| Mon séjour au Liban

 

MANDAT UNIFIL AU SUD-LIBAN EN 1985

(par BALAIRE Max – MDL Chef commandant la Brigade prévôtale de NAQOURA)

Rappel historique sur le Liban.

 

Géographiquement le Liban est un petit pays dont la superficie est à peine plus importante que le département des Landes. Sa situation stratégique sur les rives Est de la méditerranée en fait un haut lieu historique. On peut reconstituer son histoire depuis le 3ème millénaire. Les multiples occupations successives et notamment par les phéniciens qui ont dominé le commerce ont permis la fondation des villes de Byblos, Tyr, Saïda et Beyrouth. Ce pays a connu successivement les dominations assyriennes, égyptiennes, perses, babyloniennes et grecques Vers 650 invasion des arabes. La côte et les montagnes servent de refuge à diverses communautés chrétiennes, chiites et druzes. Des affrontements ont toujours opposé ces différentes communautés. (Notamment au 19ème siècle les druzes et les maronites. En 1861 la France obtient la création de la province de Mont-Liban qui devient alors plus autonome. En 1918 le Liban est libéré des Turcs. Il forme avec la plaine de la Béqaa le Liban que nous connaissons actuellement  De 1920 à 1943 il est placé par la SDN sous mandat français. (D’où l’importance de la langue et de la culture française dans cette nation).

            En 1943 l’indépendance est proclamée et le Liban devient une république. Un pacte politique est mis en place qui répartit les pouvoirs entre les maronites, les sunnites, les chiites, les grecs orthodoxes les druzes et les grecs catholiques. La politique pratiquée est pro-occidentale. En 1958 les nationalistes arabes favorables à Nasser déclenchent la guerre civile d’où l’intervention américaine.

             Les Palestiniens réfugiés au Liban depuis 1948 (Création de l’état d’Israël) s’organisent de façon autonome et des affrontements se produisent. Ils dégénèrent en guerre civile en 1976. La Syrie intervient alors. A partir de là  il y a affrontement entre une coalition dite de « gauche » composée de sunites, druzes, chiites, et une coalition de droite (maronite) laquelle est favorable à Israël (forces principales :phalanges et armée du Liban sud)

               En 1978 la FINUL (Nations Unies) est crée et prend position au sud-Liban et à Beyrouth. En 1982 l’armée Israélienne qui occupe le sud-Liban fait le blocus de Beyrouth et chasse les forces armées palestiniennes. En 1984 un gouvernement est à nouveau constitué. Il est appuyé par la Syrie. En 1985 l’armée Israëlienne commence son retrait du Liban.

C’est à cette date que nous avons été concernés par un mandat de la FINUL  au Sud-Liban.

BEYROUTH EN 1985

    La ligne verte (green line) est une grande avenue qui sépare Beyrouth est de Beyrouth ouest. Son tracé principal s’étend de la résidence des Pins (lieu stratégique et fortifié tenu par des escadrons de la gendarmerie mobile de la France métropolitaine) et se dirige vers la mer à proximité du port. Il existe six passages possibles pour se rendre de part et d’autre en fonction des actions militaires (tirs – fusillades, etc..)ponctuels. La ville de Beyrouth est un champ de bataille où des actions imprévisibles se produisent . Les bâtiments dévastés témoignent des actions menées mais néanmoins la vie continue entre les tirs, bombardements et il est courant de se trouver « coincé » dans des actions et les gens se protègent comme ils peuvent en fonction du terrain.

            BEYROUTH OUEST :

            Les quartiers ouest de Beyrouth  sont principalement occupés par les musulmans avec deux grands partis :

1°)-AMAL avec les chiites. Ils contrôlent 80% de Beyrouth ouest avec les hizbullahs (enfants de dieu – kamikazes suicidaires – ce sont des pro-Khomeiny  (très dangereux).

2°)-Le PSP (Parti socialiste Progressif) avec les Druzes sous l’égide de Walid JUMBLATT . Ils contrôlent surtout la route côtière ( BEYROUTH – SAIDA –TYR)Les Mourabitounes (pro-nassériens sont alliés au PSP. Il en est de même du PPSN (parti populaire Syrien National. Ils ne veulent qu’une Syrie et pas de territoire Libanais et enfin les Palestiniens qui sont divisés en quatre groupes(L’OLP de Yasser ARAFAT – le FPLP (front de libération de la Palestine Georges ABACH – L’AOF - Palestiniens contre l’Irak – Le FDOP Front démocratique  opération de la Palestine

-         Bien que ces deux mouvements soient musulmans (AMAL et PSP), Ils n’hésitent pas à l’occasion à se tirer dessus afin de récupérer certains quartiers pour assurer leur prédominence pour s‘allier ensuite quand la situation l’exige.

