| La Guerre d'Afrique du Nord

SOUVENIRS DU MAROC (1955 – 1958)

Récit de Bernard COLIN

1 - Situation politique :

 

A l’époque, la situation politique dans cet ancien protectorat français est la suivante :

 

Les partis politiques marocains réclament l’indépendance nationale et économique ; des massacres, des attentats ensanglantent les villes. Le Rif se soulève. Le gouvernement français, qui a exilé le sultan Mohammed V en Corse puis à Madagascar, le rétablit en août 1955 . Le retour triomphal du sultan (nov .) fait de celui-ci le chef incontesté des Marocains. Il obtient que la France, puis l’Espagne, reconnaissent l’indépendance de son pays qui, érigé en royaume, est admis à l’O.N.U. en 1957.

 

C’est dans ce cadre que s’écoule mon séjour au Maroc, objet du présent récit :

 

2 - Affectation :

 

Au mois d’octobre 1955, avec d’autres camarades j’ai été muté à la Légion de gendarmerie française au Maroc. Mon épouse et ma fille, âgée de I mois et 4 jours, prendront l’avion au mois de mars 1956 pour venir me rejoindre, dès que j’aurai réussi à découvrir un logement en bordure du quartier arabe, à la vieille Jonquière à Casablanca.

 

Un lieutenant nommera le quartier où nous habiterons " la cour des miracles " en raison du manque de confort, de salubrité. En effet, tous les matins, on apercevra les épouses des gendarmes allant vider leurs seaux hygiéniques dans des w.c. se composant d’une tranchée perpendiculaire aux portes d’entrée située à environ 100 mètres des habitations. Nous vivrons dans une promiscuité totale, chaque logement ne se composant que d’une cuisine et une chambre, séparées entre ménages, par une simple cloison dont la minceur aura pour conséquence que nous aurons l’impression de vivre tous dans la même chambrée.

 

Lors de notre arrivée, le Commandant nous a réunis dans une grande salle et nous a déclaré : " Ici, on tue tous les jours. Aussi, je vous recommande de ne pas sortir isolément, mais à plusieurs et en étant armés. "

 

3 – L’ambiance :

 

Dans la rue, nous entendrons le bruit des moteurs des automitrailleuses, des half-tracks circulant sans cesse, ce qui donne une note plutôt pessimiste de la situation.

 

Le Maroc aura son indépendance dans environ 6 mois mais, au-delà de cette période, la paix n’interviendra pas pour autant et un certain état de guerre se maintiendra jusqu’à la fin de l’année I958. En effet, les intellectuels marocains, peut-être de l’Istiqlal, demandent le départ définitif de l’armée française et des attentats contre nos compatriotes seront poursuivis.

 

Cependant, l’immense majorité de la population marocaine, correcte envers les Français, voudraient bien que ces derniers restent au Maroc pour la simple raison qu’ils font vivre la population grâce aux sociétés françaises installées sur le sol marocain (établissements industriels et commerciaux, banques, commerçants etc..) qui utilisent la population locale, paient des impôts et taxes.

 

Il existe une grande différence entre les intellectuels qui gouvernent le pays et le peuple, composé de braves gens qui n’hésiteront pas à nous manifester, à maintes occasions, une grande amitié. Ils ont bien compris que l’indépendance n’est qu’un leurre. Ils auraient préféré rester dans le sein de l’Union française.

 

4 – Mission de la gendarmerie française :

 

En ce qui nous concerne, notre mission consiste à assurer la protection :

- du personnel enseignant (instituteurs et institutrices),

- des spécialistes et ouvriers des grandes entreprises françaises travaillant dans la médina (quartier arabe),

- de l’escorte des banques transportant de la monnaie fiduciaire à travers les villes du Maroc, etc..

 

Pour accomplir notre travail, nous disposions de Jeeps Willis et nous suivions les camions dans lesquels avait pris place le personnel enseignant. Nous les prenions à leurs domiciles respectifs pour les conduire à leurs différents établissements scolaires. L’après-midi, nous les ramenions chez eux. Nous assurions ce travail depuis qu’un directeur d’école avait été tué par des Arabes.

 

Notre commandant a conseillé à nos épouses d’acheter les denrées alimentaires une fois par semaine et de grands frigidaires pour les y conserver, limitant ainsi les sorties en raison des risques d’attentats.

 

5 – La vie courante :

 

Lors de l’indépendance du Maroc, ce fut la fête dans la médina, jours et nuits. Nous entendions les youyous des femmes, les cris de joie et les chants des hommes. Cette ambiance dura plusieurs jours. Ensuite, dès les mois qui suivirent cette période d’euphorie, les désillusions apparurent, se manifestant par des visages dont les traits reflétèrent l’amertume, une certaine angoisse et les pauvres marocains commencèrent à déchanter.

