| La 2ème Guerre Mondiale
 

   
    
   
  Plusieurs succursales et bureaux auxiliaires de la Banque de France - 27 au total - ont dû, sous la menace des armes, décaisser des sommes importantes au profit d’unités soit de la Wehrmacht en retraite (9), soit de la Milice (2), soit des forces de la Résistance (14), soit de simples brigands (2).

A titre d’exemple, voici le compte-rendu du chef de bureau de THONON (Haute savoie). Il a également rédigé un texte sur l’évolution de la situation dans sa région entre octobre 1941 et juin 1944. Ce document figure après les rapports sur les deux attaques subies par Thonon.

AGRESSIONS DES 21 ET 26 JUILLET 1944

RAPPORTS DE M. MONSALLUT

Chef du bureau

***O***

 

RAPPORT A

ATTAQUE DU VENDREDI 21 JUILLET 1944

L’attaque a commencé vers 9 h 10 et a duré environ une demi-heure.

Etaient présents et en service M. Franceschini, sous-chef de service faisant fonctions de chef de bureau, M. Michel, caissier de 2ème classe, Mlle Michoud, dame stagiaire, Mme Alasotto née Genoud, dame auxiliaire provisoire, et Aleruer, auxiliaire aux recettes de 2ème classe.

  1. Monsallut, chef du bureau, en congé annuel, était dans son appartement ainsi que Mme Monsallut. Le concierge Pethoud était en courses, sa femme était à la loge avec son fils.

L’attaque a débuté par une irruption simultanée dans tout l’immeuble, dont les grilles et portes venaient d’être ouvertes.

Le chef de bureau était encore dans sa chambre à coucher lorsqu’il entendit Mme Monsallut discuter dans le couloir de l’entrée de service, d’une façon inusitée. Il alla se rendre compte et entendit sa femme déclarer " qu’il n’était pas là ". Son interlocuteur était un homme inconnu, jeune, gauche et assez mal vêtu qui brandissait un pistolet automatique en disant qu’il fallait que tout le monde descende et que puisqu’on ne voulait pas descendre il allait chercher du renfort. Il avait également menacé de tirer. Le chef de bureau alors mit en marche le signal d’alarme reliant la Banque à la police, invita sa femme à s’enfermer à clef et descendit précipitamment dans son cabinet sans prendre le temps de finir de s’habiller.

Il trouva son cabinet vide et les bureaux et caisses vides aussi. Le coffre de la caisse grand ouvert. Il vit, enfermés dans le vestibule et gardés à vue, tout le personnel et quelques clients.

Un inconnu armé était accroupi devant les sonneries d’alarme et les détruisait. M. Franceschini était aussi là. Il avait été surpris par l’attaque alors qu’il était seul dans le cabinet du chef.

D’autres hommes armés se présentèrent et, aux questions de M. Monsallut, déclarèrent l’un qu’ils étaient " le maquis " et un autre " les F.T.P ", un autre déclarait après qu’ils appartenaient aux F.F.I. sous les ordres des généraux Kœnig et Eisenhower. L’un des deux jeunes gens qui paraissait être le chef déclara qu’il agissait sur des ordres d’Annecy, qui lui prescrivaient de " s’emparer de toute l’encaisse de la Banque de France de Thonon ". MM. Monsallut et Franceschini, soit ensemble, soit parlant séparément à tel ou tel de nos agresseurs, essayèrent d’expliquer que ce serait commettre un vol, que l’encaisse appartenait aux titulaires de comptes, aux actionnaires, etc. Mais ces propos ne rencontrèrent que sourires ironiques ou menaces de mort ou d’enlèvements personnels. "Nous prenons l’argent de 1’Etat " fut-il en particulier répondu. Tout le temps que devait durer l’enlèvement MM. Monsallut et Franceschini ne cessèrent pas de protester, de retarder, de dissimuler et de reprendre. M. Monsallut emmenait l’un ou l’autre dans son cabinet et M. Franceschini, d’un autre côté, s’occupait activement (voir ci-après) ; et les résultats obtenus furent considérables.