BEYROUTH EST :

            Les quartiers est de Beyrouth sont occupés par les chrétiens. On trouve parmi eux :

1°) Les forces Libanaises regroupant toutes les parties (sunnites, grecs orthodoxes). Ces forces appuient le président en place (GEMAYEL)

2°) L’armée du docteur JIAJAH. Il est le chef d’état-major et en conflit avec la politique de GEMAYEL et qui se rapproche des souhaits de la Syrie.

On ne parle pas de gouvernement au Liban. On trouve aussi bien des ministres musulmans que chrétiens. On parle de GEMAYEL président ensuite des partis et enfin des religions.

Raisons de la présence des deux grandes puissances mondiales au LIBAN :

-         Importante situation géographique pour la Syrie, pays complètement ravitaillé par l’URSS et uniquement par avions. La Syrie est très intéressée par le LIBAN  pour ses ports, le commerce maritime et la route directe BEYROUTH – DAMAS.

Pour  ISRAEL – L’intérêt est d’agrandir ses frontières pour récupérer les eaux du fleuve LITANI et ainsi permettre l’irrigation du nord du pays.  Enfin Israël étant l’alliée des USA, il s’agit d’éviter d'avantager la Syrie "contrôlée" par l'URSS.

Ces rappels historiques permettront, je l’espère, de percevoir quelques notions des intérêts multiples des protagonistes et leurs luttes intestines qui sont parfois incompréhensibles. Le LIBAN est un pays complexe où des communautés et des cultures très différentes qui ont fait sa richesse (suisse du moyen orient dans sa belle époque pacifique) mais qui ont aussi amené des conflits pour des raisons d’intérêts bien divers. Il paraît difficilement concevable pour un européen de percevoir les enjeux et les prises de positions d’autant de grandes nations pour un aussi petit pays (géographiquement parlant).

LES NATIONS UNIES AU SUD-LIBAN EN 1985 :

     Installée au Sud-Liban en 1978, la FINUL occupait une zone géographique délimitée au nord par le fleuve Litani, à l’est par la Syrie, au Sud par Israël et à l’ouest jusqu’à la mer. Ce territoire avait été divisé en zones précises et affectées aux divers pays chargés d’en effectuer la surveillance et le contrôle. La mission était principalement d’effectuer un tampon entre Israël et les différentes communautés en guerre. La définition même de l’ONU est pacifique ou se veut l’être. On appelle ses membres les soldats de la paix. Les différents pays concernés par ces missions en 1985 au Sud-Liban étaient les suivants : Les Pays-Bas – L’Italie – La France – L’Irlande – La Suède – La Norvège – Le Népal – La Belgique. L’effectif total  était de 4500 hommes. Le siège des nations unis était implanté à Naqoura, petit village côtier situé à la frontière entre le Liban et Israël. Sur ce site et sur environ deux kilomètres de longueur et sur une frange côtière de deux cents mètres environ entre la mer et la route avait été installé un camp de soutien logistique composé de structures préfabriquées posées à même le sol et destinées à loger les militaires chargés de l’approvisionnement  de l’ensemble des nations concernées et le stockage des marchandises (nourriture, vêtements, armement, véhicules, etc..). La structure de commandement était également implantée en ce lieu. Il s’agissait par contre d’un immeuble de construction traditionnelle en grande partie avec toutes facilités de circulation, de communication utiles et nécessaires au commandement.  En 1985 le commandant en chef était un général Irlandais et l’adjoint un général Français (le général PONS).