 

Quant à moi, volontaire pour assurer la sécurité à l’ambassade de France à Rabat, j’assisterai avec tristesse au spectacle des Français venant effectuer les formalités en vue de rejoindre la Métropole.

 

Après l’indépendance, les Marocains avaient une attitude envers nous plus amicale qu’avant cette date. Dans le T.A.C. (autobus), étant assis, ils se levaient pour donner leurs places à des Françaises. Des exemples touchants de ce genre dont nous bénéficions de leur part, nous montraient qu’ils auraient bien voulu que nous restions dans ce pays pour combattre le chômage consécutif au départ des Français.

 

De temps en temps, j’étais désigné, pour une période de trois mois, comme instructeur pour encadrer les étudiants inscrits à la préparation militaire supérieure. J’étais très estimé d’eux et, un jour, ils vinrent à mon domicile m’apporter une bouteille d’apéritif.

 

En effet, je donnais l’exemple, notamment lorsqu’il fallait effectuer le parcours du combattant, les obstacles étant beaucoup plus faciles à franchir que celui dit " du risque ".

 

Plus tard, je serai désigné pour effectuer un stage de trois mois à l’effet de devenir moniteur de close-combat et instructeur " choc ", c’est-à-dire de combat rapproché. J’en baverai pour franchir ces obstacles, au cours desquels des collègues nous attaquant avec un poignard, nous devrons les désarmer à l’aide d’une prise de judo ou de jiu-jitsu. Nous aurons environ 25 pour 100 d’élèves ayant des fractures de bras et de jambes. J’étais donc le premier à franchir ce parcours du combattant.

 

Parfois, on effectuait de longues marches à pied. Bien souvent, je portais le sac de ceux qui étaient fatigués. Leurs enfances dorées ne les ayant pas préparé aux difficultés de la vie, ne les avaient pas rendus résistants.

 

Paradoxalement, ces étudiants étaient moins sensibles et sentimentaux que moi sur le plan affectif. De temps en temps, au cours de nos longues marches, nous nous arrêtions dans une forêt. Assis auprès d’un arbre, j’avais l’impression d’être Socrate entouré de ses disciples, sauf que je n’étais pas condamné à boire la ciguë mais une bonne bouteille de bière.

 

" Chef, racontez-nous vos exploits d’Indochine ? " me demandaient tous ces gentils étudiants. J’étais décidé à leur montrer le coté plutôt sympathique de la guerre si jamais il en existait un. Naturellement, je ne voulais pas les informer des drames que j’avais vécus, de ce pauvre jeune homme exécuté devant mes yeux, de mes amis de l’Armée de terre et de la Marine tués au combat et dont la disparition me rendait triste.

 

" Vous savez, leur disais-je, j’ai été blessé au combat et ai eu deux crises très éprouvantes de paludisme. A ce moment là, j’ignorais qu’à Sétif, trois ans plus tard, j’aurai une congestion pulmonaire et qu’étant malade, je serai foutu à la porte de la chambrée, ayant encore 39° de fièvre, parce qu’il n’y avait plus assez de lits pour recevoir les malades. "

 

Je les faisais rire en leur racontant l’histoire suivante . Aimant beaucoup la musique espagnole, j’avais acheté en Indochine un disque, " la comparsita ". Nous possédions un tourne-disques que l’on remontait à la manivelle. Un jour, venant à peine de mettre ce disque et navigant dans un rach assez étroit, soudain nous entendîmes des bravos.. Je rêve, me disais-je.. C’étaient les Viets qui applaudissaient la musique avant de nous allumer avec leurs armes. Ce qui était le plus étrange, c’était qu’entre deux rafales des Viets et des matafs, le disque continuait à égrener la chanson et je crois que, ce jour là, pour les combattants de deux camps, subjugués par la musique, les rafales des mitrailleuses se firent plus douces.

 

Au Maroc, malheureusement beaucoup de nos compatriotes furent victimes d’attentats. Pourtant, nous faisions le maximum pour assurer leur sécurité. Mais, dans une ville immense comme Casablanca, nous ne pouvions être partout à la fois. Cependant, par notre présence, nous réussirons à éviter de grandes tragédies. Ceci est dû aussi, peut être au fait que le peuple marocain est réputé pour son sens de l’hospitalité, sa générosité et son pacifisme.