Les agresseurs vidèrent eux-mêmes la totalité du coffre de la caisse courante. Ils consentirent ensuite à restituer les espèces métalliques, que nous leur représentâmes comme de faible valeur pour un grand encombrement. Ils renoncèrent, à notre demande, à s’approprier les bons du Trésor.

Ils exigèrent l’ouverture de la " chambre forte ". M. Monsallut déclara qu’étant en congé il n’en avait pas les clefs, et ils allèrent alors chercher M. Franceschini, qui était allé dissimuler sous son bureau le paquet de 100 F, sorti à 9 heures de la caisse auxiliaire et laissé sur une table de la caisse. Ils allèrent également chercher M. Michel, caissier, gardé jusqu’alors dans le vestibule. MM. Michel et Mercier, dans la caisse, avaient, au début vu deux hommes devant leurs guichets, qui leur avaient, revolvers braqués, intimé l’ordre de sortir en laissant le coffre ouvert. L’un d’eux, en même temps, avait enjambé la clôture de la caisse.

La caisse auxiliaire fut donc ouverte et tous y pénétrèrent sauf MM. Monsallut et un chef, qui allant chercher Mme Alasotto, dactylo, s’occupèrent de la " décharge " rédigée, sans bien entendu, aucune mention de somme exacte, au nom de " la Police de la Résistance ".

À la caisse auxiliaire, M. Franceschini s’ingénia à limiter les dégâts par toutes sortes de manoeuvres, et c’est certainement ainsi que 100 millions de francs en grosses coupures, que nous avions en prévision de ces événements, répartis dans les armoires de l’étage supérieur, durent de n’être pas emportés, comme aussi des billets neufs pour lesquels le sous-chef affirma que les numéros étant relevés les billets ne pourraient pas circuler. Il fut sauvé là encore environ 6 millions en coupures de 50, 20, 10 et 5.

Les agresseurs emportèrent alors leurs sacs et quittèrent les caisses, ils regardèrent à la fois leurs montres et du côté de la fenêtre et ramassèrent leurs revolvers. Deux voitures de tourisme à essence arrivèrent qui, avec une souplesse remarquable reculèrent dans la cour d’honneur dont on ouvrit à ce moment la grande grille. Les sacs furent chargés, les hommes sautèrent dedans, et, en un clin d’oeil, tout avait disparu.

Un des chefs, avant de partir, ordonna au chef de bureau de ne pas alerter la Police avant une demi-heure.

Le téléphone avait été, lui aussi, coupé.

Au dehors, le fil aérien de la sonnerie d’alarme était coupé à hauteur de l’immeuble Worms.

Nos agresseurs, difficiles à dénombrer en raison de leur vive agitation, paraissent avoir été au nombre de 6 à 10. Les alentours de notre immeuble étaient en outre surveillés par de nombreux jeunes gens prêts à intervenir. Nos assaillants ne devaient pas être ainsi moins de 25. Aucun n’avait d’arme apparente mais tous avaient de forts pistolets automatiques, et quelques-uns avaient des pinces. Ils étaient tous jeunes et généralement bien vêtus.

Un de ces jeunes gens déclara qu’ils avaient besoin d’argent pour secourir des veuves de camarades et pour acheter des vêtements.

Les chefs promirent qu’un compte minutieux serait dressé par leurs soins et que nous recevrions, par la Poste, une décharge exacte.

Nous leur dîmes qu’ils emportaient au moins 30 millions. Le chiffre exact fut établi, peu après leur départ, à 20.154.110 F. Soit en les détournant de l’étage de la caisse auxiliaire et de la serre soit en récupérant billets neufs, petites coupures et monnaie, nous avons réussi à empêcher l’enlèvement de plus de 100 millions.

Après leur départ, M. Monsallut alla aussitôt porter plainte auprès du Commissaire de Police. On lui déclara, au Commissariat, que personne n’avait entendu la sonnerie d’alarme déclenchée à 9 h 10.

