce moment là, j’ignorais que deux mois plus tard, j’allais quitter ces résistants pour me rendre aux " Orphelins d’Auteuil " à Paris et que je n’aurais plus d’autres occasions d’accomplir d’autres actes de résistance, sauf au mois d’août 1944, en aidant les soldats américains à monter leurs tentes, en leur donnant des renseignements sur l’activité de la résistance française ainsi que sur la situation des combats.

 

Ces soldats américains se trouvaient dans le bois de Boulogne et devaient attendre des ordres de leurs chefs pour combattre à côté des soldats français de la 2ème D.B.. En tout cas, ils n’avaient pas l’air de s’en faire. On avait l’impression qu’ils pique-niquaient. Nous étions plusieurs orphelins et je dois dire que ces Américains semblaient étonnés en voyant la maigreur de nos visages.

 

Très humains envers nous, ils nous donnaient du chocolat, du chewing-gum ainsi que des cigarettes.

 

Un jour, ayant changé de direction, nous étions près de la cathédrale Notre-Dame lorsque soudain, à environ 100 m de nous, nous entendîmes des rafales de pistolets-mitrailleurs. C’était impressionnant d’entendre le bruit de ces armes associé à des cris, des hurlements de vengeance dont les sons rauques nous montraient que nos résistants avaient puisé dans leurs réserves. Epuisés par l’ardeur des combats, le manque de sommeil, la faim, nous les apercevions d’une maigreur incroyable par plus de quatre années de malnutrition. Mais, ils se redressaient, fiers, indomptables, ayant décidé de vaincre l’ennemi.

 

Je ne pouvais m’empêcher de songer à cette femme héroïque tenant le drapeau tricolore que l’on aperçoit sur des tableaux ou sculptures. La France éternelle montrait aux dictateurs qu’ils allaient périr sous la révolte des opprimés.