 

Malgré la présence de l’armée française, nous n’avons pu éviter, hélas, parfois des tueries. Les indigènes dans l’ensemble sont corrects avec les étrangers. Malheureusement, ils se laissent entraîner par des meneurs. Puis, ils se mettent en bandes, gueulent, démolissent tout ce qui se trouve sur leur passage. C’est ainsi que des Français se feront lyncher, en particulier, un capitaine de l’aviation. Ce pauvre officier est décédé après qu’il eût été lapidé par des Arabes. Ce malheur nous a tous bouleversés. Il se promenait dans la rue et les meurtriers, rendus fous pour des raisons que l’on ignore, ont tout brisé sur leur passage.

 

Parfois, il suffit de peu de choses pour créer un climat de tension dont les effets désastreux peuvent aboutir à une guerre déclarée ? Avec beaucoup de psychologie et de sang froid de la part des dirigeants de chaque communauté, nous avons pu éviter encore une grande tragédie.

 

Les mesures de sécurité ont donc été renforcées. Pour escorter le personnel enseignant se trouvant dans les camions, deux jeeps Willis à la place d’une, suivaient chaque G.M.C. J’ai remis un casque de char sur la tête, en espérant ne pas être blessé comme ce fut le cas en Cochinchine. Nous avons reçu des tracts menaçant l’armée française.

 

Les départs de Européens se sont donc accélérés et j’ai été de nouveau volontaire pour retourner à l’ambassade de France à Rabat. Les bureaux délivrant les passeports étaient débordés par l’afflux des demandes de rapatriement.

 

Antérieurement à ces faits, pendant une semaine avec beaucoup de camarades, nous avons escorté le roi Mohammed V revenu d’exil, assuré sa protection dans toutes les principales villes du Maroc, ce mois de juin 1956 où il faisait très chaud.. La foule se trouvait derrière les barrières, acclamant leur souverain. J’avais très soif et un jeune Arabe m’a demandé : " Tu veux boire ? ". " Oui ", lui ai-je répondu . Ce brave garçon m’a offert une orangeade, ce qui montre que ces Marocains sont gentils, ainsi que j’ai eu l’occasion de m’en apercevoir à plusieurs reprises.

 

Le temps des pleurs faisant suite à l’indépendance, s’accélère. Les grands départs des militaires français qui ont lieu tous les six mois ont pour effet d’intensifier le chômage. Auparavant, les commerçants arabes venaient à l’intérieur des casernes vendre leurs denrées alimentaires. Malheureusement pour eux, nous les apercevrons traînant leurs charrettes , l’air abattu. Ils nous implorent de leur acheter leurs fruits et légumes afin de faire vivre leurs familles. Mais, on ne refait pas l’histoire, leurs dirigeants veulent que l’on quitte le Maroc et la misère va s’instaurer.

 

Quant à moi, le capitaine Gardion, un nouvel officier, nous commande. C’est un ancien déporté du camp de Mathaüsen dont le numéro de détenu est tatoué sur un de ses avant-bras. Cet homme, en apercevant un Arabe pénétrant dans la caserne pour vendre des produits alimentaires, m’a engueulé du fait que j’étais le chef de poste.

 

" Tu ne sais pas que les Arabes tuent des capitaines ? " m’a-t-il dit. Il faisait allusion à l’officier tué par la foule. Puis, il a ajouté : " Tu viendras me voir dans mon bureau ". Étant au garde-à-vous devant lui, il a compulsé mon carnet de notes ; s’étant radouci, il m’a longuement interrogé, après avoir dit de m’asseoir. Au fil de la conversation, nous avons parlé de la guerre d’Indochine. Nous sommes devenus amis. Il a tenu à ce que je fasse du judo au dojo de l’aviation. Puis, la discussion s’est poursuivie sur mes petits actes de la Résistance à l’occupant allemand.

 

J’aurais préféré lui parler de sentiments d’amour, de douceur de vivre, d’amour à la Peynet dans les bois de Chaville, plutôt que de guerre.

 

Le capitaine Gardion était assez coléreux, aussi je n’ai pas osé lui demander des renseignements sur les conditions de la vie qu’il avait eu à Mathaüsen. J’ai simplement appris que le camp était entouré de murs et de fils de fer barbelés électrifiés.

