LA BANQUE DE FRANCE ET SON PERSONNEL

CONFRONTES AUX ÉVÈNEMENTS CONFLICTUELS

DE LA 1re MOITIÉ DU 19ème SIÈCLE

   
    
 

 

1814 - Invasion de la France par les alliés

 

Le 31 mars 1814, les alliés entrent dans Paris. Le 4 avril 1814, le baron Thibon, 1er sous-gouverneur, reçoit l'avis qu'un général russe et ses 4 domestiques ainsi que 2 voitures et 14 chevaux devront être hébergés par la B de F. En réalité arrivent un général et ses trois aides de camp, une trentaine de soldats avec chevaux, bagages et domestiques.

En dépit des démarches de M. Thibon pour faire loger ailleurs cette force armée (danger d'incendie), les russes restent un mois. De même, M. Thibon échoue dans sa tentative de récupérer auprès de la Ville de Paris, auteur du billet logement, les frais de nourriture des soldats russes.

 

1830 - Les trois glorieuses

 

Appréciation portée sur M. DIDA, concierge à la porte principale de la B de F, devenu inapte à exercer sa fonction : sa prudence, sa prévoyance et son énergie dans les journées de 1830 et pendant les émeutes qui ont suivi ont été d'un très bon secours.

 

1846 - Révolution

(livre de M. Moynot)

 

Les hommes, les textes (analyse personnelle).

 

Pour apprécier ce qui précède, il est impossible de faire abstraction d'un minimum d'éclairage sur la personnalité des hommes et sur les textes.

 

De Ploeuc : c'est un homme d'ordre et de devoir, ambitieux au bon sens du terme. Après les évènements de la Commune et malgré le soutien du regent, il ne pouvait pas obtenir le poste de gouverneur, mais il sera élu député (centre droit monarchique).

 

Moynot : c'est aussi un homme d'ordre, de devoir et ambitieux. Il n'obtiendra ni la Légion d'honneur (il était le 1er de la liste approuvée par de Ploeuc) ni le poste de secrétaire Général et il en concevra une certaine amertume qui explique peut-être des appréciations à l'emporte-pièce sur certains de ses collègues. Il est l'inventeur du système d'assurance maladie en faveur des ouvrières.

 

Rouland : ancien parlementaire, ancien ministre, le pouvoir s'est "débarrassé" de lui en le nommant gouverneur de la B de F. Pendant la Commune -et surtout après- il fait l'objet de sévères critiques (il s'est mis à l'abri et a récompensé ceux qui avaient fait comme lui, ignorant ceux qui avaient dû maintenir la B de F Paris au milieu des périls), certainement pas toutes justifiées.

 

Bernard : ancien commandant d'active, titulaire ensuite d'un poste subalterne à la B de F, il a su, pendant la guerre contre la Prusse, puis pendant la commune, organiser et donner une âme aux compagnies de la B de F et assurer la défense de l'établissement. Ses interventions intelligentes ont contribué à éviter l'investissement de la B de F par des extrémistes de la Commune.

 

Beslay : ancien député, doyen de la Commune qui l'a nommé aux relations avec la B de F, est un utopiste, adepte de Proudhon, théoricien socialiste libertaire préconisant une révolution sociale. Son action, non contestée, a permis de sauver l'essentiel (au point de faire naître une polémique : qui de lui ou de de Ploeuc a le plus sauvé la Banque ? ). L'initiative du sous-gouverneur de Ploeuc de l'accompagner en Suisse, outre qu'ils sont bretons tous deux, ne peut s'analyser que comme une reconnaissance des services rendus.

 

Textes de 1814, 1830 et livre de M. Moynot

 

Ils rapportent des faits vécus, et rien d'autre et, à ce titre, ne peuvent pas être contestés. Les vues perspectives sont absentes et aucune théorie n'est abordée. En ce sens, ils constituent un matériau pour le chercheur ou l'historien. Les appréciations de M. Moynot sur ses collègues sont à mettre à part et relèvent d'une polémique un peu stérile.

 

Livre de M. Cavaterra

 

M. Cavaterra est un universitaire qui a su s'entourer d chercheurs et qui a consulté tous les documents disponibles ; Plus de 100 ans après les faits, il peut faire preuve d'une hauteur de vue qui fait défaut à M. Moynot. Comme beaucoup d'universitaires a-t-il le cœur à gauche, son livre épouse t-il le sens de l'histoire , certains indices, très légers, pourraient le faire penser, mais il serait malhonnête de juger l'ouvrage dans ce sens : au contraire, la rigueur, la référence aux documents d'époque, transparaissent partout.

 

Relation des auditions par la commission d'enquête .

 

Chronologiquement, elle aurait dû figurer en tête. L'audition du Marquis de Ploeuc n'en est qu'une petite partie. De nos jours, une commission semblable enquêterait à charge comme à décharge. On est frappé, à la lecture de toutes les dépositions, et encore plus par le sens que le président donne à ses questions, de constater, que tout est organisé "à charge". Sans pour autant mettre en cause la véracité des réponses des uns et des autres, l'impression générale est que la balance penche toujours du même côté (Vae Victis)f. Même le sauvetage de Beslay par de Ploeuc fait l'objet d'une question aux frontières de la critique.

 

R. Charbonnier