Liste des récits
   
  Le coup de force japonais du 9 mars 1945, en éliminant l'armée
et l'administration françaises d'Indochine, a provoqué un vide politique
dont a profité le Vietminh (ligue nationaliste vietnamienne créée en Chine
par le Parti communiste indochinois) pour s'installer au Tonkin.
En août, après la capitulation du Japon, celui-ci s'est emparé du pouvoir
à Hanoï et a pris la tête d'une vague de nationalisme qui a submergé
le territoire jusqu'au sud (Cochinchine). Son chef, Ho Chi Minh, a proclamé l'indépendance de la République démocratique du Vietnam (RDV),
le 2 décembre, le jour même de la signature par les Alliés du Traité de paix avec le Japon, qui mettait fin à la seconde guerre mondiale.
   
 

La France reprend pied en Indochine par la nomination, en qualité de Haut-Commissaire, en octobre 1945, de l'amiral Thierry d'Argenlieu et l'envoi d'un corps expéditionnaire français (CEF) commandé par le général Leclerc. Elle rétablit sa souveraineté, après réoccupation des zones de désarmement des japonais situées au Nord et au Sud du 16° parallèle et dévolues respectivement aux Chinois et aux Anglais, en vertu des accords de Postdam (juillet 1945).

La cohabitation avec le Vietminh est régie par les conventions de Dalat (1er avril 1946) et de Fontainebleau (6 juillet 1946), destinées à préparer l'intégration du Vietnam dans la Fédération indochinoise. Mais les conceptions des deux parties divergent.. Ho Chi Minh pense qu'il s'agit de structures de coopération auxquelles le Vietnam participerait comme Etat souverain. Pour le gouvernement français, l'intégration dans l'Union française exclut toute souveraineté externe.

Sur le terrain, le Vietminh multiplie les préparatifs militaires.
Il estime que le rapport des forces lui est favorable, les Français n'étant encore que 15 000 dans des garnisons faciles à assiéger alors qu'il peut leur opposer 60 000 hommes assez bien équipés. Vo Nguyen Giap, commandant en chef de l'armée vietminh, déclenche une attaque à Hanoï et contre les garnisons françaises du Nord. L'armée française tient bon et le coup de force échoue. En Cochinchine, les hostilités reprennent ouvertement le 21 décembre.

On peut distinguer trois phases dans le conflit :
1   De 1945 à 1949, une phase plutôt coloniale, au cours de laquelle le dialogue a été engagé avec Ho Chi Minh sans qu'aucune liberté de manoeuvre n'eût été accordée aux décideurs. Le Haut Commissaire Bollaert qui s'était rapporché de Bao Daï, acquis aux milieux non communistes, a mis en forme les accords de la Baie d'Along, car l'intransigeance d'Ho Chi Minh lié au Kominform en faisait un interlocuteur exceptionnellement coriace. A cette époque, le début de la guerre de Corée montre que le conflit menée par la France n' a plus le même objectif.

2   De 1950 à 1951, la Croisade anti-communisme, dont la plupart des évènements se dérouleront au Tonkin, où la RDV a réussi, avec l'aide de la Chine, à mettre sur pied un véritable corps de bataille qui atteindra, en 1951, six divisions. Une crise du haut commandement est résolue par l'envoi d'un chef prestigieux en la personne du Général de Lattre, nommé le 6 décembre 1950, Haut-Commissaire et Commandant en chef.
Le redressement opéré fut de courte durée, et s'acheva avec sa disparition le 11 janvier 1952, par suite de maladie.

3   De 1952 à 1954, la descente aux enfers et la tragique fin de Dien Ben Phu.
Pierre Mendès-France a mis fin à ce calvaire. Les accords d'Evian ont codifié l'émancipation du Viet-Nam mais n'ont pu éviter le partage du pays en deux zones "provisoirement" indépendantes, suivant le 17 ème parallèle. Dans le Sud, Bao Daï
est déposé par Ngo Dinh Diem (soutenu par les Etats-Unis) et la République du Vietnam est instaurée à Saïgon. Dans le Nord, la République démocratique du Vietnam (capitale Hanoï) est dirigée par Ho Chi Minh. Les accords reconnaissent par ailleurs
la neutralité du Laos et du Cambodge.
Le 28 avril 1956, les dernières troupes françaises quittent le Vietnam (qui sera réunifié, après une autre guerre, en 1976).

Le bilan des pertes subies par les troupes de l'Union Française
de 1946 à 1954 s'élèvent à :

 
   1°- CEF + Etats associés (non compris les supplétifs) : tués au combat et disparus : 77 334. Blessés : 84 270
   - Vietminh : nombre non connu. On a avancé celui de 500 000. 
(d'après le tableau d'Historia Hors-Série n° 25)
 

  Conclusions :
Les accords de 1954 n'ont pas rétabli la paix en Indochine, comme on pouvait l'espérer. Il s'agit d' une simple pause après laquelle les Etats-unis prendront la relève de la France.

Si l'on remarque, par ailleurs, que le Nord-Constantinois s'est soulevé
le 8 mai 1945, au moment de la capitulation allemande et que la République démocratique du Vietnam proclamait son indépendance le 2 septembre 1945, jour de la capitulation du Japon, on s'aperçoit qu'au moment où se terminait le second conflit mondial, la France s'est trouvée confrontée à l'irruption
de deux nationalismes : vietnamien et algérien, contre lesquels
elle aura à mener de longs combats.