Le chef de bureau essaya ensuite, mais en vain, d’alerter par téléphone M. le Directeur à Annecy. Le téléphone était coupé, aussi bien celui de la gare que celui des PTT. Le fil des PTT fut toutefois réparé dans l’après-midi et M. Monsallut put alors avertir Annecy vers 18 heures. Il écrivit également, de suite, tout à la fois au Secrétariat général Chamalières, à M. l’Inspecteur chef de secteur et à M. le Directeur.

Il a fait dresser constat des dégâts par Me Rougelet, huissier. Il a fait réparer immédiatement le téléphone et la sonnerie d’alarme.

Mesures consécutives Dans la conviction où il était convaincu que les agresseurs reviendraient, le chef de bureau a pris les mesures suivantes:

1 dépôt dans des compartiments libres de coffres-forts en location de 85 millions en 5.000 - 1.000 - 500 qui n’étaient plus en sécurité dans les armoires de l’étage de la caisse auxiliaire. Clefs de ces coffres remises au sous-chef pour conservation hors de l’immeuble même, et surtout pendant les heures de séance ;

2 dépôt dans les serres de tout ce dont on pouvait se passer pendant quelques jours. Le Chef désirait confier les clefs de la serre à M. le Directeur, à Annecy, quitte, en cas d’urgence, à les envoyer chercher par un cycliste. À défaut d’acceptation par M. le Directeur, ces clefs devaient être conservées par le sous-chef en dehors de la Banque, et ne seraient pas à la Banque même pendant les heures de séance ;

3 remise à M. le Directeur, pour transport à Annecy, de 65 millions (du dépôt en coffres location) en 5.000 et 1.000. Ce transport a été effectué le 25.

 

RAPPORT B

ATTAQUE DU MERCREDI 26 JUILLET 1944

L’attaque a commencé vers 14 h 30 et a duré, comme la précédente, environ une demi-heure.

Étaient présents et en service les mêmes agents que lors de l’attaque du 21 (MM. Franceschini, Michel, Mercier, Mmes Michaud et Alasotto).

M. Monsallut, chef du bureau, en congé annuel, se trouvait sur le trottoir extérieur, en compagnie de Mme Monsallut et de l’homme d’équipe Folliet, qui chargeait des bagages sur un petit char. Ils devaient aller à l’hôpital.

Le concierge Pethoud n’était pas encore rentré d’Annecy, où il était allé, la veille, escorter des billets enlevés par M. le Directeur.

Mme Pethoud était à la loge avec son bébé.

M. et Mme Monsallut, ainsi que Folliet, venaient à peine de remarquer des allées et venues inusitées de jeunes hommes autour de la Banque qu’une partie de ceux-ci entraient rapidement dans l’immeuble. L’un d’eux revint vers M. Monsallut, revolver en mains, et lui ordonna de rentrer. Il n’insista pas, toutefois, pour Mme Monsallut, qui put aller à l’hôpital avec Folliet et les bagages, mais fut suivie et surveillée tout le temps par un des nombreux "promeneurs " qui peuplaient ce jour-là ce quartier ordinairement désert.

M. Monsallut refusa d’entrer à la loge où les agresseurs rassemblaient en ce moment, tout le personnel et les clients, et il pénétra dans le hall, soigneusement escorté ce qui l’empêcha d’atteindre une sonnerie d’alarme.

Les agresseurs étaient plus nombreux que le 21. Deux d’entre eux se déclarèrent délégués du M.U.R. et être porteurs d’un chèque d’un million sur la Banque d’Algérie et qu’ils désiraient encaisser. Leurs co-agresseurs F.T.P. leur dirent qu’ils seraient servis mais les projets varièrent : "tout de suite ", " après nous ", " dans la voiture ", etc. A noter que les jeunes gens du M.U.R. se montrèrent très courtois.

Les jeunes F.T.P. par contre, ne nous parlèrent que revolver en mains et se montrèrent agressifs et brutaux. Ils se déclarèrent furieux d’avoir été " couillonnés " le 21. Ils avaient été sévèrement réprimandés par leurs chefs, auxquels ils n’avaient rapporté que 20 millions alors que nous en avions 160 (chiffre à peu près exact). Ils nous reprochèrent véhémentement à M. Franceschini et à moi, de leur avoir dissimulé une partie de l’encaisse et de nous être plaints à la Police. Ils se montrèrent cassants, violents et portèrent la main sur M. Monsallut. Ils traitèrent M. Franceschini de " salaud ".