 

En ce moment, nous sommes logés à la caserne " Jean Courtin " au Maarif à Casablanca. Nous allons être bientôt rapatriés en France. J’ai adressé une demande au Colonel pour rester au Maroc en raison de l’état de santé de mon épouse qui est enceinte. Mais cet officier supérieur a refusé, alors que des collègues n’ayant pas d’enfant vont rester. En plus dernièrement, nous avons fait des manœuvres au camp de Médiouna, pendant toute une nuit. N’ayant pas dormi, ne serait-ce qu’une heure, à 7 heures du matin, nous avons dû présenter les armes à ce colonel. Je n’avais pas remarqué que mes pieds n’étaient pas bien alignés l’un contre l’autre. En passant devant moi, il m’a filé un coup de tatane dans le tibia. Voici comment on est récompensé d’avoir baroudé en Indo.

 

6 – Inspection du général Cogny :

 

Le général Cogny, ancien commandant en Indochine, est venu nous inspecter . Ayant estimé que la garde d’honneur ne lui présentait pas les armes d’une façon parfaite, il a déclaré en ces termes à notre commandant : " Je reviendrai dans 2 mois faire une inspection au camp de Médiouna et, si j’estime que le maniement d’armes n’est pas correct, gare à vous ! ".

 

Alors pour préparer cette inspection, pendant 2 heures tous les après-midi, nous étions plusieurs centaines de militaires défilant les uns derrière les autres, sous les regards interrogateurs des civils qui se demandaient quel était le but de ces manœuvres. A coté de nous se trouvaient, dans une voiture équipée de disques et haut-parleur, deux jeunes appelés du contingent. Au son des marches militaires, le fusil sur l’épaule, nous défilions au pas. Le plus marrant, c’était que l’aiguille du disque s’enrayait souvent, ce qui avait pour effet que le morceau de musique débitait sans cesse le même refrain. Tous les Arabes, les Européens et nous autres étions écroulés de rire.

 

Mais le jour J étant arrivé, là on ne rigolait plus. Nous avons cru que notre commandant (ce n’était pas le capitaine Gardion car, avec le passé qu’il avait vécu, il n’avait peur de rien) allait faire caca dans sa culotte. Il bafouillait sans cesse en présentant les troupes au général ( Mon Coco, Mon Coco…disait-il ). Je connaissais bien le général Cogny. C’était un colosse d’au moins 1 mètre 90 que je voyais descendre les escaliers donnant dans le jardin de l’ambassade de France à Rabat.

 

Auparavant, nous avons dû enlever toutes les herbes du terrain. Il ne manquait que le tapis rouge. Les militaires étaient alignés par rangées de trois sur une longueur d’environ 200 à 300 mètres. Le général nous passa en revue. Nous lui présentions les armes et tout se passa bien. " Ouf ! " nous disions-nous. Enfin, c’est fini . Malheureusement, ensuite, le général demanda que chaque section, d’environ 30 hommes, fit devant lui du maniement d’armes sous le commandement d’un jeune lieutenant.

 

Pendant ce temps, le général Cogny s’appuyait sur sa canne qu’il tenait à la base de son dos. Il ne parlait pas et rien ne lui échappait. Alors là, nous avons eu la trouille. Heureusement, tout se passa bien. Le général parut satisfait, s’en alla, comme il était venu, c’est-à-dire sans faire de discours.

 

7 – Incident au cours d’une escorte de train :

 

Dernièrement, avec cinq camarades nous sommes restés de faction trois jours durant dans un train de marchandises, sans pouvoir nous laver. Nous escortions des munitions de Casablanca à Oujda, près de la frontière entre le Maroc et l’Algérie. Ce train s’arrêtait souvent sur des voies de garage et circulait très lentement.

 

La nuit, nous devions, en marchant en bordure du train, surveiller chaque wagon. Nous étions armés chacun d’un pistolet-mitrailleur Mat 49. Les deux premières nuits, nous n’avons eu aucun incident à signaler.

 

Au cours de la troisième nuit, j’étais de faction de 2 à 4 heurs du matin avec un ancien de la Coloniale. Celui-ci m’avait déclaré, lors d’une précédente escorte de train : " D’après les renseignements fournis par les collègues qui ont déjà effectué des escortes de trains, les felouses tentent, de préférence, fracturer les serrures des wagons situés à l’arrière. Malgré la nuit, ils doivent nous apercevoir si l’on marche sur la voie le long du train. Je te propose donc de nous coucher sous les roues, près des tampons entre deux wagons, et de bondir sur eux au cas où ils se manifesteraient ".

 

Pour éviter le crissement des graviers sous nos souliers, nous sommes chaussés d’espadrilles . Nous voici donc cachés sous ce train.