Le soutien logistique à Naqoura était assuré par le détachement français (420ème détachement de soutien logistique). Celui-ci était composé de 600 hommes environ (soldats, sous-officiers et officiers) réparti en 5 compagnies. Ce personnel était placé au Liban pour un mandat de six mois entièrement renouvelable systématiquement. La relève du personnel se faisait en trois rotations. C’était une opération particulièrement bien organisée et qui permettait au personnel d’être opérationnel immédiatement.  Comme le personnel était renouvelé par tiers, le premiers tiers arrivant prenait les consignes grâce à ceux qui étaient encore en place. Une semaine plus tard la deuxième rotation s’effectuait et enfin la troisième semaine le nouveau système était en place et la machine reprenait son cours normal comme si rien ne s’était passé et pourtant tout le personnel était changé (Du sang neuf en quelque sorte). Cette durée de six mois paraît bien dérisoire mais elle était également une durée humainement maximum pour tous ces militaires déracinés qui devaient brutalement vivre et travailler ensemble jour et nuit en milieu hostile.

Le 420ème DSL du 16ème mandat de mars à octobre 1985 était composé de militaires d’origines diverses. La partie la plus importante était composée du 27ème bataillon de chasseurs alpins  d’Annecy – du 6ème BCA de Varces – du 7ème BCA de Bourg Saint-Maurice du 67ème régiment d’infanterie de Soissons – du 159ème RIA de Briançon, du 6ème régiment du Génie d’Angers – de sous-officiers de gendarmerie mobile et départementale dont votre serviteur. J’étais alors en affectation à la Brigade de Recherches de Gendarmerie Départementale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).

J’étais volontaire pour cette mission. Je conservais mon affectation mais je me trouvais en détachement pour la durée du mandat.

            En fait, pour moi tout s’était passé très vite. Volontaire à partir d’un message radio du groupement de Versailles je me suis retrouvé une semaine plus tard sur le tarmac de l’aéroport de Lyon -Satolas faisant partie de la première rotation qui nous déposait dans un premier temps à l’aéroport de Tel-Aviv en Israël. Entre-temps j’avais perçu un début de paquetage à Neuilly-sur-Marne – transité à Grenoble à la 27ème Division alpine pour rejoindre la troupe, subir piqûres et autres opérations administratives et recevoir le reliquat du paquetage.

            Le moyen de transport pour les troupes était un airbus A300. Le transport de ces troupes avec armes et bagages représentait une charge maximum pour cet avion et je me souviens qu’il avait fallu effectuer l’embarquement des troupes simultanément à l’avant et à l’arrière pour que l’avion ne subisse pas de déséquilibre.

Le départ s’est effectué en début d’après-midi sous un ciel serein et quelques heures plus tard au moment où le soleil commence à descendre sur l’horizon nous avons atterri sans incident à Tel-aviv. La sortie des troupes s’est effectuée en dehors du circuit de voyage habituel et nous avons aussitôt pris place dans les véhicules stationnés en colonne près de l’aéroport libérant la place de la première rotation que nous remplacions et qui prenait le même avion pour le retour.  Ensuite nous avons roulé pendant encore plusieurs heures vers le nord en longeant la côte  et nous sommes  arrivés à la frontière nord d’Israël vers minuit et ensuite à Naquoura au camp de l’ONU à environ deux kilomètres plus au nord.

            Après un rapide tour du camp et un minimum d’informations nous nous sommes endormis pour nous retrouver le lendemain matin dans un univers complètement nouveau tant au niveau de l’environnement qu’à celui du climat. En fait dès le premier jour nous avons été opérationnels car les consignes se passaient automatiquement par les militaires du mandat précédent qui étaient encore sur place.

SITUATION GEOGRAPHIQUE DU CAMP DE NAQUOURA :

    Le village de NAQOURAH est situé sur une légère colline dominant  le camp. La frange côtière est rocheuse rendant l’accès à la mer très difficile malgré l’absence de relief. La roche est acérée, agressive et le ressac complique encore l’opération. Ce camp est complètement fermé sur les trois autres côtés et les issues ont gardées par des soldats du contingent volontaires pour un service long. Une route défoncée venant de la frontière Israëlienne et se dirigeant vers le nord du Liban longe le camp parallèlement à la mer. Sur l’autre côté de la route ont été installées de façon hâtive des constructions disparates le plus souvent réalisées avec des matériaux rudimentaires (planches et matériel de récupération car les libanais sont des gens particulièrement ingénieux et doués pour le commerce). Toutes ces bâtisses servent d’abris à tous les commerces possibles légaux ou non. Les habitants locaux ont vite compris qu’il y avait là un moyen de se faire beaucoup d’argent et dès la construction du camp militaire ils ont eux aussi construit leurs commerces de proximité. Les militaires du camp pouvaient se rendre dans ces baraquements lors des quartiers libres mais n’avaient pas le droit de s’en éloigner durant ces moments de détente. On trouvait des restaurants rudimentaires en planches et tôle ondulée qui faisaient une cuisine excellente. Il ne fallait cependant pas être trop exigeant sur l’hygiène. On pouvait également acheter tout ce que l’on voulait (bijoux or et argent – articles de sport – appareils hi-fi les plus récents et les plus performants) Certains arrivaient aussi à se procurer des armes et des munitions. Tous les libanais qui se trouvaient là faisaient la trêve des armes (catholiques ou musulmans) pour profiter de la manne qui se trouvait à leur portée.