Ils détruisirent le téléphone en y ajoutant, cette fois-ci, l’appareil placé dans le cabinet du chef de bureau.

M. Franceschini, qui avait essayé de se cacher, fut amené à la caisse ainsi que M. Michel, M. Monsallut y fut même poussé, et la scène du 21 se reproduisit alors, avec cette différence qu’ils avaient déjà vidé la caisse courante, sans nous attendre.

Ils se firent ouvrir la caisse auxiliaire, repoussèrent M. Franceschini qui voulait traîner les choses en longueur en leur donnant d’abord les petites coupures, ouvrirent tout, et commencèrent d’eux mêmes par des grosses coupures, heureusement très peu nombreuses. A ce moment l’équipe du M.U.R. mit dans un sac 10 paquets de 100, sortis par les F.T.P. et disparut.

Malheureusement, il ne fut pas possible cette fois de détourner nos agresseurs des serres, dont la clef (voir rapport A) était donc en notre possession, et il fut fait, en ce local, un butin considérable : dans la première serre nous avions mis tout ce qui n’était pas d’emploi immédiat à la caisse auxiliaire comme coupures de 100 - 50 - 20 - 10 et 5, et dans la deuxième serre, étaient non seulement, les sacs entiers plombés, mais aussi les coupures de 5.000 - 1.000 et 500 de la caisse auxiliaire, ainsi que l’or (25 pièces seulement). Les jeunes gens poussaient des cris de joie ..... et l’excès de celle-ci eut au moins le résultat que leur colère en fut moindre et qu’ils consentirent à nous laisser 3.000 billets de 1.000 F, 5.000 billets de 500 F, et quelques paquets neufs de 5 F, un sac de 100 F et un sac de 5 F. Nous avions parlé de la nécessité d’assurer la paie des fonctionnaires et des ouvriers, mais ils ricanèrent pour les fonctionnaires. À nos invitations à considérer les besoins du Chablais en numéraire, ils répondirent qu’ils se chargeaient de tout. L’un d’eux compta les pièces d’or... puis les oublia.

À noter que l’un d’eux, avec lequel nous nous trouvâmes seuls un moment, tandis que les sacs gagnaient rapidement le vestibule, nous offrit à. M. Monsallut, à M. Franceschini et à M. Michel, quelques paquets pour notre usage personnel " voilà pour vous, pour vous seuls, et, Surtout, n’en parlez pas ! ". Nous insistâmes pour obtenir plus encore et nous eûmes ainsi 120 mille francs chacun, soit, au total 360 mille francs, qui furent ainsi sauvés. Ce même garçon nous déclara que, cette fois, ils se tenaient pour satisfaits, que les chefs diraient ce qu’ils voudraient, et qu’ils ne reviendraient pas.

L’un des chefs de ces jeunes gens devait toutefois déclarer au chef de bureau " qu’ils reviendraient toutes les fois qu’il le faudrait ". Un autre dit à M. Monsallut " que si la Banque trouvait mauvais d’être dépouillée, elle n’avait qu’à nous faire garder ". Un autre dit que " les Allemands devaient venir " le lendemain pour prendre ce que le maquis avait laissé le 21.

Dans le cabinet du chef les deux mouvements établirent les décharges.

Le chargement et le départ se firent avec autant de célérité que le 21 et dans les mêmes deux voitures, semble-t-il avec cette différence qu’ils étaient beaucoup plus encombrés.

Cette fois encore ils promirent au chef de bureau qu’ils enverraient une décharge exacte, en même temps que celle du 21, que M. Monsallut se plaignait de n’avoir pas reçue. M. Monsallut leur dit aussi que le bruit circulait que partie des agresseurs du 21 étaient passés en Suisse avec l’argent, mais ils protestèrent avec indignation.

Le montant exact de l’enlèvement fut plus difficile à calculer que le 21, en raison des opérations déjà faites depuis 9 heures. Il s’établit à 26.995.320 F, à quoi s’ajoutèrent les sacs emportés.

