| La 2ème Guerre Mondiale
 

 
    
   
   

PROPAGANDE

 

Copie de " prospectus terroriste " circulant à l’intérieur de la Banque de France en 1942

14  juillet 1942

VIVE la LIBERTE !

VIVE la RÉPUBLIQUE !

ORGANISEZ-VOUS !

" L’attaque de la Bastille ne fut nullement raisonnable; ce fut un acte de foi, un acte qui devait tirer le monde de sa torpeur ".

Jules Michelet.

Connaissez-vous le nombre de Français emprisonnés pour délits politiques, enfermés dans les geôles ou parqués dans les camps de concentration ? Ils sont 400.000 ; 400.000 qui ont crié leur dégoût, 400.000 qui ont dit tout haut ce que tout le monde pense ; 400.000 parmi lesquels la foule des bons républicains de toutes nuances, et quelques hommes qui ont cessé de plaire.

 

Avant 1789, seul le Roi avait le droit d’enfermer ses sujets sans jugement. Depuis le 22 juin 1940, depuis que le honteux armistice a engendré " l’État français ", cinquante préfets détiennent le redoutable et inhumain pouvoir de priver les Français, par lettre de cachet, de ce qui reste encore de liberté.

 

Les prisons sont surpeuplées d’hommes, d’enfants, de vieillards, de femmes et de jeunes filles qui attendent vainement des juges. On meurt dans les prisons françaises, et pas de faim seulement. A Marseille et à Lyon, à la prison Chave, à la prison St-Pierre, à la prison St-Paul, le typhus fait des ravages. A Grenoble, un jeune étudiant a été tué à coups de pieds dans le ventre.

 

Le sens de la dignité

 

Français ! Vous n’avez plus le droit de rester impassibles. Puisque vous n’ignorez rien des bassesses d’un régime soumis au vainqueur, (jusqu’à s’efforcer dans tous ses actes à singer ses méthodes) vous devez maintenant agir.

 

On vous a tout enlevé le droit de vote, les libertés communales, la liberté de penser et d’écrire et la libre disposition des produits de votre travail. Dans tous les quartiers des villes et dans tous les hameaux de France, on a installé à demeure des mouchards qui ouvrent vos lettres, qui écoutent vos conversations téléphoniques, qui censurent les écritures et qui même interrogent les enfants.

Et puis, c’est dans cette France du droit et de la raison qu’on vient de ressusciter la sanction collective des cantons, des départements entiers ont été mis en état de pénitence alimentaire parce que quelques citoyens avaient déplu au pouvoir ou résisté à la réquisition pour le compte des Boches. La sanction collective a replongé notre pays dans l’iniquité féodale.

 

Copiant bassement l’abject nazisme, l’État français a classé ses sujets en deux catégories policiers et délinquants prétoriens et braves gens.

 

La mission de la France

 

Les historiens relatent qu’au lendemain du 14 juillet 1789, dans toutes les capitales de l’Europe, les hommes pleuraient de joie et s’embrassaient : " Comment ne pas pleurer de joie, disaient-ils, la Bastille est prise ! "

 

Nous savons qu’en prenant d’assaut les institutions de Vichy, les "oeuvres" conçues dans la peur par un gouvernement qui n’a pour sûr soutien que la Gestapo, nous redonnerons à la France son fier et noble visage, nous redonnerons sûrement à l’Europe son goût de la liberté. En criant "VIVE LA LIBERTÉ " si fort que l’écho de nos voix passera les frontières, nous renouerons avec une tradition, la seule tradition devant permettre à notre pays de reprendre sa place dans le monde la tradition révolutionnaire française.

 

De magnifiques destins attendent la France. Nous en sommes persuadés depuis le 1er mai 1942. Sa jeunesse l’a dit, ses élites ont parlé, ses paysans ont agi, ses ouvriers sont prêts.

 

Au chant de la " Marseillaise "

 

Le 14 juillet 1942, vous manifesterez. D’ores et déjà, chacun de vous dans sa famille, dans son bureau, dans son atelier, dans son entreprise pensera à la tâche qui lui incombe et aux meilleurs moyens de la remplir. On sait que vous pavoiserez, mais il faut faire plus encore.

 

Le 14 juillet, à 18 heures, vous vous rendrez en masse devant la mairie de votre localité, ou mieux, si les circonstances locales le permettent, devant la prison où sont détenus les courageux Français qui ont lutté pour la Liberté.

 

Des instructions tenant compte des conditions locales vous seront communiquées en temps voulu.

 

En hommage aux otages fusillés et aux emprisonnés politiques que la police de Vichy peut livrer, s’il lui plaît encore, à la police de Hitler, vous déposerez des fleurs devant la porte des maisons d’arrêt ou de la maison commune.

Deux seuls couplets seront chantés ce jour-là le troisième couplet de la " Marseillaise " et le premier couplet du " Chant du départ ".

Des cris puissants sortiront de vos poitrines " Vive la Liberté " " Vive la République " " Vive la France " "Hors de France les occupants " " À bas Hitler-Laval "

Vous serez disciplinés, calmes, mais résolus. Vous vous souviendrez qu’à Lyon notamment, le 1er mai 1942, les agents de la force publique ont salué les manifestants qui chantaient la plus émouvante des Marseillaise.

Préparez-vous !

Soyez agissants. Il faut convaincre vos voisins, décider vos amis, entraîner vos camarades :

Le 14 juillet 1942, à 18 heures, des fleurs, des rubans tricolores, des hymnes patriotiques. De la foi et du courage !

 

Aux patriotes

Le jeudi 28 mai dernier, celui qui s’est arrogé le droit de gouverner la France, osa dire dans un village de l’Indre aux troupes de l’armistice qu’il passait en revue " Le pays doit savoir que nous avons été battus. Depuis deux ans, je me le répète à moi-même tous les matins ! "

Laissons à ces vieillards leurs âmes de vaincus.

Patriotes, relevons la tête ! Secouons la dictature des traîtres. Travaillons à la libération du pays ! Pensons au génie de la France éternelle. Tous à l’ouvrage avec confiance ! Tous à l’oeuvre pour que s’élève de notre sol, en ce 14 juillet 1942, le puissant souffle de la Liberté.

VIVE LA FRANCE !

LE FRONT NATIONAL DE LUTTE pour l’INDÉPENDANCE de la FRANCE.

Un exemple de diffusion des mots d’ordre :

Sur tous les billets de banque qui passent entre vos mains, écrivez : "VIVE LA LIBERTÉ ! VIVE LA RÉPUBLIQUE ! "

" Pour le 14 juillet 1942, organisez-vous "

Récit publié dans "Les Cahiers anecdotiques de la Banque de France"

Autorisation donnée par la Banque de France le 02.04.2002