    La frontière israëlienne était située sur la même route à environ deux kilomètres au sud et implantée à  Ros Haniqra sur un piton rocheux qui domine la mer sur une hauteur de plus de cent mètres. La structure était sans faille. Le passage de la frontière en véhicule ou à pied  se faisait au sommet du piton dans une dépression de la roche . Vous vous trouviez donc avec d’un côté la mer à l’aplomb et de l’autre la muraille. Ce passage était fermé la nuit de façon particulièrement efficace puisqu’il y avait une grille en fer forgé fermée à clé. Ce passage à la frontière était contrôlé avec une extrême rigueur tant au niveau des hommes que des véhicules.

    A la troisième rotation de personnel, le camp était complètement renouvelé. J’avais pris mes fonctions au titre de commandant de la brigade prévôtale du 420°DSL du camp de Naquoura. J’étais secondé dans mes fonctions par deux gendarmes (GUTTIERREZ Roger et AMAR Alain)

                        Notre mission était identique à celle d’une brigade de gendarmerie départementale en France mais adaptée à la situation locale et au sein d’un régiment .

                        Nous étions chargés d’intervenir pour tous les manquements d’ordre disciplinaire, administratif ou judiciaire se produisant à l’intérieur de l’enceinte du camp . Nous étions également compétents pour intervenir dans les mêmes conditions auprès de la population locale concernée par des malversations avec les militaires. Nous étions également chargés des relations publiques avec l’administration locale à la demande du chef de Corps. Toutes les actions effectuées étaient constatées et enregistrées sous forme de procès-verbaux. Il en était de même pour tous incidents , accidents , blessures ou décès en service).

                        Nous étions également concernés par tous les convois ou déplacements importants (transports de fonds) dans les zones de combats.

                        Nous étions enfin chargés de missions administratives avec les autorités Israëliennes à la frontière  et dans les localités proches de celle-ci.

                        Pour assurer ces missions nous devions être disponibles et prêts à intervenir 24 heures sur 24 durant toute la durée du mandat.

                        En fait nous étions étroitement associés à la vie quotidienne du camp et notre présence était sollicitée à tous les rassemblements des militaires et à toutes opérations d’une certaine importance dans l’enceinte du camp.

                        La vie s’est rapidement organisée sur le plan administratif et militaire. Les relations avec le chef de corps et les cadres des différentes compagnies étaient excellentes. Ils avaient en fait besoin de nos services en permanence pour toutes les démarches à effectuer concernant leur personnel. Le système administratif était très strict notamment pour les déplacements en Israël. De multiples autorisations étaient nécessaires pour les déplacements ponctuels des militaires dans ce pays.

                        En fin de journée et en soirée les militaires qui n’étaient pas de garde ou d’astreinte avaient la possibilité de sortir et de se rendre dans les divers magasins, cafés et restaurants situés dans la rue bordant le camp. Ils devaient impérativement être rentrés à 22 heures. Nous étions évidemment chargés de veiller au respect de cette consigne. Nous étions obligés d’intervenir de façon systématique et de ramener les retardataires récalcitrants ce qui était assez rare.

Locaux de la Brigade Prévôtale du 420°DSL à Naqoura

Les trois gendarmes du 16ème mandat.