La visite terminée le chef de bureau put téléphoner la nouvelle à M. le Directeur à Annecy. De retour dans son cabinet il trouva à la Banque M. le Commissaire de Police qui fut ainsi mis au courant et qui, allant à la sous-préfecture, s’y trouva à point pour répondre à l’Ortskommandantur, qui demandait ce qui s’était passé.

M. Monsallut fit ensuite sa plainte régulière à la Police. Il a fait constater par huissier les nouveaux dégâts et il a donné les ordres nécessaires pour la réparation immédiate à la fois au Secrétaire général Chamalières, à M. l’inspecteur chef de secteur et à M. le Directeur.

 

RAPPORT C

SITUATION FAITE À LA BANQUE

ÉVOLUTION DE LA SITUATION DANS LE CHABLAIS

Octobre 1941 Le chef de bureau, à son arrivée ici, constata que l’opinion publique était divisée environ par moitié: les uns tenant le Maréchal et la collaboration, les autres restant hostiles.

Jusqu’au 15 novembre 1942 Les enrichis de l’ancien et du nouveau régime viennent vivre nombreux en Chablais, attirés par sa richesse en produits de la ferme, par le confortable de ses stations hôtelières et par la proximité de la Suisse. Ils achètent, quels que soient les prix, et ceux-ci s’établissent rapidement parmi les plus élevés de France. La population, qui y trouve son compte, reproche secrètement au régime de vouloir freiner cette hausse et de pourchasser le marché noir. Cette chasse est, du reste, maladroite et inopérante. Le sous-préfet d’alors, M. de Rochefort, contribue à rendre le régime extrêmement impopulaire, les dénonciations et les arrestations se multiplient dont beaucoup ne sont que des vengeances politiques qui suscitent la colère. Le gouvernement instaure le S.T.O. auquel nul n’obéit et les campagnes se peuplent de réfractaires. Les premiers attentats terroristes sont commis.

Novembre 1942 La rupture de l’Armistice et la démobilisation brutale de l’armée finissent de discréditer Vichy. L’occupation italienne, relativement douce, mais maladroite et querelleuse, soulève l’indignation de cette population frontière, qui n’a pas fait la guerre, n’arrête pas de fronder et s’attire ainsi des corrections humiliantes.

De septembre à fin 1943 L’arrestation des Italiens par les Allemands soulève une vague de joie, mais le nouvel occupant, en dépit du prestige de la victoire et de la correction de ses soldats, se rend bientôt odieux par les effroyables mesures que prend la Gestapo (massacres de Bernex et d’Habère-Lullin). De nombreux Chablaisiens perdent ainsi la vie et le " maquis " en prend de la consistance. Il multiplie les attentats. Mais tous ceux-ci ne sont encore, en principe, que des vengeances exercées contre des Français dénonciateurs ou ralliés à l’occupant, et les attaques contre Allemands sont quasi inexistantes. Allemands et " maquisards " se croisent du reste souvent et font mine de s’ignorer.

Janvier 1944 La Gestapo quitte Thonon, et une vague d’attentats déferla aussitôt. Le maquis est maître.

Depuis février 1944 jusqu’au " débarquement " — Le régime Darnand soumet le pays à des mesures de police spéciales dures et vexatoires, qui irritent profondément les habitants, déjà très éprouvés par les attentats et les réquisitions du maquis et qui trouvent odieux de rencontrer les mêmes exactions de la part des éléments douteux de la Milice. Celle-ci copie les procédés de la Gestapo. Les membres de la (?) de Thonon élèvent une protestation contre des agissements gouvernementaux qui, à la légalité, veulent substituer la férocité.