 

Soudain, au loin, nous entendons des voix ou plutôt des murmures. Mais, dans le silence de la nuit, elles sont perceptibles. Regardant vers l’arrière du train, en étant cachés par les roues, nous apercevons trois individus dont un semble armé, les deux autres étant munis de grandes pinces-monseigneur. Profitant qu’ils sont du coté droit en regardant vers la locomotive, nous avançons silencieusement de l’autre côté. Désirant les faire prisonniers, nous progressons doucement vers eux le pistolet-mitrailleur bien en mains, la courroie desserrée passée par dessus mon épaule, bien décidé à me servir de cette arme si les circonstances l’exigent.

 

Les trois individus se dirigent vers un wagon dans l’intention de le fracturer. Nous profitons qu’ils nous tournent le dos pour, de nouveau, traverser le train sous les roues. Mon P.M. va m’handicaper, si je le garde sur moi, pour placer une prise de close-combat au malfaiteur armé. De ce fait, je le passe à mon collègue qui le met par dessus son épaule. M’avançant, en étant courbé derrière le felouse, je bondis sur lui en plaçant un étranglement arrière tout en lui donnant un coup de talon de ma jambe droite dans le creux poplité de sa jambe droite, ainsi que je l’ai fait des centaines de fois au stage " choc " dont l’instruction était la même que celle apprise par les commandos.

 

Nous tombons tous les deux à terre et je poursuis mon étranglement, en poussant mon front contre le crâne de l’ennemi pour accentuer les effets de cette strangulation. Il lâche son P.M., tout en râlant. Pendant ce temps, mon pote envoie une rafale de P.M. en l’air tout en menaçant les autres individus, lesquels se mettant à trembler lèvent les mains en l’air. Pendant ce temps, mon " cobaye " gît par terre. Je lui donne des gifles pour le ranimer ainsi qu’une bonne rasade de Calvados qu’un autre gendarme a ramené de chez ses parents fermiers. Cette gnole, faisant au moins 60 degrés, il se met à tousser et reprend des couleurs malgré son teint " café au lait ".

 

Entendant la rafale de P.M., les autres collègues sont venus rapidement nous prêter main-forte. Quant au conducteur du train, qui devait roupiller dans une petite cabane près du train, il arrive tout affolé : " Que se passe-t-il ? Que se passe-t-il ? " s’écrie-t-il en tremblant.

 

Nous informons des circonstances dans lesquelles nous avons appréhendé ces Arabes. Puis en compagnie d’un autre gendarme, ils s’en vont téléphoner aux policiers de la commune, lesquels préviennent le commandant de gendarmerie etc.. Deux heures plus tard, nous remettons à plusieurs militaires les trois " colis " auxquels nous avions mis les menottes aux poignets.

 

Lors de notre retour à Casablanca,, nous serons tous vivement félicités par le capitaine Gardion. Cet officier a tenu que je montre sur le dojo de la caserne, devant les autres officiers et sous-officiers, la prise me permettant de neutraliser le felouse. Le lieutenant Prat, un brave officier, avait mentionné sur mon carnet de notes que j’étais un excellent judoka, ce qui me fera plaisir. Je donnerai des cours de judo aux officiers, en particulier au lieutenant Gironde, très sportif et très simple, aimé de ses subordonnés.

 

 

8 – Fin de séjour et rapatriement :

 

Mon séjour au Maroc est terminé. Je suis muté à Saint-Quentin dans l’Aisne. Pourquoi ? Parce que lorsque j’étais sur le " Richelieu " une cinquantaine de Ch’timis avaient été mutés sur ce navire. Je les aimais bien et je les trouvais sympathiques. Au stage, j’avais un bon copain du Nord qui sera muté avec moi à Casa. Alors, pour être de nouveau avec lui, j’ai demandé la même région que lui.

 

Lorsque nous avons pris l’avion nous conduisant de Casa à Bordeaux, ma femme était enceinte de plus de 7 mois ; j’étais placé à côté du hublot côté droit de l’appareil et j’apercevais une hélice ne tournant pas, le moteur était en panne. On avait l’impression d’être sur un cheval de course tellement l’avion faisait des soubresauts. A Rabat, nous avons changé d’avion . Mais, on était tellement perturbé que le midi on n’a pu avaler la moindre bouchée du plateau de nourriture donné par l’hôtesse de l’air.

 

Etant arrivés en France, nous avons du attendre 2 mois notre déménagement composé de notre mobilier. Mon épouse, ma fille et moi, étions couchés sur des lits picots dans une seule pièce.. Ayant un mauvais souvenir de ces lits , j’avais peur que la toile ne se découse et que Madeleine ne s’écroulât par terre. Heureusement, la chance était de notre côté ; c’est ainsi que mon fils Daniel vint au monde, sur cette planète pour le moins étrange où le facteur chance a une grande influence sur la vie des êtres humains.