| Le Kosovo
   
   
    
 

 MISSION AU KOSOVO

DU 17/06/1999 AU 26/10/1999

 
   

ENTRE PAIX ET GUERRE AU KOSOVO.

Cet article est paru sur internet - site de la Gendarmerie juste après le départ du 1er détachement Gie et visible par tous.  
"Dans une situation de désordre administratif, le Kosovo est actuellement démuni de toute force de police stable apte à faire régner l'ordre public dans le pays.
  Pour faire face à cette situation, la Gendarmerie Nationale a été appelée à constituer au sein de la brigade française, un bataillon dont les missions sont de prévenir la commission de crimes et de délits, ainsi que d'assurer la sécurité et l'ordre public (hormis le maintien de l'ordre) au Kosovo. Les gendarmes y exercent également des fonctions sommaires de police judiciaire en attendant qu'une autorité administrative et judiciaire compétente se mette en place dans le pays. Par ailleurs, la Gendarmerie renseigne le commandant de la brigade française sur la situation générale, notamment la situation économique et sociale dans le pays.
 Les brigades de Gendarmerie prévôtales sont chargées des missions de police générale et judiciaire auprès des forces françaises au Kosovo. La Gendarmerie constitue un bataillon au sein de la brigade française, soit 125 personnels (10 officiers, 115 sous-officiers) commandés par le Colonel VICAIRE.

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Le 17 juin 1999, je fais partie intégrante du 1er détachement de Gendarmerie à destination du KOSOVO pour y exercer la police administrative et judiciaire. Spécialiste des affaires immobilières de la Gendarmerie, je suis affecté au groupe de soutien du détachement.

Ma mission principale de départ est de trouver des bâtiments présentant des distributions intérieures capables de recevoir notre détachement en entier ou par peloton, de les restaurer, de les aménager et de les entretenir pour les rendre fonctionnels pendant tout notre séjour initialement prévu pour six mois. Mais nous allons voir, en résumé, que les circonstances et les problèmes rencontrés vont m’entraîner et m’impliquer dans des opérations impromptues.

Dès l’arrivée le 24 juin 1999, à la demande de mon commandant de détachement, j’entame des négociations avec des serbes pour occuper normalement un bâtiment de six étages avec terrasse situé en un lieu stratégique de la ville de MITROVICA, proche de la rivière L’IBAR qui sépare le quartier Nord de la ville occupé par les Serbes et le quartier sud où prennent place les Albanais de retour des camps de réfugiés. Ce bâtiment qui abritait une banque tenue par les serbes devient notre PC et notre dortoir pour tout le séjour. La priorité, après l’accord d’occupation, est d’effectuer des travaux de restructuration pour assurer une hygiène de vie minimum pour la centaine de gendarmes qui y séjournent. Je vais donc à la recherche de personnes Albanaises de préférence et selon les consignes reçues, pour exécuter, entre autres, les poses de douches et de sanitaires dans chaque étage du bâtiment. Ces travaux ont duré jusqu’à la fin du mois d’août 1999. Pendant ce temps, un peloton d’une trentaine de militaires s’installe dans le commissariat de police de VUCITRN déserté par la police serbe où j’effectue une remise en état des lieux en faisant réparer l’installation électrique, les menuiseries, le chauffage, les serrures, etc… Puis, on me demande d’assurer la remise en état de la maison d’arrêt de MITROVICA qui comprend une quarantaine de cellules dévastées, saccagées avant l’abandon pour causes de bombardement. Enfin, je suis sollicité pour établir les états des lieux avec les " soit-disant " propriétaires des bâtiments occupés par les régiments ou les bataillons de l’Armée Française dans la ville de MITROVICA et ses alentours.

Au cours des déplacements, nous rencontrons quelques échauffourées où nous sommes pris à partie verbalement, surtout que nous effectuons sans cesse le taxi pour transporter diverses personnes albanaises, serbes, bosniaques, turques, soit pour les déposer à l’hôpital, soit les emmener dans un cimetière, etc…

Mais, périodiquement et à des distances parfois très proches, par-ci, par-là, une rafale d’arme automatique, une explosion de roquette ou de grenade nous rappellent l’insécurité persistante et nous mettent en garde, d’autant que les Albanais viennent en grand nombre, occuper très rapidement le Sud de la ville de MITROVICA. Avec l’aide de l’UCK (armée de libération du Kosovo), les Albanais de plus en plus nombreux manifestent, se vengent, s’entretuent, mêlés à une mafia de plus en plus omniprésente..

Pendant leurs tentatives d’envahir le quartier Nord occupé par les serbes, par vengeance, les Albanais armés de grenades quadrillées, de projectiles en tous genres et même ravitaillés par des gamins de cinq ans sortis " de je ne sais où ", blessent les militaires et les gendarmes qui s’opposent à leur progression sur le fameux pont qui enjambe la rivière L’IBAR, décrit par toutes les presses du Monde.

Dans ces moments de tensions extrêmes, solidarité oblige, je suis parfois chargé d’aller au devant des manifestants pour photographier les meneurs et les repérer pour identifications futures ; je secours mes camarades blessés par éclats de grenades ou autres projectiles ; j’aide au ravitaillement en munitions de défense et de riposte par des itinéraires sécurisés. Enfin, comme responsable des affaires immobilières, je garde avec un groupe restreint de gendarmes notre PC qui est un bâtiment imposant de six étages et devenu très important dans le dispositif. Des Albanais essaient de nous intimider en tirant des rafales quelques mètres au dessus de nos têtes lorsqu’ils nous voient sur la terrasse du bâtiment.

Notre détachement est rapidement éprouvé par l’ampleur de la tâche de police et des risques. Les services se succèdent sans discontinuer 24H/24H. Nous atteignons une quarantaine de blessés plus ou moins légers. Nous assistons à l’exode des roms et tziganes, des turcs et autres ethnies expulsés par les Albanais qui font exploser les maisons des récalcitrants et en tuent quelques uns.

Peu après une reprise des hostilités par les Albanais, faisant encore quelques gendarmes blessés début octobre 1999, le séjour du 1er détachement de Gendarmerie au Kosovo est réduit à quatre mois. Nous rentrons très fatigués en France le 25 octobre 1999 à minuit à ORLY où nous sommes accueillis et félicités, brièvement aux vues de l’état des troupes, par M. RICHARD, Ministre de la Défense et M. Bernard PREVOST,. Directeur de la Gendarmerie.

 

 

Cette photo montre l'exode des Roms et Tziganes chassés par les Albanais de Mitrovica.

 

 

 

VUE QUOTIDIENNE SUR NOTRE PASSAGE ENTRE LE PC ET LE LIEU DE RESTAURATION

 

 

   
 

 

    Patrick DAVIAUD