Débarquement anglo-saxon et situation actuelle M. Salem, épicier en gros et ami personnel de M. Darnand, a été nommé sous-préfet de Thonon. Il voit abattre ses miliciens les uns après les autres. Lui-même se fait garder par un homme de main (dont le maquis devait assassiner la maîtresse). Il est très effrayé et il fait tous ses efforts pour obtenir de Vichy que le Chablais soit abandonné. Il obtient satisfaction et nommé préfet à Guéret, il nous quitte en emmenant sous la protection des Allemands, la Milice, les G.M.R., la Police de sûreté et la Garde. Ce qui subsiste encore de familles miliciennes est envoyé en Alsace. Les douaniers ont été refoulés par les Allemands. Puis les Allemands eux-mêmes abandonnent la montagne, non sans qu’un de leurs détachements ne soit auparavant, complètement anéanti. Ils abandonnent aussi leur projet d’installer 3.000 estivants à Évian. Les gendarmes français reçoivent l’ordre de rallier Thonon, ils y sont une centaine venus de la montagne lorsque le maquis les attaque et les désarme et les déshabille en quelques minutes. La police municipale est également désarmée et dispersée.

Il n’y a plus maintenant, en Chablais, que quelques douaniers allemands, le long de la route littorale d’Annemasse à Saint-Gingolph, 1.200 blessés (dont 800 sont armés) à Thonon, et sans doute autant à Evian. Aucun de ces blessés n’a du reste été molesté. Ils ont fortifié leurs lazarets et ne sortent qu’en armes. Beaucoup et non des moindres, ont déserté.

M. le sous-préfet Salem revient le 1er juillet pour une rafle d’otages. Les Allemands font eux aussi des incursions punitives rapides.

L’empire du " maquis "En dehors des razzias le pays se trouve complètement sous le contrôle du maquis.

Celui-ci placarde sa loi sur les murs et les vitrines de Thonon, il donne ses ordres (avis des F.T.P. sous peine de mort...) il fixe les prix des denrées, refuse ou autorise la circulation du bétail de boucherie, il fait la chasse au marché noir, confisque les stocks et recherche, pour les abattre, les criminels de droit commun qui se réclament de lui pour commettre leurs méfaits.

Il semble que le maquis se compose de formations cantonnées en montagne, mais avec de nombreux éléments dans les villes mêmes. Il se réclame de 2 obédiences A.S. et Parti communiste.

Nous ne savons pas si le maquis communiste est le plus nombreux mais il est, assurément, le plus agissant. Il n’hésite pas à abattre quiconque le gêne et lui résiste. Ce pays le supporte avec affliction mais se console en mettant sur le compte du " faux maquis " les attentats les plus pénibles. Ce pays sent si cruellement la défaite, et il a subi de tous côtés de telles déceptions, qu’il reprend toute sa fierté sous la Résistance, celle-ci fut-elle rouge.

Le maquis communiste parait composé d’éléments un peu différents, les uns étant tricolores et les autres restant fidèles à la faucille et au marteau. Ceux-ci sont certainement nos agresseurs. Ils ont parmi eux de nombreux étrangers, dont on dit peu de bien. Leurs intentions semblent nettement plus politiques que militaires. Ils visent à s’emparer des biens et du pouvoir.

La désaffection à l’endroit du régime de Vichy est maintenant complète, et les gens les plus soumis à l’autorité gouvernementale n’en attendent plus rien. Ils se résignent, dans l’attente des pires épreuves. Les classes commerçantes et paysannes elles-mêmes pourtant assurées de dépossession par le communisme sont résignées à ce qu’elles croient l’inévitable. L’espoir, s’il en est, n’est plus pour les gens d’ordre, que dans l’A.S. Mais celle-ci est, jusqu’à ce jour, restée dans l’ombre la plus complète.

Le maquis rouge, au contraire, annonce sa prise de pouvoir prochaine, et il entend mobiliser tout le monde dans ses rangs, de gré ou de force.

Tout lui profite aussi bien la prise de Lemberg que le coup de cravache malencontreux donné par un capitaine de gendarmerie trop zélé. Il bénéficie non seulement de la résignation des gens d’ordre, mais aussi de la joyeuse complicité de la foule, qui attend de lui seul toutes les panacées.

Des rapports semblables décrivant la totalité des 26 autres agressions dont fut victime la Banque de France peuvent être lus in " Cahiers anecdotiques n° 10" de la Banque de France  qui a autorisé la présente utilisation le 20.06.2000