      Toutes les semaines nous devions effectuer un déplacement, parfois deux dans la zone occupée. Nous allions le plus fréquemment en convoi jusqu’à TYR, localité située à environ 25 kilomètres au nord. Le but était le transport de fonds. Le convoi était composé d’une dizaine de véhicules parfois davantage et les sacs contenant les valeurs étaient placés dans un véhicule blindé que nous étions chargé d’escorter. Ces déplacements en zone nous ont permis de nous rendre compte de la situation et de la position des différents protagonistes sur le terrain. Les Israëliens avaient la main mise complète sur la route côtière allant vers Beyrouth. Cette route était complètement défoncée à force de subir les différentes attaques explosions et convois de chars et autres qui faisaient un va-et-vient incessant.  Durant les multiples convois que nous avons effectués nous avons eu à faire face à des tirs provenant parfois des Israëliens ou des différentes factions qui opéraient sur le terrain. Ces tirs n’étaient pas forcément dirigés contre nous mais il nous arrivait de nous trouver sur la trajectoire.

      Les déplacements en direction de Beyrouth qui se faisaient dans un premier temps par la route avaient été abandonnés en avril 1985 et remplacés par des déplacements ponctuels en hélicoptère. Pour des raisons de sécurité nous ne pouvions accéder à des villes comme SAIDA devenues trop dangereuses pour nous.

Départ en mission pour Beyrouth

      Les déplacements en hélicoptère se faisaient  au large. L’appareil survolait la mer à plusieurs kilomètres de la côte et à très basse altitude ce qui était impressionnant et superbe à la fois. Arrivés en vue de Beyrouth il fallait parfois attendre pour atterrir des moments d’accalmie quand l’aéroport était visé.

      Nous nous rendions ensuite à bord de deux véhicules jusqu’à la maison de l’ONU située à proximité des camps de Sabra et Chatila. Nous devions également nous rendre à l’ambassade de France ou à la résidence des Pins à proximité de l’hippodrome ou un escadron de gendarmes mobiles français était stationné. La vie et les déplacements à Beyrouth étaient particulièrement dangereux mais les gens semblaient l’ignorer. On entendait en permanence des tirs jour et nuit. Il fallait être particulièrement vigilant lorsque les rues se désertaient. C’était le signe annonciateur de tirs . Il nous est arrivé d’être pris sous des tirs. Il fallait s’abriter en attendant que l’attaque cesse.

Déplacements à Beyrouth.

      Nous avons effectué des missions de police judiciaire pour enrayer des trafics de stupéfiants à l’intérieur du camp de Naqoura ainsi que des détentions d’armes. Il était extrêmement aisé de se procurer tous types d’armes dont les prix étaient dérisoires. A cet effet nous avons effectué de nombreuses perquisitions et contrôles notamment lors des permissions et des fins de mandat.

Véhicule blindé utilisé par l’ONU au sud-Liban

Constatations sur véhicule ayant sauté sur une mine anti-char

    Nous avons également effectué des procédures à la suite d’attentats où des militaires français avaient été concernés. Ce fut le cas à Beyrouth où une voiture (Passat de l’ONU) fut transpercée de projectiles et curieusement personne ne fût gravement blessé. Il y eût une Jeep de l’ONU qui sauta sur une mine anti-char et dont les deux occupants furent sérieusement blessés. Nous eûmes à déplorer deux décès l’un survenu au cours de travaux de remblai sur une route (un militaire fut écrasé par une pelleteuse qui s’est renversée à la suite de l’affaissement d’un mur, un autre fut écrasé entre deux camions).

      Il faut prendre en compte également l’évolution du comportement des militaires déplacés pour une durée de six mois avec armes et bagages mais loin de leur famille en milieu hostile d’une part et ayant une vie en autarcie d’autre part. Durant les trois premiers mois l’ambiance était conviviale et en dehors des missions la vie était tout de même bien organisée avec des loisirs sportifs et culturels . Les nations unies ne lésinaient pas sur les moyens et nous pouvions disposer de matériel de plongée et de toutes les possibilités de sport habituels. La bibliothèque était relativement bien garnie et nous disposions de cassettes vidéos, etc..

      C’est au cours des trois derniers mois que l’ambiance est devenue plus tendue pour devenir explosive le dernier mois. Il fallait intervenir tous les jours pour calmer les esprits, l’accumulation des tensions rendant les hommes particulièrement belliqueux. Le moindre prétexte faisait l’objet d’incivilités.

      Au niveau de la brigade de gendarmerie malgré les multiples tâches et les évènements qui pouvaient nécessiter notre intervention en permanence, nous avons su garder une ambiance chaleureuse qui nous a accompagné jusqu’au bout et qui a d’ailleurs été saluée par les autorités militaires.